C’est surtout à la lumière de mon expérience personnelle et professionnelle que je base mon analyse. Depuis la fin des années 60 j’ai suivi de très près et participé au débat concernant le thème de l’immigration ainsi que celui des nouvelles générations issues de l’immigration en Belgique.

C’est pour essayer de changer l’image véhiculée par une certaine presse sur ces jeunes que je veux restituer les faits et le débat dans le cadre d’une approche globale permettant une analyse rigoureuse des problèmes que j’ai milité dans la vie associative mais aussi au niveau du syndicat et du monde politique.

Malheureusement, l’image qui semble correspondre est celle que la société se fait des étrangers. Trop souvent cette image nie l’existence d’issues positives pour certains jeunes, en particulier les maghrébins et la responsabilité dans la situation qui est la leur.

Trois thèmes privilégiés reviennent au galop à chaque fois qu’on veut mettre en valeur la fracture sociale de ces jeunes désœuvrés : le logement, l’école et le travail.

Tous les autres problèmes ont la même source et proviennent généreusement de l’échec de les intégrer harmonieusement dans la société. (Echec scolaire, rejet social, délinquance, identité culturelle ..)

Notre réflexion sera incomplète si nous allons étudier seulement le cas de la nouvelle génération des Marocains issus de l’immigration. Il faut voir toute de la communauté marocaine, voir l’ensemble de la population étrangère, voir toute la population de Belgique.

Parler de l’immigration marocaine c’est parler de la société belge dont l’avenir est lié aux enjeux démographiques, économiques, sociaux et culturels que représentent les jeunes d’origine maghrébine. Parler seulement des jeunes en dehors et sans tenir compte du contexte c’est de la science fiction pure et simple.

Malheureusement, il y a certains sociologues et anthropologues de salon qui nous ont numérotés en première, seconde, troisième génération ainsi de suite. Pour moi les jeunes issus de l’immigration font partie intégrante de la communauté marocaine. Ils forment la complémentarité de leurs parents.

L’immigration marocaine et la démographie
L’immigration marocaine en Belgique devait jouer un double rôle. Remplir une carence de main d’œuvre dans les mines de charbon et dans les entreprises peu rentables et qui ont choisi de ne pas investir dans la modernisation des moyens de production. Le second rôle est de combler une carence dans la démographie et assurer la relève d’une population qui commençait à vieillir.

Le marocain adulte qui a quitté son pays pour s’installer en Belgique reconnaît depuis le début que quoi qu’il fasse il ne réussira pas à réaliser complètement son projet de rêve. Alors il va projeter son rêve sur ses enfants et à travers eux il veut réussir à se faire reconnaître par la société d’accueil où il vit. A travers l’intégration de ses enfants qu’il veut retrouver la dignité qu lui a été refusée pendant des décennies. Toutes ses aspirations et ses attentes seront exaucées via l’intégration et la réussite de ses enfants dans la société

L’arrivée des jeunes
Fait unique pour l’Europe, l’immigration en Belgique, dès le début des années soixante, devenait plus humaine que dans les pays riverains, à cause de son caractère humanitaire en favorisant le regroupement familial. Le migrant Marocain devait donc jouer deux rôles tout à fait distincts, mais nécessaires et complémentaires l’un à l’autre. Le premier rôle, pour pallier au manque de main-d’œuvre dans les entreprises en plein essor pour assurer la production, le second rôle pour pallier au vieillissement général de la population belge, surtout en Wallonie, et assurer la reproduction.

Le rôle de reproduction étant assuré, une nouvelle génération issue de l’immigration va émerger et que l’on surnomme à tort, la seconde génération. Cette génération sacrifiée se transmettra la malédiction de la marginalisation sociale. La reproduction sur place va engendrer une reproduction et une accumulation d’injustices et de retard par rapport aux autochtones.

Les premiers de cette série nés en Belgique se trouveront vite confrontés dans leur statut d’immigré qui leur a été imposé par le destin. Ce sont des citoyens d’origine marocaine il est certes, mais ils seront les seuls qui n’ont jamais demandés de quitter leur pays d’origine. Immigrés malgré eux, étrangers dans leur pays natal, par fatalité ils porteront à jamais l’étiquette d’étranger.

Auteur : Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 25 avril 2005


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