Depuis quelques années, le paysage social marocain connaît des transformations notables sous l’effet conjugué de la globalisation et de la crise économique mondiale. 
De terre d’immigration, le Maroc tend à son tour à devenir pays d’accueil. Outre les retraités européens qui s’installent dans des villes comme Marrakech ou Agadir, nous avons maintenant des jeunes demandeurs d’emploi qui tentent leur chance sur le marché marocain. à côté de cette immigration européenne, se tient l’africaine…

Au fil des ans, nous autres Marocains, nous nous sommes construit une très jolie fable. La fable d’une société ouverte et tolérante où l’étranger est accueilli à bras ouverts. Toutes les occasions nous sont bonnes pour mettre en avant la légendaire tradition d’hospitalité qui serait la nôtre. Nous sommes convaincus d’être les meilleurs hôtes du monde et nous ne cessons de nous en gargariser. Le pire dans l’affaire c’est que nous sommes sincères. Il est vrai que nous savons recevoir. Mais tout dépend de qui et en quelle circonstance.

Durant tout le temps qu’a duré le protectorat français, le Maroc a accueilli sur son sol une extraordinaire faune humaine. En sus des colons français, Casablanca, par exemple, qui sortait tout juste de terre, attirait, comme le miel des abeilles, des individus de tout genre et originaires de tous les coins du monde. A côté des réfugiés politiques (Russes blancs, Républicains espagnols), des émigrés économiques contraints par la pauvreté à l’exil (Italiens, Portugais, etc.), on trouvait des personnages (aventuriers, bandits de grand chemin ou espions) dignes de romans épiques. 
Ces présences, même si Européens et Marocains évoluaient dans des univers séparés, coloraient de cosmopolitisme un Maroc jusque-là complètement replié sur lui-même. Par ailleurs, la société marocaine comportait une importante minorité religieuse en la communauté autochtone israélite. 
Mais, avec l’indépendance, des départs ont eu lieu en masse et le nombre des résidents étrangers au Maroc s’est réduit de manière drastique. Il en a été de même de celui des Marocains juifs qui, de plusieurs centaines de milliers, sont passés à quelques milliers. Du coup, le pays est (presque) revenu à son état d’avant la colonisation, celui d’une société où l’on vit entre soi. La présence étrangère y est redevenue rare, ou juste de passage. 
L’amputation de l’essentiel de la composante juive marocaine a appauvri la société sur le plan de la diversité culturelle. Les générations post-indépendance ont donc grandi dans un Maroc où les Marocains sont quasi tous des musulmans et où l’étranger se contente de passer en tant que touriste. Un touriste choyé et accueilli avec force sourires et verres de thé (because devises trébuchantes) d’où notre laïus sur le Maroc, terre d’ouverture et de tolérance.

Mais, depuis quelques années, le paysage social marocain connaît des transformations notables sous l’effet conjugué de la globalisation et de la crise économique mondiale. De terre d’immigration, le Maroc tend à son tour à devenir pays d’accueil. Outre les retraités européens qui s’installent dans des villes comme Marrakech ou Agadir, nous avons maintenant, toujours en provenance de l’Europe, des jeunes demandeurs d’emploi qui tentent leur chance sur le marché marocain. 
A côté de cette immigration européenne, se tient l’africaine, celle de ces Subsahariens qui, bien que ne représentant que le dixième des étrangers installés au Maroc, focalisent les regards. Cette immigration-là, en dépit de sa faiblesse numérique, a un effet ravageur sur nous. Ravageur en ce qu’elle fait exploser la fable du Maroc, terre d’accueil et de tolérance. Elle nous tend un miroir grossissant, nous renvoyant un reflet qui jure avec l’image flatteuse que nous nous faisons de nous-mêmes. 
Racistes, les Marocains ? La réponse est oui, pour certains d’entre eux. Pas tous, fort heureusement, mais il est des racistes invétérés parmi nous. En raison de la peur primaire du différent mais aussi parce que le racisme au Maroc s’appuie sur une double histoire de stigmatisation et d’infériorisation de l’autre ; celle de l’esclavage et celle de la dhimmitude, d’où la prégnance du racisme anti-noir et du racisme anti-juif. 
Faut-il le rappeler, la fermeture du dernier marché d’esclaves au Maroc remonte à moins de 100 ans, en 1920. De leur côté, et jusqu’à ce que le Maroc indépendant leur reconnaisse un statut de sujet à part entière, les Marocains de confession juive étaient traités comme des citoyens de seconde zone. A ce jour, l’expression lihoudi hachak (le juif sauf votre pardon) n’a pas disparu. Sous couvert d’antisionisme, le racisme anti-juif peut continuer à proliférer au grand jour grâce au conflit israélo-palestininen. Il suffit cependant de gratter pour étouffer sous les relents nauséabonds qui s’en exhalent. 
Par contre, pour ce qui est des Noirs, difficile d’utiliser des justificatifs géopolitiques comme feuilles de vigne. Les attitudes discriminatoires vis-à-vis des Noirs n’ont pas attendu l’arrivée des Subsahariens pour s’épanouir dans la société. Les Marocains couleur d’ébène et ils sont nombreux- en savent quelque chose. Ils peuvent témoigner des amabilités du type «azzi» ou «draoui» qui ont pu résonner à leurs oreilles. Mais comme cela se passait entre concitoyens, on s’abstenait pudiquement de parler de racisme. 
Avec les Subsahariens, la fable explose et oblige à nommer un mal aux racines profondes. Pour faire du mythe une réalité et être vraiment cette société tolérante et ouverte que nous nous vantons d’être, il est temps de se retrousser les manches et de s’atteler à développer les outils nécessaires pour combattre la pieuvre immonde.










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