Les grandes vacances d’été 2004 avancent à petits pas. Encore quelques semaines et on verra sur les autoroutes à la recherche du soleil méditerranéen, des millions de touristes descendre vers le Sud de l’Europe. Certains à la recherche d’une plage tranquille d’autres à la recherche d’un dépaysement et pourquoi pas avec un peu de plaisir et de bonheur afin d’oublier une année pleine de méditerranéen.

Pour les citoyens d’origine marocaine c’est une autre histoire. Ce n’est pas le soleil qui les attire, malgré qu’ils en aient bien besoin. Ce n’est pas le dépaysement qui les attire mais plutôt l’émotion et la sensibilité des liens affectifs qu’ils ont soigneusement sauvegardé pendant des décennies avec leur pays natal qui les attire comme par enchantement à le visiter annuellement.

Envoûtés et ensorcelés ils partiront de partout en Europe et se dirigeront tous vers le Sud de l’Espagne avec une seule envie, savourer les délices de leur fabuleux pays d’antan. Ils vont traverser plusieurs pays et plusieurs frontières, pour atteindre finalement les ports de Almeria ou de Algéciras afin de traverser le dernier obstacle, le détroit de Gibraltar. C’est un itinéraire connu par cœur étant donné le nombre de fois qu’ils l’ont parcouru.

La traversée de tous les pays européens se fait dans la sagesse et le calme, dans l’anonymat et la discrétion. Par contre, pour traverser le Détroit de Gibraltar c’est une autre histoire. L’opération transit se fait dans le tam-tam avec tambour, derbouka et trompette, avec fanfare et orchestre. De grands moyens publicitaires à la télé, à la radio et dans les journaux pour nous annoncer « Vous êtes ici chez vous. » Comme si on ne le savait pas ! [1]

Depuis déjà une dizaine d’années, le peuple marocain et la communauté d’origine marocaine se sont habitué d’entendre les mêmes refrains et les mêmes discours et d’ingurgiter les obscénités de grossiers et vulgaires clips publiitaires vantant le mérite d’un MRE revenu d’un pays imaginaire. Par dessus le marché, on prétend faciliter le transit des MRE et leur faciliter l’accueil aux différents ports et aéroports du royaume.

Je reconnais et personne ne peut le nier, il y a eu des améliorations enregistrées, pas au niveau de l’accueil mais aux plans des infrastructures portuaires à Algeciras surtout, mais aussi un peu à Tange et à Nadorr. Il y a eu aussi l’exploitation de nouvelles lignes entre les deux rives du détroit de Gibraltar, surtout les lignes à haute vitesse. A part ça il n’y a rien de nouveau.

Au contraire, il y a toujours le même chaos pour tamponner son passeport soit en bateau soit sur le quai. Il y a toujours les mêmes tracasseries administratives pour les voitures. Il y a toujours des files d’attente interminables à l’entrée comme à la sortie du Maroc. Il y a toujours les mêmes marchandages pour passer la douane. Et enfin, il y a toujours le fléau de la corruption, loyal au rendez-vous annuel. Il prend service à partir du moment qu’on met les pieds sur le sol marocain, il nous poursuit jusqu’à la destination finale quelque part au Maroc et, sera notre compagnon fidèle durant tout notre séjour.

Toutes ces campagnes de propagande tapageuse et de trompe l’oeil soit disant en faveur des MRE mais sans aucune valeur ajoutée ont un revers de la médaille. Ils provoquent surtout incompréhension, malentendu et confusion d’un côté, et de l’autre côté des arrières-pensées et des préjugés chez nos compatriotes au Maroc. J’ai été maintes fois interpellé sur le fait que, les autorités marocaines et le Makhzen nous favorisent, nous avantagent et nous traitent mieux que les nationaux restés au Maroc et que, nous étions par conséquent des privilégiés. D’autres Marocains, matraqués quotidiennement par une propagande loin de la réalité et surtout par des interviews bidons avec des MRE exemplaires et présentés comme un échantillon représentatif des citoyens d’origine marocaine vivant à l’étranger. Ils sont tous bienheureux et joyeux, bien fortunés, possédant de belles voitures très spacieuses et pleines de beaux cadeaux. Comme par hasard ils répètent tous le même refrain « Merci à Dieu, nous sommes très bien, nous avons été bien accueillis, nous n’avons aucun problème, nous sommes heureux, merci beaucoup. »

La traversée du détroit n’est pas reposante non plus, en pleine mer je dois faire la file devant le policier pour estampiller mon passeport et je dois faire une autre file pour inscrire ma voiture chez le douanier. Personnellement, quand je débarque au port de Tanger je suis vraiment très fatigué à cause de mon voyage épuisant qui dure au moins deux jours consécutifs.

Une fois arrivé à la douane, le même exercice recommence, je dois faire la file à la douane et m’armer de beaucoup de patience. Alors je vous dis franchement, je ne suis pas heureux, ni joyeux, ni content. Et, quand je vois mes compatriotes déballer tous leurs avoirs et cadeaux par terre je suis attristé. Et, quand mon tour arrive de déballer mes affaires et de négocier le prix de passage de la douane je suis découragé, démoralisé, écœuré. Seule compensation, je sais que mon séjour est temporaire et d’une durée éphémère. Mais, malgré tout, mon amour pour mon pays le Maroc restera éternel.


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