La ville de Tanger, jadis ville internationale, ensorceleuse et rayonnante, mythique et mystérieuse n’attire plus grand monde. Au contraire, le beau monde qui y habitait l’a abandonné pour d’autres cieux plus cléments et plus accueillants.

Le problème réel n’est pas de prendre conscience de la place qu’occupe la ville de Tanger dans l’échiquier méditerranéen mais la prise de conscience des responsables politiques qui gèrent la ville. Il ne peut y avoir non plus de partenariat au sein de la Méditerranée tant qu’il y a deux poids deux mesures.

Côté Nord de la rive, des responsables du tourisme et les responsables tout court sont des gens consciencieux et honnêtes. Côté Sud de la rive des responsables sont irresponsables où l’honnêteté a complètement disparue.

Seul le côté Nord du bassin méditerranéen constitue encore et toujours une destination touristique en offrant toutes les panoplies et toutes les assurances qu’un touriste peut exiger. Côté Sud, Tanger la triste n’a plus rien à offrir et ne peut concurrencer avec aucune ville de la rive nord de la méditerranée.

Les atouts et les avantages qu’a Tanger et les environs sont, la nature, l’histoire et la géographie. Paradoxalement, les inconvénients et les problèmes sont, tous ceux qui de près ou de loin vivent par et avec le tourisme.

Pour générer un tourisme qui rayonnera sur le littoral nord il ne faut pas investir dans la construction mais investir dans la destruction de tous les remparts qui se dressent contre le retour du touriste.

Je parle ici de Tanger parce que c’est la ville que je connais le mieux mais c’est aussi la ville que j’aime que j’ai aimé et j’aimerai toujours. J’y vais régulièrement et il n’a y a pas longtemps j’y ai passé deux semaines. Malheureusement, beaucoup de villes marocaines partagent le même sort. En tout cas, Tanger n’a pas besoin d’études de marketing et de management mais elle a besoin de mener un combat sans merci contre tout ce qui porte atteinte à son identité, à sa dignité et son intégrité, qui sont : l’insécurité, la mendicité, le vol, la violence et la saleté.

Tanger doit se battre avec acharnement pour redorer son blason et se faire une beauté. Il y a peu de verdure, pratiquement pas de jardins, les bancs publics n’existent pas, toilettes publiques ont disparu, peu d’activités sportives et surtout trop peu d’activités culturelles. Ce qu’il faut encore défaut c’est, un bon accueil, une meilleure infrastructure routière et une plage propre.

Tanger doit lutter également contre la vétusté des taxis et des moyens de transport, contre les marchands ambulants, les faux guides, les faux restaurants, les faux hôtels.

Tanger est devenue avec les années la ville la plus chère du Maroc où les prix pratiqués sont encore plus chers qu’en Europe. Un déjeuner à Tanger coûte plus cher qu’à Venise. La chambre d’hôtel coûte plus chère qu’à Porto. Le taxi de l’aéroport ou du port ou de la gare à la ville sont les plus chers de toute l’Afrique.

La situation à Tanger est alarmante, les hôtels sont quasiment vides même en été. Seuls les bars et les dancings sont fréquentés par une clientèle autochtone. Et c’est ça qui fait vivre les hôtels.

Tanger ressemble à une ville bombardée, des crevasses et des affaissements partout. Les trottoirs n’existent pratiquement pas. Les voitures zigzaguent en permanence pour éviter des trous souvent très profonds. Les piétons sont encore moins lotis, ils surveillent en permanence où ils mettent le pied. Les invalides, les vieilles personnes, les charrettes pour enfants et les cyclistes ne peuvent en aucun cas emprunter les routes ou les trottoirs de la ville. La moindre averse provoque un envasement de toute la ville. La simple brise provoque un nuage de poussière suffoquent. A part le grand boulevard les détritus jonchent les routes.

Tanger offre un spectacle désolant de désordre et de laisser aller. Partout des voies quasiment impraticables, Souani, Beni Makada, Drissia, Val Fleuri, Dradeb, Aouama etc. Une ville complètement défigurée par un urbanisme sauvage. Dés que tu sors des grandes routes, le paysage est triste et en plein délabrement.

Tanger s’est mise dans un engrenage d’anomalies structurelles qui l’étrangle et l’empêche de se développer et de se moderniser. Pour ne citer qu’un exemple, l’absence de concertation et de coordination entre les différents services provoque préjudices et dégâts en défigurant la ville. Maladroite, Tanger est entré en plein troisième millénaire avec une population galopante et un sous-développement caractéristique à la ville.

Quand on se promène dans la ville on a l’impression qu’elle a été totalement abandonnée. La période de viduité a tellement duré qu’on voit déjà les cicatrices de vieillesse et d’agonie. Devant l’ampleur des dégâts du présent j’ai fait appel à ma mémoire du passé et à l’espoir de l’avenir et je me suis murmuré pour me consoler « Heureusement, j’ai connu Tanger de jadis, quand elle faisait sa toilette tous les matins de bonheur pour s’offrir quotidiennement à ses visiteurs. Heureusement, il y a encore des hommes et des femmes encore amoureux de cette ville et qui sont prêts à tout faire pour promouvoir et protéger son patrimoine ».

Sarie Abdeslam




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