En raison de l'énorme retard pris par la formation et l'investiture du gouvernement marocain au lendemain du scrutin législatif du 7 octobre 2016, le projet de loi de finances pour l'année 2017, n'a pu être présenté par le gouvernement Saâd Eddine El Othmani et discuté au parlement qu'en mai 2017. 

À ce jour, le projet amendé par les députés en première lecture, est encore en débat à la Chambre des Conseillers, avant de revenir à la Chambre des Représentants qui tranche en dernier ressort sur les éventuels amendements votés par les Conseillers.

Le dossier de la communauté des citoyens marocains établis à l'étranger comporte plusieurs dimensions, dont la dimension religieuse, et relève de plusieurs institutions publiques chargées de sa gestion. De ce fait, le budget global qui lui est dédié dans le cadre de la loi annuelle de finances, est à identifier au niveau des budgets sectoriels de diverses institutions publiques, en particulier les suivantes : ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération, chargé des MRE et des affaires de la migration, ministère des Habous et des Affaires islamiques, Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger, Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale au titre des dépenses de la Direction des affaires consulaires et sociales (DACS).

Indicateurs financiers clés
Partant des projets de budgets sectoriels au titre de 2017 et relatifs aux quatre premières institutions, on retiendra les principaux indicateurs financiers suivants :

* Le budget global du ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération Internationale, chargé des Marocains résidant à l'étranger et des affaires de la migration est de 590. 907. 000 dirhams, subdivisé comme suit : budget de fonctionnement (413. 907. 000 dirhams) ; budget d'investissement (177. 000. 000 dirhams).

* Le budget pour 2017 consacré par le ministère des Habous et des affaires islamiques à l'encadrement religieux des Marocains résidant à l'étranger est de 231. 100. 000 dirhams, dont une bonne partie est destinée au Conseil Européen des Oulémas Marocains (CEOM) et à un certain nombre de mosquées et de fédérations de musulmans ou d'unions proches du Maroc, comme on le verra plus bas. À cela, il faut ajouter la somme de 32.000.000 dirhams qui va à la construction et à l'aménagement de complexes religieux à l'étranger.

* La subvention publique accordée pour 2017 à la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger et inscrite au budget de fonctionnement du ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, chargé des MRE et des Affaires de la migration est de 246. 550. 000 dirhams. Ce chiffre est resté le même depuis 2014, alors qu'entre 2012 et 2013, le montant annuel de la subvention étatique était de 183. 000. 000 dirhams et de 2008 à 2011, la subvention s'élevait à 150. 000. 000 dirhams par an.

Ce budget de la Fondation est absorbé principalement par les dépenses au titre de l'enseignement de la langue arabe essentiellement et de la culture marocaine, principalement aux générations montantes de MRE, la dimension religieuse faisant également partie de l'agenda de la Fondation à certaines occasions épisodiques, avec l'envoi d'un supplément de cadres d'animation socio-religieuse durant le mois de Ramadan par exemple.

* La subvention étatique accordée au Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME) et inscrite au budget du chef du gouvernement comme pour les autres institutions des droits de l'Homme et de bonne gouvernance, est de 49 millions de dirhams au titre de 2017.

Deux remarques générales
1 - On observera ainsi l'importance de l'effort financier étatique concernant la gestion du dossier des Marocains résidant à l'étranger, auquel on a ajouté depuis l'année budgétaire 2014 les affaires de la migration (immigration étrangère au Maroc).

2 - L'absence de transparence dans l'utilisation de ces sommes par les responsables des institutions précédentes, en particulier les institutions para-publiques, constitue la caractéristique principale de la gestion du dossier de la communauté des citoyens marocains établis à l'étranger. Prenons plusieurs exemples dans ce domaine.

* Au niveau de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger, aucun rapport financer n'est publié depuis au moins l'an 2000, le comité directeur de cette Fondation ne s'étant pas par ailleurs réuni depuis cette date au mépris de l'article 5 de la loi 19/89 portant création de cette institution, qui impose au moins deux réunions par an de ce comité.

* Concernant le CCME, l'assemblée plénière qui doit se réunir chaque mois de novembre pour discuter et adopter notamment le rapport financier, délibérer sur le projet financier de l'année qui suit, ne s'est pas réuni depuis l'assemblée plénière de lancement du CCME qui avait eu lieu début juin 2008, voilà 9 ans !!!

* De même, au niveau parlementaire et ceci est valable pour les deux chambres, aucun contrôle financier réel n'est exercé ni par les députés ni par les conseillers, les membres du gouvernement concernés ne présentant aucun bilan financier ou même un bilan d'activité de ces institutions, sous prétexte du statut particulier notamment du CCME et de la Fondation...Ajoutons à cela, le fait qu'en commissions spécialisées, s'agissant notamment de la Fondation Hassan II pour les MRE, il n'y a pratiquement pas d'interpellation parlementaire dans les deux chambres depuis des années, comme si ce domaine était tabou ou ne pouvait nullement faire l'objet de débat.

Le prétexte de l'insuffisance des moyens financiers
En dépit de l'effort financier consenti par l'Etat, les résultats de l'action en matière d'encadrement religieux des institutions précitées en charge principalement du dossier MRE, sont plutôt très défavorables. Leurs responsables invoquent toujours l'absence de moyens pour expliquer l'efficience réduite, pour ne pas dire l'absence d'efficience tout court.

* Il en est ainsi du CCME qui a principalement une mission consultative et dont un de ses six groupes internes de travail concerne les "cultes et éducation religieuse" avec la composition suivante : Abdallah Rédouane (président, Italie), Mohamed Kharchiche (rapporteur, Espagne), Ahmed Ayaou (Allemagne), Ahmed El Hamss (Danemark), El Khammar El Bekkali (Pays-Bas). Dans un entretien en date du 29 mars 2013 et publié sur le site du CCME, Abdellah Boussouf, secrétaire général de ce Conseil, expliquait ainsi le non accomplissement de sa mission de présentation d'avis consultatifs, englobant par conséquent la dimension religieuse, par la "contrainte des ressources faibles pour l'instant, le traitement de la question de l'immigration nécessitant des ressources et un investissement financier immense" (!!!).

* De même, pour se décharger de ses responsabilités, le ministre des Habous et des Affaires islamiques et tel que ceci ressort de son intervention le mardi 9 mai 2017 devant la Commission des Affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des Marocains résidant à l'étranger, relevant de la Chambre des Représentants, lors de la présentation du budget de son département, le ministre a mis d'abord en avant le caractère "limité, partiel et saisonnier" de l'intervention de son ministère dont le budget en la matière est plutôt "symbolique". Il faut, a t-il conclu, redoubler d'efforts, mais "la ligne politique et la démarche du ministère des Habous et des Affaires islamiques relatives à l'encadrement religieux des MRE sont justes et pertinentes ; seuls les moyens financiers font défaut pour améliorer encore plus les résultats " !!!

* C'est la ligne défendue également par le secrétaire général du CCME dans une interview parue ce jour mardi 23 mai 2017 sur les colonnes du journal "Les Eco". A la question de savoir si l'encadrement religieux des MRE par le Maroc était suffisant, Abdellah Boussouf déclare ce qui suit :

"Il n'est peut-être pas suffisant, mais il faut reconnaître que le Maroc fait énormément d'efforts en la matière à travers le ministère des Habous et des affaires islamiques. Si ce travail n'était pas fait, je me demande combien de Marocains se seraient orientés vers Daech. Peut-être DES CENTAINES DE MILLIERS (!!!). La marge de manœuvre est limitée sur le territoire européen (...) L'enveloppe de 130 millions de dirhams dédiée à l'encadrement religieux des Marocains du monde n'est pas suffisante. Il faut augmenter les moyens du ministère des Habous, car il s'agit d'un dossier très stratégique ".

Relevons au passage que le montant de cette enveloppe avancée par le SG du CCME est bien inférieur aux chiffres cités officiellement dans le projet de budget 2017 du ministère des Habous et des Affaires islamiques soumis aux deux chambres du parlement et que nous avons rappelés plus haut. Observons également que dans l'interview précitée, la responsabilité de l'encadrement religieux des MRE est attribuée par le SG du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, de manière pratiquement exclusive au ministère des Habous et des affaires islamiques, éludant ainsi sa propre responsabilité même très partielle en la matière, sachant bien entendu que le CCME n'a pas une mission exécutive, mais des fonctions consultative et prospective. Dès lors, si cette critique fait partie des nombreux reproches adressés au Conseil, ce n'est pas, comme l'affirme le secrétaire général du CCME dans la même interview, "par ce qu'on n'est pas encore habitué aux conseils consultatifs".

Or dans le domaine précisément de la mission consultative, pourquoi le CCME n'a émis aucun avis consultatif susceptible d'améliorer la politique marocaine d'encadrement religieux des MRE ? Certes, des colloques et séminaires internationaux sur l'islam ont été organisés par le CCME et ont fait l'objet de livres qu'il a édités. Mais encore une fois et encore, ces publications qui reprennent notamment des résumés ou des conclusions de diverses communications qui sont envoyés aux responsables, ne peuvent être assimilés à des avis consultatifs qui ont leurs propres règles, critères et conditions d'élaboration et d'adoption, notamment la concertation organisée avec les milieux concernés et la recherche argumentée de convergences.

Autrement, n'importe quelle publication d'actes de colloque, de séminaire ou de table ronde organisé par une faculté ou une simple ONG sur une thématique relevant de la question migratoire, peut être considérée comme un avis consultatif. Jusqu'aux recherches et livres purement individuels en la matière qui sont édités ! Voir même de simples articles ou interviews publiés dans des journaux, comme ceux du SG du CCME, alors qu'il s'agit dans ce cas simplement de contribution au débat public, si ce n'est de pures opérations de "com" !!!

De même, les simples correspondances adressées au Chef du gouvernement à travers lesquelles le SG du CCME exprime un certain nombre d'attentes et de préoccupations, ne peuvent tenir lieu d'avis consultatifs, si elles ne sont pas la résultante de concertations en bonne et due forme avec un haut degré d'écoute et de partage, et si elles n'ont pas fait l'objet d'une adoption institutionnelle comme le stipule le dahir du 21 décembre 2007 portant création du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger.

Le Maroc en tant que pays d'origine a aussi sa part de responsabilité
Or, à nous en tenir à cette dimension religieuse, les déficiences d'encadrement de la communauté marocaine à l'étranger en la matière par ces institutions sont d'un autre ordre et ne tiennent pas fondamentalement à la pénurie de moyens matériels. Divers témoignages du terrain l'attestent.

Prenons le cas de la France où vivent entre 5 à 6 millions de musulmans (dont la composante marocaine) avec les témoignages diffusés dernièrement et qui se poursuivront encore peut être au-delà même du mois de Ramadan, dans le cadre de l'émission marocaine "Arc En Ciel", animée par Abdellatif Essadki sur Radio Pluriel (Lyon). Ces témoignages percutants montrent que loin d'être une simple question de déficit de moyens financiers mis à disposition par l'Etat marocain, la faiblesse de l'encadrement religieux des MRE par les institutions marocaines concernées, est d'abord une question de mal gouvernance, de choix politiques défectueux, de carences en matière de représentativité, de gestion et d'organisation des Marocains musulmans, de formation des cadres religieux et bien d'autres aspects importants.

La dimension cultuelle de la composante marocaine en France (et à l'étranger en général parmi les Marocains du Monde), est en effet une question très chaude au vu du traitement de la thématique de l'islam en termes polémiques, si ce n'est par une approche caricaturale ou de stigmatisation. Cette question religieuse est délicate lorsqu'on observe les enjeux nationaux et internationaux énormes tant au plan politique comme on l'a constaté avec les élections présidentielles françaises (puis législatives maintenant) qu'au plan sécuritaire. Cette question est également très sensible lorsqu'on constate à titre d'exemple qu'un grand nombre d'attentats terroristes en France et dans d'autres pays européens sont marocains ou d'origine marocaine.

Par ailleurs, les services de sécurité marocains ont recensé 1.631 nationaux qui ont été impliqués dans le bourbier Syro -irakien. Or minimisant à outrance la gravité de ce chiffre, le secrétaire général du CCME procède par contre dans l'interview précitée, à une extraordinaire fuite en avant (statistique) et à une incroyable déclaration pour tenter de faire accréditer la thèse de la réussite par les institutions marocaines de l'encadrement religieux des MRE, principalement des générations montantes. Comme si les cinq millions de citoyens marocains établis à l'étranger, comprenaient en leur sein des centaines de milliers de terroristes potentiels ! Précisons par ailleurs que sur 289 personnes décédées en France depuis les attentats terroristes de novembre 2015, il y'a beaucoup de musulmans, dont des Marocains.

Les raisons des dérives mortifères et de remise en cause des règles du vivre ensemble ou du vivre en commun par une infime minorité sont, bien entendu, multiples et complexes. Mais pour le cas de la France, au-delà des raisons purement internes franco-francaises et celles liées au dévoiement de l'Islam par des groupuscules intégristes et extrémistes (mouvements salafistes, fondamentalistes, "takfiristes") qui privilégient une interprétation rétrograde et obscurantiste au lieu de l'islam tolérant, pacifique, ouvert et convivial, la politique marocaine d'encadrement religieux des MRE n'est -elle pas également à interroger et à interpeller, du fait que le dossier est mal réfléchi et mal géré, avec au-delà de l'obsession sécuritaire, l'absence de vision stratégique à long terme ?

Peut-on en effet dire objectivement que cet encadrement religieux de la Jaliya par diverses institutions marocaines (ou proches du Maroc sur le terrain), soit une réussite et non pas un échec ?

Trois témoignages accablants d'Abdellatif Lemsibak (Vidéos "Arc En Ciel")
Durant les trois dernières semaines, parmi les témoignages diffusés par "Arc En Ciel" qui décryptent de manière approfondie et pertinente le thème de l'Islam EN et DE France, en y apportant un éclairage inédit alors que jusqu'à maintenant, le sujet était pratiquement tabou, relevons dans le cadre du présent article les contributions d'Abdellatif Lemsibak, secrétaire général de la Coordination des musulmans du Sud de la France et un des fins connaisseurs du dossier.

Dans la vidéo n° 1 qui suit, intitulée "la vérité sur l'Islam en France", un état des lieux franc et sans langue de bois est brossé par cet homme de terrain, qui vit concrètement cette réalité depuis un certain temps. Dans une première étape, l'évolution de la structuration de l'Islam ("DE France" selon l'intervenant), est menée à l'échelle nationale et territoriale. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) est mis par la suite en perspective, avec les diverses fédérations existantes de musulmans. Sont abordées enfin les relations de certaines de ces structures avec les pays d'origine, essentiellement le Maroc ici en fournissant une première évaluation de l'action en matière religieuse d'institutions marocaines comme le ministère chargé des MRE, la Fondation Hassan II pour les MRE, le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME).


La vidéo n° 2 qui suit, apporte l'éclairage entrepris par Abdellatif Lemsibak sur la responsabilité en particulier du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME) concernant la dérive des jeunes marocains en France qui sont radicalisés et s'adonnent pour certains, à la violence meurtrière. Certains aspects de l'historique et des circonstances de la création du CCME sont rappelés (qui méritent un éclairage complémentaire), avec la mise en évidence notamment de la dimension sécuritaire dans le choix de ses membres, plus particulièrement de sa direction. Des déclarations fortes sont émises et des accusations graves sont portées à propos de l'intervention et de certaines connivences doctrinales douteuses en particulier du secrétaire général.

Mais des regrets...
On regrettera fortement certaines affirmations de l'intervenant qui se placent à notre sens à ce stade, non pas au niveau du débat d'idées et de la discussion de la politique suivie par le CCME en matière religieuse, mais au niveau personnel, en estimant notamment que le secrétaire général du CCME est certes "un grand orateur", mais au niveau de l'écriture, il "n'arrive pas à aligner deux phrases de son propre chef " !!!

Curieusement, ce jugement dépréciatif sur le secrétaire général du CCME a été aussi développé dernièrement par l'ancien numéro 3 de ce Conseil qui a été débarqué et démis en octobre 2015 de sa "fonction" de "membre dirigeant", de "coordinateur" ou de "directeur général du CCME" selon l'appellation qu'il se donnait. Dans un récent article intitulé "j'accuse" publié par Quid.ma et repris par d'autres sites, Driss Ajbali oublie toute sa part de responsabilité dans les multiples dysfonctionnements et dérives qui caractérisent actuellement le CCME, devenu d'après ses mots "une bauge de gloutons sans scrupules", " où toute personne encore éprise d'un certain idéal, n'a le choix qu'entre se salir ou disparaître ".

Ajbali écrit dans le même article : " en vérité, le "docteur" Boussouf ne sait pas écrire" et ajoute t-il, "pas plus qu'El Yazami d'aiileurs. Ils ont tous les deux besoins de nègres". Pour Boussouf précise t-il, "qui marche de biais comme les crabes", qui est devenu "le maestro de la purification d'une institution et l'infirmier en chef de son agonie", une institution "désormais transformée par sa grâce en un nid de frelons", il a "besoin de négres" "qui lui écrivent ses discours et ses abondants articles dignes d'un esprit encyclopédique".

Peut-on par rapport aux aptitudes intellectuelles mêmes personnelles d'Abdellah Boussouf, décrit comme quelqu'un qui "n'arrive pas à aligner deux phrases de son chef", "ne sait pas écrire ", donner une crédibilité quelconque aux affirmations relatives à ce point précis formulées par Abdellatif Lemsibak et Driss Ajbali, alors qu'Abdellah Boussouf vient au même moment (mi-avril 2017) de publier aux éditions Le Panthéon à Paris, un livre intitulé : " L'Islam et le commun universel. Tolérance, coexistence et cohabitation religieuse" !!!

Débattre sereinement

De notre point de vue, la politique suivie en particulier par le secrétaire général du CCME et sa participation au côté du toujours président cumulard (président du CNDH et du CCME) à la gestion de l'institution sont éminemment critiquables, comme nous l'avons nous-mêmes montré à plusieurs reprises et continuons de le faire tant que les problèmes fondamentaux du CCME restent posés, mais la critique doit se limiter au débat idées, aux choix politiques arrêtés et à la (mal)gouvernance pratiquée.

Les jugements dépréciatifs personnels ne doivent pas avoir de place dans une démarche critique objective. Ils ne font au contraire que dévaloriser, décrédibiliser et discréditer les critiques majeures fondées qui peuvent être émises, permettant ainsi à ces responsables de la gestion du dossier migratoire marocain de s'en sortir à bon compte, en invoquant le fait qu'ils font l'objet d'attaques subjectives et purement personnelles.


Le troisième épisode de l'intervention d'Abdellatif Lemsibek, est un témoignage sur l'historique et les fonctions de la mosquée de Saint Etienne. L'intervenant montre d'abord que la notion de recteur de mosquée n'est qu'une appellation auto proclamée, ne répondant nullement à des critères avalisés objectivement. Cette auto proclamation permet à de pseudo-recteurs d'être notamment des interlocuteurs inamovibles et de bénéficier de divers financements, sans avoir à rendre des comptes

L'action du "recteur" de la grande mosquée de Saint Etienne est passée ainsi au crible avec ses ambiguïtés au niveau politique par rapport au Maroc (Chabiba Al Islamiya et question de l'intégrité territoriale du Maroc) et au plan doctrinal religieux (chiiâa). Il en est de même de l'action d'un sécuritaire marocain personnellement nommé et identifié. Ces déclarations fortes méritent que les responsables à Rabat se saisissent du dossier et tirent les conclusions de ce qui est avancé.

"L'Islam consulaire marocain" en France est également mis en en perspective avec l'échec des interventions au plan organisationnel de la Fédération Nationale des Musulmans de France (FNMF), du Conseil National du Culte Musulmans (CNCM), du Rassemblement des Musulmans de France (RMF), de l'Union des Mosquées de France (UMF)

Instrumentalisation par le "petit makhzen"
Ces affirmations-révélations d'une extrême gravité méritent ou plutôt exigent bien entendu que toutes les personnes nommément cités ou impliqués s'expriment publiquement sur ce qui leur est reproché dans ces témoignages qui paraissent sincères et fournis non pas dans un objectif de dénigrement, mais dans un but constructif pour faire évoluer positivement le dossier en particulier de l'Islam et des musulmans DE France, dont la composante marocaine, soumise d'une part à l'amalgame, aux préjugés et à la stigmatisation par rapport au pays d'accueil, et d'autre part à l'ingérence, à la manipulation, à l'instrumentalisation et à la mise en tutelle par le "petit Makhzen"par rapport au pays d'origine qu'est le Maroc.

Sur ce plan et à juste titre, l'animateur de l'émission "Arc En Ciel", dans un souci d'objectivité, de transparence et d'éclosion de la vérité, a multiplié les appels à toutes les personnes concernées pour leur garantir le droit de passage à l'antenne pour échanger, procéder aux rectifications nécessaires, donner leur propre vision des choses. Ci-après, le contenu intégral de la troisième vidéo.


Ramadan Karim à toutes et à tous, en souhaitant qu'"Arc En Ciel" élargisse le débat sur l'islam et l'encadrement religieux des MRE dans d'autres pays européens d'immigration (et ailleurs sur d'autres continents) qui abritent une communauté musulmane avec une composante marocaine significative en particulier. Est-ce croire à "la semaine des quatre jeudis" comme l'a dit avec humour Abdellatif Lemsibek, si on espère que les responsables marocains de la gestion du dossier MRE participent au débat, en livrant les éclaircissements nécessaires !?

Rabat, le mardi 23 mai 2017

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur en migration






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