Les réseaux sociaux avaient relayé les frasques de Hamza Derham en Ferrari mais aussi l’indignation sur le traitement de faveur dont il avait bénéficié de la part des policiers.

L’affaire a fait scandale au Maroc. Le jeune Hamza Derham, fils d’un riche homme d’affaires et neveu d’une ministre en exercice, a provoqué l’indignation des Marocains après avoir diffusé, le 17 avril, une vidéo de lui ivre au volant de sa Ferrari, provoquant une série d’accidents sur la voie publique à Rabat sans être inquiété par les autorités. Le chauffard et les deux policiers impliqués ont finalement été incarcérés après un mouvement de colère sur les réseaux sociaux. Lundi 8 mai, le tribunal de Rabat a condamné Hamza Derham à deux ans de prison ferme assortis d’une amende de 20 000 dirhams (1 850 euros). Un verdict symbolique dans un pays où l’on dénonce une justice à deux vitesses.


Surnommé « le jeune homme à la Ferrari » par les médias marocains, Hamza Derham, âgé d’une vingtaine d’années, s’était lui-même filmé sur Snapchat au fil d’une soirée arrosée à Rabat. Découpée en plusieurs séquences, la vidéo le montre d’abord au volant de sa voiture de luxe, bouteille de champagne à la main, puis dans une boîte de nuit, et à nouveau au volant, complètement ivre. Dans les dernières séquences, au petit matin, Hamza Derham filme l’accident qu’il a visiblement provoqué et nargue les agents venus établir un constat. « Qu’est ce que tu constates Monsieur le “Constateur” ? Tu constates rien ? », demande le chauffard au policier, qui n’intervient pas. A la fin de la vidéo, il est assis tranquillement à l’avant d’une ambulance, lunettes de soleil et cigarette à la bouche. Il vient de heurter trois véhicules arrêtés à un feu rouge et de blesser des passagers.

« Monsieur le Constateur »
En quelques heures, les frasques du jeune homme autant que l’inertie des autorités ont provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. La vidéo, partagée des centaines de milliers de fois, a donné naissance à plusieurs slogans tels que « Je suis Monsieur le Constateur » et le hashtag #filsderiche. Si certains se sont amusés des expressions utilisées par le chauffeur soûl, la plupart ont dénoncé l’attitude de la police marocaine, complaisante avec les plus aisés, sévère avec les autres. « Les gosses de riche font la loi, les pauvres se font tabasser par les flics », commente une femme sur Twitter.

L’affaire gênante a provoqué l’ire du directeur général de la sûreté nationale (DGSN), Abdellatif Hammouchi, qui s’est personnellement saisi du dossier. Au lendemain de la diffusion de la vidéo, le 18 avril, la DGSN a mis en garde à vue les deux policiers présents sur la scène pour « falsification de procès-verbal », puis incarcéré le chauffard le 19 avril pour « conduite en état d’ivresse, faux en écriture publique » et « délit de fuite ».

Selon les médias locaux, Hamza Derham est le fils du défunt patron d’une grande société de distribution d’hydrocarbures dans le sud du pays. Il est aussi le neveu de Rkia Derham, récemment nommée secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur, qui ne s’est pas exprimée sur le sujet.

Ce n’est pas la première fois que la jeunesse dorée marocaine est impliquée dans ce type de scandale. Plusieurs accidents, même mortels, provoqués par des enfants de notables ont été classés sans suite. « Dans ce pays, la loi ne s’applique pas à tout le monde de la même façon », écrivait un internaute sur Facebook, tandis que le quotidien arabophone Al-Massae dénonçait un « traitement de faveur » dans son édition du 18 avril.

La fin des passe-droits ?
Le jugement prononcé le 8 mai va-t-il mettre fin aux passe-droits ? Depuis plusieurs années, le Maroc s’est lancé dans une lutte contre la corruption, fléau qui gangrène l’administration et attise la colère des habitants. La diffusion de nombreuses vidéos sur Internet montrant des policiers qui tentent de soutirer de l’argent ainsi que la médiatisation de plusieurs scandales de corruption ont obligé les autorités à se saisir du problème. Fin 2016, la gendarmerie royale a créé une « police des polices » pour contrôler les gendarmes marocains et mis en place d’un numéro vert pour dénoncer les actes de corruption.

Si l’impact des réseaux sociaux permet aujourd’hui de dénoncer les abus de pouvoir au Maroc, certains observateurs craignent un effet pervers. Dans une déclaration au quotidien arabophone Assabah suite au verdict, le bâtonnier du barreau de Rabat, Mohamed Akdim, s’est dit « indigné » par la condamnation de Hamza Derham, jugé pour conduite en état d’ivresse uniquement sur la base de la vidéo et des commentaires sur les réseaux sociaux, sans qu’aucun test d’alcoolémie n’ait été effectué. « La justice indépendante doit s’en tenir aux faits exposés devant elle pour dire le droit et rien que le droit », a rappelé Mohamed Akdim.

Les plus sceptiques se demandent néanmoins si Hamza Derham va réellement passer les deux prochaines années en prison. « Va-t-il faire les deux ans dans une villa luxueuse ? », s’interrogeait un jeune Marocain sur Facebook le jour du verdict.

Par Ghalia Kadiri
lemonde.fr/









0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top