Le premier mai 2001 fête du travail et des travailleurs s’est passé en respectant la tradition devenue traditionnelle avec les syndicats très traditionnels. Le rituel déjà très classique a été respecté à la lettre, discours des leaders et manifestation dans une ville, manifestation et discours des leaders dans une autre ville. 

Les syndicats très traditionnels deviennent pour une journée les maîtres de la rue et des stades avec un absent de marque, la jeunesse marocaine. Malheureusement, cette année le ciel n’a pas brillé comme d’habitude, il s’est assombri et, comme une surprise, un trouble fête est venu déranger cette tradition que nous avons connu depuis belle lurette.

Ceci prouve que le syndicalisme paternaliste à la Marocaine n’a pas évolué et n’a pas connu de changement depuis des décennies, voir depuis sa création. Le syndicalisme marocain a besoin d’une cure de rajeunissement pour pouvoir affronter un avenir dans la modernité et dans la démocratie. En tout cas, les patrons du syndicalisme marocain sont devenus synonymes du mouvement syndical. Monsieur Mahjoub c’est l’UMT et l’UMT c’est Mahjoub. Monsieur Amaoui c’est la CDT et la CDT c’est Amaoui.

Les syndicats traditionnels (UMT, CDT et UGTM) sont désormais concurrencés par l’Union Nationale du Travail au Maroc (UNTM) de tendance islamiste et proche du Parti de la Justice et du développement (PJD). Au fond L’UNTM a été créé en 1973 par le Dr Abdelkrim El Khatib, secrétaire général du parti PJD. C’était la période où l’on fabriquait des partis politiques « clefs sur porte » et pourquoi pas un syndicat. C’est ainsi que l’UNTM a vu le jour. Il faut souligner, à l’instar des autres centrales syndicales, l’UNMT est un syndicat qui n’est pas issu de la lutte ouvrière.

L’UNTM n’a pas failli à la tradition et a organisé sa manifestation et son cortège à sa manière. Pour se démarquer et démontrer son label de qualité il a organisé son défilé les femmes d’un côté « même s’ils n’avaient pas l’allure d’ouvrières » et les hommes de l’autre. Les personnes âgées étaient priées de ne pas rejoindre le cortège.

Les autres syndicats commencent à lorgner vers la popularité grandissante de l’UNTM et leur donne matières à réflexion. Aujourd’hui, l’UNTM qui grignote petit à petit du terrain aux autres syndicats et qui récupère leurs militans mécontents se considère comme la deuxième force syndicale après la CDT dans le secteur de l’enseignement. L’autre secteur de prédilection de l’UNTM est la santé.

Comme toile de fond, le divorce entre la CDT et l’USFP, la dévaluation du dirham, la corruption et le clientélisme, la jeunesse désemparée, les défenseurs des droits de l’homme en jugement, la liberté de presse en question, la détérioration des conditions sociales, la progression de la paupérisation du pays, le contexte social où le chômage gagne en volume, plus de 40% des travailleurs dans le privé touchent moins que le Smig, les licenciements abusifs et les conflits interminables qui se soldent souvent par un échec pour les ouvriers, le pouvoir d’achat qui ne s’améliore pas, la condition des femmes qui stagne, finalement la migration clandestine et les patéras de mort restent comme seule alternative.

Entre temps, le Maroc de l’alternance prépare le retour en vacances des Marocains de l’étranger en oubliant de faire participer leurs représentants légitimes et leurs associations démocratiques. A part ça, tout va pour le mieux. A la semaine prochaine.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 13 mai 2001


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