Les ressortissants subsahariens font l'objet d'une déferlante de haine et de racisme suite au meurtre d'un veilleur de nuit à Fès. Les acteurs associatifs tirent la sonnette d'alarme.

Depuis l’assassinat d’un veilleur de nuit dans un centre commercial à Fès la semaine dernière, les déclarations racistes à l’encontre de ressortissants subsahariens se sont multipliées. Après l’arrestation de trois Camerounais suspectés dans cette affaire, les habitants de la capitale spirituelle ont investi l’espace public et les réseaux sociaux,à coups de déclarations hostiles visant la communauté subsaharienne.

"La situation est pour le moins critique à Fès. La mort de ce veilleur de nuit a suscité l’ire de la population qui s’est automatiquement et sans connaissance de cause attaquée à toute la communauté subsaharienne", nous indique Mustapha Louizi, acteur associatif à Fès, inquiet. "Un meurtre c’est un acte individuel, mais les habitants de Fès préfèrent criminaliser toute une communauté. C’est une manière de catégoriser une partie vulnérable et sans défense de la population. Pour tout vous dire, il y a eu trois autres meurtres au cours de la même semaine, mais ça n’a pas eu le même effet".

La résurgence du sentiment de haine à l'égard de la communauté subsaharienne rappelle des procédés d’un autre temps qu’on croyait révolu. "En ce moment, ils se font discrets et prennent les précautions nécessaires avant de sortir dans la rue. On a noté plusieurs cas de maltraitance verbale ou physique dans les transports en commun ou dans la rue. Ils sont pris à partie par des personnes qui leur demandent de partir en les traitant de tous les noms", déplore Abderrahim Lamrabet, président de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Même son de cloche du côté de Mustapha Louizi, qui travaille avec des migrants subsahariens à Fès. "Plusieurs migrants m’ont expliqué que depuis le meurtre, ils sont maltraités par les habitants. gifles, crachats, insultes racistes abominables, tout y est passé. C’est malheureux", explique-t-il. "Si les autorités ne les prennent pas à partie, elles observent cette situation avec une nonchalance totale", regrette Louizi.
"Nous ne sommes pas racistes, mais ils sont ingrats"
Le danger est tel que des messages ont été envoyés à plusieurs communautés de ressortissants subsahariens au Maroc, pour les appeler à éviter de sortir le jour d’une manifestation de protestation contre le meurtre du veilleur de nuit. "La manifestation a pris une tournure raciste et les manifestants voulaient carrément s’en prendre aux migrants installés à côté de la gare", poursuit Mustapha Louizi. En effet, des centaines de migrants en situation irrégulière sont installés dans un campement insalubre à côté de la gare ferroviaire de la capitale spirituelle. "Ils vivent marginalisés et dans des conditions difficiles. Il est pressant que les autorités accompagnent ces personnes avant que leur situation ne s’envenime", prévient Lamrabet.

C'est sur Internet que sont enregistrées les réactions les plus virulentes. Sur une page Facebook intitulée "Tous pour déporter les Africains irréguliers chez eux", les migrants subsahariens sont accusés de tous les maux. "Ils ont violé une femme mariée, coupé les doigts d’un commerçant, tué un veilleur de nuit, volé plusieurs maisons, violé des enfants de rue et harcelé les femmes… Je parle d’un certain nombre d’Africains qui créent des problèmes", peut-on lire sur l'une des nombreuses publications de cette page raciste, créée suite au meurtre du veilleur à Fès et qui compte plus de 1.400 membres. "On ne peut plus vivre avec ces personnes… on est devenus des étrangers chez nous", clame une autre page. Par ailleurs, des hashtags tels que "zéro africain" ou "mobilisons-nous pour que les Africains rentrent chez eux" ont envahi les réseaux sociaux, entraînant un flux d’insultes et diffamation à l’encontre des migrants subsahariens.

Toujours dans la même veine absurde et insensée, MC Majhoul, un rappeur de Fès s'est à son tour illustré en diffusant une chanson raciste en réaction à l'assassinat du veilleur de nuit. "Pardon d’intervenir, avec tout le respect que je voue à Sidna (Sa Majesté, NDLR), nous sommes arrivés à bout. La décision de régulariser les Africains ne nous sert à rien. Nous ne sommes pas racistes, mais ils sont ingrats", pose-t-il. No comment. 
 

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