A bord de l’avion que j’ai pris avec une centaine de mes compatriotes de Bruxelles à Tanger pour regagner la terre natale je n’ai pu lire ni joie ni bonheur. Et, à bord de l’avion pour le retour vers notre pays d’accueil je n’ai pas non plu pu lire sur les visages de mes compatriotes ni anxiété ni joie ni bonheur. Ce sont des voyageurs comme tout le monde mais qui ont déjà acquis une grande expérience d’aller retour au Maroc et que ces déplacements sont devenus tellement banal que ça ne les émeut plus du tout.

Personnellement, un aller retour Bruxelles Tanger est devenu tellement ordinaire tel un aller retour Bruxelles Anvers. Ce n’est qu’au débarquement, au moment de se faire contrôler le passeport et les bagages qu’on se sent un peu dépaysé et en plein pays d’antan. Arrivé à Tanger à l’aéroport Boukhalf, à fur et à mesure que la fatigue du voyage s’ajoute à la lenteur des files pour tamponner le passeport, à l’attente angoissante des bagages et à la file en pagaille pour les contrôles par la douane on voit bien que les visages sont devenus de plus en plus crispés. Comme par hasard, devant cette situation incongrue, tous les voyageurs deviennent muets et c’est le langage visuel qui prend la relève.

Le passage obligatoire de ce tunnel angoissant et stressant te rappelle exactement que tu te retrouves dans un autre monde que nous avons connu jadis et qui n’a pas encore changé. Ceci témoigne en tout cas qu’il n’y a pas eu de changement du comportement des autorités. Ils opèrent encore aujourd’hui à l’égard de ces MRE exactement comme dans les années soixante, c’est le tout sécuritaire qui est toujours de rigueur.

Malheureusement, si le travail des «amicales sécuritaires» est devenu caduque, les MRE ne sont pas pour autant considérés par les pouvoirs publics comme des citoyens à part entière et qui méritent respect et considération. D’ailleurs, ils ont joué et jouent encore un rôle important et primordial dans le développement économique et social du Maroc, surtout dans cette période de crise.

Finalement, ce n’est qu’à la sortie, malgré la fatigue et la cadence infernale de la dernière phase du voyage, les voyageurs en retrouvant les parents et des familiers, leurs visages deviennent tout de même plus rayonnants.

A Bruxelles on est aussi contrôlé par la police. Environ un millier de passagers sont contrôlés par heure. Mais c’est tellement fluide qu’on passe cette étape sans se rendre compte. Quand à la douane, il n’y a plus de file parce qu’il n’y a ni contrôle ni douaniers.

Théoriquement on peut considérer que le Maroc a réalisé beaucoup de choses cette décennie, un grand pas en avant en créant le Conseil Consultatif mais, sur le terrain on est loin du compte, il n’y a pas encore de retombées concernant une quelconque amélioration de la situation. Il y a tellement d’initiatives et tellement de responsables mais Maroc oblige, il y a carence de coordination, manque de cohérences et absence totale de participation des intéressés. Par exemple, les citoyens d’origine marocaine n’ont jamais eu le droit élémentaire et fondamental de participer en tant que citoyens à part entière à la gestion politique de leur pays.

A part le Tam-tam médiatique annuel pendant les grandes vacances (Voir article de presse ci-dessous) il n’y a jamais eu un vrai accueil digne de la communauté marocaine à l’étranger. Ni aux aéroports ni au port de Tanger. Au contraire, on perd plus de temps au port de Tanger à négocier avec les intermédiaires pour faire passer bagages, cadeaux et souvenirs que pendant la traversée de la Méditerranée. Une fois au Maroc, les plus jeunes parmi nous ne résistent pas plus d’une semaine au pays du soleil couchant à cause des comportements agressifs à leur égard surtout pour les filles et particulièrement à cause d’absence de toute infrastructure de loisirs pouvant intéresser les jeunes et moins jeunes. A part la plage il y pratiquement une absence structurelle de lieux de distraction et de divertissement pour jeunes et enfants.

Par contre, nous avons largement contribué au développement de notre pays d’origine et, depuis presque un demi siècle apporté des devises, de l’argent, des compétences, des talents, des artistes, du savoir-faire et des investisseurs qui sont pour notre pays autant de valeurs ajoutées.

Aujourd’hui, la physionomie de notre diaspora a radicalement changé. Nous ne sommes plus des ouvriers mineurs de fond mais des cadres, des architectes, des professeurs, des ingénieurs, des informaticiens qui pensent de plus en plus de faire carrière au bercail pour investir dans des secteurs porteurs tel le tourisme, l’agriculture et le commerce. Malheureusement, le Maroc n’a pas encore décidé d’une politique de retour pour faciliter la réinstallation et la réinsertion de ceux qui veulent faire le choix de s’investir corps et âmes dans la ville ou le village de leur pays d’origine. Au contraire, à cause du peu d’espoir, d’un avenir incertain et d’un salaire minimex, le phénomène de l’exode des cerveaux marocains et la corruption institutionnalisée continuent à gangréner la société marocaine et à aggraver la situation sociale en privant le pays de cadres dont il a grandement besoin.

Sarie Abdeslam


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