Depuis deux semaines et tout au long d'une période d'environ deux mois, s'étendant probablement jusqu'à la fin du mois de Ramadan, la thématique centrale de l'émission "Arc En Ciel", animée par Abdellatif Essadki sur Radio Pluriel (Lyon), tourne principalement autour d'un dossier très important et sensible, à savoir celui de l'Islam en France, avec diverses interventions et témoignages.

Néanmoins, la rubrique propositions d'action en matière de citoyens marocains établis à l'étranger, garde toujours sa place avec durant l'émission diffusée dimanche 30 avril 2017 la question suivante : "quel rôle peut jouer la boite à idées des MRE pour les MRE sur "Arc En Ciel"? Boite à idées dont l'initiateur et le promoteur est l'animateur en personne de l'émission et à laquelle participent depuis plusieurs mois de manière constructive, plusieurs intervenants de la société civile MRE et de l'intérieur du Maroc, avec des profils variés et des sensibilités différentes.

Contribuant modestement et régulièrement à cette rubrique en fonction de l'actualité du moment à partir du Maroc, qu'il me soit permis de présenter mon point de vue en réponse à la question pertinente posée cette semaine.


Tel qu'il a été défini et précisé à plusieurs reprises par l'animateur de l'émission, l'objectif de cette boîte à idées est de permettre aussi bien aux citoyens marocains établis à l'extérieur qu'aux citoyens marocains de l'intérieur du Maroc, de formuler dans le cadre d'un débat public responsable, un certain nombre de suggestions et de propositions pratiques à même de faire avancer l'action concrète des pouvoirs publics marocains dans ce domaine multidimensionnel et stratégique d'intérêt national qu'est le dossier des cinq millions de citoyennes et de citoyens marocains établis à l'étranger.

Aller au-delà du gouvernement
Mais de notre point de vue, ces propositions ne devraient pas s'adresser qu'aux décideurs gouvernementaux et aux responsables d'institutions nationales chargées directement de la gestion du dossier de la communauté des citoyens marocains à l'étranger. Ces suggestions interpellent aussi à titre d'exemple les parlementaires des deux chambres au Maroc pour tout ce qui a trait à la mise à niveau du cadre législatif et réglementaire y afférent, au contrôle de l'action du gouvernement en la matière, aux missions liées à la diplomatie parlementaire qui doit concerner également la diplomatie sociale, et à la mission d'évaluation des politiques publiques marocaines en direction des citoyens marocains établis à l'étranger.

Dans cet esprit, les parlementaires visés ne doivent pas être seulement ceux de la majorité gouvernementale, mais aussi ceux appartenant à l'opposition. En l'occurrence, en prenant en considération la composition différente des deux chambres, il s'agit Ici des partis politiques de différentes tendances, des différents acteurs économiques, des différents acteurs territoriaux et des syndicats dans leurs diverses sensibilités.

De manière plus générale, l'opinion publique à l'intérieur du Maroc et parmi la communauté des citoyens marocains établis à l'étranger, devrait également être prise à témoin dans cette action citoyenne.

Toujours est-il que si ces propositions déjà développées sont à relancer, le meilleur espace reste l'émission "Arc En Ciel" elle-même, avec les divers auteurs de ces suggestions pour l'action, sans avoir de notre point de vue, à passer par une structure intermédiaire, qui ferait un résumé à sa manière, avec le risque de jouer le rôle de filtre, de dénaturer voir même d'occulter certaines positions.

Le statut du CCME ne bloque aucun travail
Par ailleurs, depuis quelques semaines, voire même plusieurs mois, la tentation existe chez le référent France de l'émission, de dédouaner de ses responsabilités la direction du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, en dénaturant les critiques qui lui sont adressée dans le débat public en termes de mal gouvernance et de non suivi du cahier de charges auquel sont tenus les responsables du CCME, à savoir assurer d'une part une fonction consultative en présentant des avis consultatifs sur les politiques publiques marocaines en direction des MRE et d'autre part une fonction prospective en présentant tous les deux ans un rapport stratégique concernant le dossier migratoire.

La critique de l'(in)action du Conseil part en effet du dahir portant création du CCME tel qu'il est formulé en montrant que les dirigeants du Conseil n'assument pas leurs responsabilités, alors que la défense des responsables du Conseil incrimine les statuts de l'institution qui bloqueraient toute initiative, le Conseil étant actuellement un "outil suspendu"... L'argument de défense de la direction du Conseil consiste donc à dire qu'il faut "se libérer de l'hypocrisie de ce statut pour pouvoir travailler".

Or la tentative de contournement et de dédouanement de cette responsabilité, consiste à présenter la nature du Conseil en partant du dahir fondateur comme un simple bureau d'études, alors que la réalité est toute autre. Dans le même esprit, il est prétendu qu'aucune responsabilité de ces dysfonctionnements ne peut être délimitée à partir des textes existants, alors que ceci est complètement faux. Dire par ailleurs dans une intervention intitulée "une nouvelle sauce pour manger nos droits. MRE, ne rêvez plus car rien ne va plus ", que le secrétaire général outrepasse ses prérogatives en menant des actions positives, qu'il le fait de lui-même, sans être tenu de le faire de par ses obligations, comme par exemple organiser un Congrès, est une pure falsification de la réalité....

Citoyens, non des sujets
Qu'il nous soit permis maintenant de clarifier un point fondamental lié au cadre et à l'esprit de cette entreprise. Ce cadre devrait être celui de la citoyenneté des Marocains établis à l'étranger qui sont à considérer par rapport au Maroc comme des citoyens marocains à part entière avec leurs obligations et devoirs, mais également leurs droits pleins et entiers dans tous les domaines.

Lors de l'édition du 30 avril 2017, un passage de l'émission reproduit à travers le lien mis à la fin de cet article, attire l'attention. Faisant allusion au discours royal d'ouverture de la session parlementaire d'octobre 2016, qui reprochait à l'administration marocaine de ne pas régler en particulier les problèmes des citoyens marocains à l'étranger, Zaki Gourmane, référent France de l'émission "Arc En Ciel" termine ainsi son intervention :
"Je voudrais juste conclure. Sa Majesté a dit un mot. Les paroles de Sa Majesté font loi. Les paroles de Sa Majesté font loi messieurs dames. Sa Majesté a dit : vous l'administration, vous le gouvernement, si mes sujets (et je préfère dire sujets parce que c'est un honneur. D'autres disent : des Marocains, des compatriotes, des citoyens. Nous, nous sommes des sujets de Sa Majesté et nous en sommes fiers). Si mes sujets s'adressent à moi à chaque coin de rue, prenant le risque de violer le système sécuritaire protocolaire en se mettant eux-mêmes en danger et en mettant le convoi en danger, si ces gens-là s'adressent à moi, c'est que vous ne faites pas votre travail... "
Or dans ce discours du 14 octobre 2016 en ouverture de la nouvelle session parlementaire (voir le lien en fin de cet article), lorsque le Roi parle des Marocains de l'intérieur, il ne dit pas "mes sujets", mais il utilise le concept de citoyens. De même, lorsque Sa Majesté le Roi parle des Marocains de l'extérieur, il n'utilise pas la formule : " mes sujets ", mais a recours à la notion de citoyens.

Ce vocabulaire en termes de sujets est étranger au lexique royal. Dans les discours royaux depuis le nouveau règne, les Marocains résidant à l'étranger sont désignés comme "Marocains résidant à l'étranger", "citoyens marocains à l'étranger", "membres de la communauté marocaine à l'étranger", "compatriotes", "Marocains de l'étranger", mais jamais au grand jamais, comme "sujets", "mes sujets".

On ne doit donc pas, dans un excès de zèle, faire dire au Roi ce qu'il ne dit pas. On doit respecter sa parole et quand on le cite, il s'agit de le faire avec les propres mots du Roi et non pas avec des formulations qu'on lui prête, mais qui ne sont nullement les siennes. Si certains, au niveau d'Al Jaliya, préfèrent être traités comme des "sujets" et non comme des citoyens, en considérant ce traitement comme un honneur, cela les regarde, mais ceci est très loin de la réalité. Comme le dit une célèbre formule, il ne faut pas être plus chrétien que le Christ, plus royaliste que le Roi, plus catholique que le Pape...

Par rapport au Maroc, c'est la notion de citoyenneté qui doit par conséquent être au cœur du traitement du dossier "MRE" et non pas celle de sujets, comme ceci a été fait par ailleurs au lendemain de la nomination du gouvernement El Othmani, dans une déclaration ministérielle au site 360... Parler de sollicitude royale s'agissant des affaires de la communauté marocaine résidant à l'étranger, ne signifie nullement traiter les Marocains de l'extérieur de sujets. Ainsi, dans l'exposé des motifs du Dahir Royal n° 1 - 07 - 208 du 21 décembre 2007, relatif à la création du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger et portant le grand sceau de Sa Majesté Mohamed VI, il est dit :
" Concrétisant la Haute Bienveillante Sollicitude dont Notre Majesté entoure Nos citoyens résidant à l'étranger en vue d'améliorer leurs conditions de vie, et compte tenu de l'importance capitale que Nous attachons à l'exercice plein et entiers, par Nos citoyens résidant à l'étranger de leur citoyenneté, en termes de droits et d'obligations, où qu'ils se trouvent (...)".
Par ailleurs, l'article 1er de ce dahir, énonce notamment ce qui suit : " Il est créé auprès de Notre Majesté une institution à caractère consultatif, dénommée "Conseil de la communauté marocaine à l'étranger ", chargée de donner avis à Notre Majesté sur les questions concernant Nos concitoyens résidant à l'étranger (...) ".

Parler ainsi des citoyennes et des citoyens marocains à l'étranger comme des sujets, comme le fait le référent France d'Arc En Ciel, est un registre totalement différent qui ne correspond nullement par ailleurs à l'énoncé de l'article 16 de la Constitution rénovée de juillet 2011, qui stipule notamment : " le Royaume du Maroc œuvre à la protection des droits et des intérêts légitimes des citoyennes et des citoyens marocains résidant à l'étranger..."

Appel à l'échange et au débat contradictoire
Bien entendu, sur tous ces sujets où les sensibilités sont différentes ou bien où les points de vue sont nuancés, nous sommes disposés, si l'animateur de l'émission y consent, à dialoguer avec ceux qui ne partagent pas notre point de vue, au lieu d'avoir des interventions-monologues sans discussion.

Vidéo "Arc en Ciel" du 30 avril 2017


Discours royal du 14 octobre 2016 à l'ouverture de la session parlementaire.


Rabat, le samedi 5 mai 2017

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur en migration





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