Les premières traces de vie sur terre sont apparues dans les océans sous forme de bactéries il y a de cela 3,5 milliards d’années. Connu sous le nom d’algue bleue – d’où la couleur si caractéristique de notre planète vue de l’espace –, ce phytoplancton est à l’origine de la vie sur terre.

Nous avons coutume de considérer que les forêts sont les poumons de la planète, mais en réalité, ce sont les océans qui assurent près de 70% de nos besoins en oxygène. Notre écosystème mondial aux interactions complexes entre eau, air, terre et feu (soleil, volcan, etc.) est donc fortement dépendant du bon état écologique de ses mers.


Parmi elles, la Méditerranée occupe une place exceptionnelle à plus d’un titre.
Ce qui frappe ses visiteurs aux premiers abords est la beauté de ses paysages ainsi que celle de ses fonds marins. À elle seule, sa biodiversité représente près de 18% des espèces marines connues à ce jour alors qu’elle couvre moins de 1% de la surface totale des océans.

Le revers de la médaille, c’est que son extraordinaire richesse est proportionnelle à sa fragilité. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Méditerranée est reconnue comme faisant partie des 25 premiers points chauds de la biodiversité mondiale. Cependant, cette diversité est aujourd’hui plus que jamais menacée de disparition. Les dangers qui la guettent ont pour noms réchauffement climatique, pollutions et… surpêche.

Le réchauffement climatique : 
Quels liens existe-t-il, me direz-vous entre le réchauffement climatique et l’état des mers et des océans ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls à ignorer ces informations puisque les organisateurs de la dernière COP21 n’avaient même pas prévu de traiter cette question dans leur agenda. Sans l’intervention d’un collectif de scientifiques et de chercheurs, d’élus de communes littorales et d’associations de protection de l’environnement dont le porte-parole fut le Prince Albert II de Monaco, l’importance des océans dans le changement climatique en cours n’aurait même pas été traitée à ce rendez-vous international.

Acidification

Ces liens sont pourtant nombreux et ont pour certains été rappelés par le dernier rapport du GIEC (Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Nos activités industrielles dégageant des gaz à effet de serre, notamment du CO2, contribuent au réchauffement climatique et à l’acidification des mers et des océans.

Or, cette acidification est nocive à de nombreux organismes marins… tels que le phytoplancton, invisible à l’œil nu et pourtant si essentiel à notre survie puisqu’il fournit, nous l’avons vu, près de 70% de l’oxygène planétaire.

Dans le système climatique complexe de notre planète, les océans ont absorbé plus de 90% de l’énergie dégagée par le réchauffement climatique ce qui a déjà entrainé de nombreux changements sous la surface des mers : migration et/ou apparition de certaines espèces, parfois invasives et entrant en concurrence avec les espèces endémiques tout en les menaçant de disparition.

Cependant, le changement majeur s’effectue à l’échelle invisible, celle du phytoplancton. En effet, ce microorganisme ne sert pas uniquement de base à la chaîne alimentaire marine, outre le fait qu’il produise l’essentiel de l’oxygène terrestre, il « piège » aussi une partie non négligeable du CO2 que nous dégageons de par nos activités : c’est la pompe à carbone océanique.

Ainsi, les services écosystémiques marins en termes de régulation et d’approvisionnement ont été estimés entre 15 000 et 51 000 milliards d’euros chaque année, soit plus que le produit national brut de tous les pays du monde. C’est dire l’utilité des mers et des océans pour l’ensemble de l’humanité.

En contrepartie que faisons-nous pour eux ?
Nous les polluons à un point tel qu’aujourd’hui nous mettons en danger de mort les organismes à l’origine de la vie sur terre.

La pollution :
L’accent mis depuis quelque temps sur cette problématique est encourageant, mais très nettement insuffisant au regard de la gravité des faits.

Je reste abasourdi lorsque je lis certains articles de presse qui donnent la parole à des « experts qui n’ont jamais vu la mer », comme je les nomme ironiquement tant leur déni du désastre en cours est gravissime.

Si je peux les comprendre pour diverses raisons qui relève d’une problématique que j’introduis dans mon ouvrage (les effets indirects du lobbying de certaines industries), ce n’est pas pour autant qu’il faille les excuser, car selon les bons mots d’Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent et laissent faire ».

Or, si tant de gens regardent et laissent faire, c’est avant tout parce qu’ils sont sous informés et manipulés par des autorités qui sous couvert d’expertise peuvent dire et écrire des conneries monumentales sur la situation réelle des mers et des océans… et tout particulièrement sur notre Méditerranée.

Au court de ma carrière, j’ai ainsi lu et entendu des propos qui m’ont fortement choqué, non pas pour leurs inexactitudes, mais pour la puissance des dénis qu’ils exprimaient.

Parmi toutes les agressions polluantes que nous infligeons à la Méditerranée, il en est une de particulièrement scandaleuse et pernicieuse à souhait : c’est celle provoquée par les fabricants de pesticides qui osent s’autoproclamer industrie phytopharmaceutique ou phytosanitaire.

Je ne saurais développer plus avant ce point sans m’éterniser longuement sur la question.
J’aborde cette problématique dans mon livre où le lecteur curieux pourra y trouver tous les arguments scientifiques me permettant d’affirmer la nuisance de gens que je n’hésite aucunement à qualifier de « chiminazis ». Un terme choisi à dessein pour des raisons bien précises afin que le profane puisse mesurer simplement et très exactement le niveau de nuisance de cette industrie qui depuis près d’un siècle s’emploie à nous berner et à corrompre nos gouvernants pour s’assurer des profits conséquents ne reposant que sur du vent.

Et comme toujours lorsqu’un acte criminel est intentionnellement organisé, il convient de détourner les regards des curieux afin que le crime puisse se poursuivre en toute impunité. C’est la fonction sociale dévolue aux boucs émissaires.

En Méditerranée, les plus gros pollueurs impliqués tout à la fois dans le réchauffement climatique et les atteintes à l’environnement, à savoir les industriels semeurs de morts que sont les fabricants de pesticides, se sont trouvés de parfaits boucs émissaires, à savoir les pêcheurs que l’Europe, aux ordres des lobbys de l’industrie agrochimique comme en atteste le très délicat dossier des perturbateurs endocriniens, désigne comme responsable de la disparition des ressources marines à cause de la surpêche.

La surpêche :

En Méditerranée, l’Europe ne cesse de marteler l’information, reprise en cœur par l’ensemble de la presse écrite depuis plus d’un an maintenant : « Les faits sont incontestables : les stocks halieutiques de Méditerranée s’amenuisent. Certains sont quasi épuisés. Au total, 93 % des stocks de poissons évalués sont surexploités. » « Plusieurs raisons expliquent l’état critique des stocks de poissons », surenchérit cet article. « La pollution et le changement climatique jouent certainement un rôle. Mais il ne fait aucun doute que l’exploitation massive des ressources halieutiques est l’une des causes principales. » (Sic ! C’est moi qui souligne.)

Plusieurs choses importantes sont à connaître au sujet de cette soi-disant surpêche :

La première, c’est qu’elle est le fruit incontestable de l’irresponsabilité européenne en matière de politique commune de pêche (PCP). Ce fait est d’ailleurs reconnu dans un communiqué de presse du parlement européen : « La surpêche est généralement considérée comme le pire échec de la PCP actuelle, qui date de 2002. La nouvelle PCP devrait entrer en vigueur en 2014. »

La seconde, depuis 2008, plusieurs plans de sortie de flotte ont réduit le nombre des chalutiers méditerranéens, faisant passer leur nombre de 161 unités à 61. Cette mesure censée assurer la pérennité de la ressource pour les professionnels encore en exercice s’avère être totalement inefficace puisque les apports sous criée des chalutiers restants ont chuté d’autant.

La surpêche est définie en fonction du Rendement maximum durable (RMD). Cette mesure « est la plus grande quantité de captures que l’on peut extraire d’un stock halieutique à long terme et en moyenne, dans les conditions environnementales existantes (moyennes), sans affecter significativement le processus de reproduction [définition FAO] », nous informe le glossaire de l’Ifremer. Problème, cette mesure est très fortement contestable, car elle ne prend pas en compte les changements de productivité liés à la pollution qui contribue à la stérilisation des mers et des océans. Autrement dit, elle exonère les véritables responsables de cette surpêche en luttant contre les effets au lieu de s’attaquer aux causes du problème.

Un précédent communiqué de presse de la commission européenne stipulait que : « D’après les données sur les stocks halieutiques pour la Méditerranée, la situation est médiocre : au moins 96 % des stocks de poissons benthiques de la Méditerranée sont surexploités et, pour les stocks vivant en eaux médianes comme la sardine et l’anchois, ce chiffre est d’au moins 71 %. » Il s’avère qu’une récente étude sur la sardine et l’anchois réalisée par Ifremer Sète a rendu publiques ses conclusions sur la disparition des stocks du petit pélagique de méditerranée. En cause non pas la surpêche comme nous l’assène à tue-tête l’Europe depuis 2014, mais un défaut dans la qualité de nourriture (le plancton) dont se nourrissent ces poissons. Une façon policée d’incriminer la pollution sans le dire puisque la seule raison pour laquelle la qualité du plancton diminue est due à la pollution et en particulier à la pollution chimique incompatible avec ces organismes marins pourtant si utiles à notre survie sur terre. Comme nous l’avons vue. La question que nous devrions donc tous nous poser est la suivante : pourquoi devrait-on prendre des gants pour incriminer les pollueurs et leurs méfaits (que l’on pense aux atermoiements de l’Europe sur le glyphosate, substance de base du Roundup, le pesticide le plus vendu au monde, reconnus mortels pour l’environnement marin ou encore sur la définition des « perturbateurs endocriniens » qui a soulevé un « tôlé » chez les spécialistes) alors que cette même Europe ne se gêne absolument pas pour incriminer une profession, menaçant de disparition toute une filière, pour des faits dont elle est majoritairement responsable ?

En d’autres termes, les pêcheurs et la filière pêche méditerranéenne payent les pots cassés pour des atteintes à l’environnement commis par d’autres… avec la complicité irresponsable d’une technocratie européenne totalement déconnectée des réalités du terrain.

Voilà très succinctement résumée la situation que doit affronter aujourd’hui l’ensemble des professionnels vivant de l’activité pêche en Méditerranée.

Conclusion :
C’est le déni organisé de la situation tragique que vit la partie de la Méditerranée la plus riche en biodiversité et le fait que ses pêcheurs tiennent lieu de bouc-émissaires auprès des autorités qui m’ont poussé à écrire l’essai que je présente ici. Des faits qui interrogent sur la finalité d’une telle politique et posent la question du « déficit de démocratie » que nous pouvons constater dans ce dossier comme dans bien d’autres désormais. Un « déficit » qu’a très bien souligné le film d’investigation édifiant « Océans, la voix des invisibles », de Mathilde Jounot.

Philippe Vergnes
Le 4e Singe






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