Le 25 mai prochain, vous serez amenés à élire pour la première fois des conseillers consulaires. Ces nouveaux représentants des français de l’étranger sont là pour servir de relais entre les français vivant à l’étranger et les services publics représentant de l’état français.

Afin de vous aider à faire votre choix, nous avons interviewé chaque tête de listes (5 pour la circonscription de Casablanca) pour qu’ils puissent vous expliquer les raisons de leur engagement et leurs projets. Aujourd’hui, entretien avec madame Malika Barki.

Lepetitjournal.com : Madame Barki, pouvez-vous vous présenter ?

Malika Barki : Je suis avant tout mère de famille, très engagée dans la société civile au travers de différentes structures associatives. Je milite depuis l’âge de 16 ans, en ayant commencé dans le milieu lycéen. Je fais partie de la génération SOS Racisme, où j’ai milité très longtemps sur la thématique de la montée du racisme. Je suis l’un des membres fondateurs de "Touche pas à mon pote" et j’ai effectué la fameuse marche des beurs.

J’ai vécu et grandi en France et depuis à peu près 10 ans, je suis revenue à Casablanca avec mes enfants pour découvrir un autre monde, une autre culture, celle de mes parents, que je n’ai connue qu’à travers les vacances estivales. Je découvre le visage du Maroc aujourd’hui.

Pourquoi avez-vous choisi d’être tête de liste ?

Un citoyen a des droits et des devoirs et j’estime que c’est un devoir de s’engager. Si l’engagement politique est noble, il y aussi une autre façon de faire de la politique, au travers d’une démarche non pas partisane mais citoyenne où l’espace est beaucoup plus ouvert et tolérant. J’aspire donc à un autre espace de dialogue et d’échange, avec les acteurs de la société civile qui n’ont pas de place légitime au sein des partis politiques.

Quelles sont vos priorités ?

Du côté des marocains, je suis très sensible à la cause des femmes et des enfants, avec par exemple l’action de Aicha Ech Chenna, cette grande dame qui défend la cause des femmes célibataires avec enfants conçus hors mariage, ainsi que la scolarisation des enfants.

Du côté de la communauté française, je suis sensible aux différents volets sociaux. Lorsque l’on s’installe ici, nous avons nos devoirs mais nos droits sont minimisés du fait que l’on ne vit pas en métropole et je trouve cela injuste. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone. Donc, parmi mes priorités, il y a le paiement de la scolarité et de la couverture sociale. Ce sont des sujets qui reviennent souvent et je me bats au quotidien pour essayer d’améliorer, aider et soutenir les familles dans leurs différentes démarches pour qu’elles aient une certaine dignité et puissent assurer une scolarité correcte à leurs enfants. J’étudie plusieurs pistes avec différentes associations qui appuient cette démarche.

Je pense également à nos concitoyens, personnes âgées ou retraitées. Le Maroc est une terre d’accueil et un choix de résidence mais il faut bien préparer son installation. Sur le volet santé, s’ils ne sont pas couverts correctement, cela pose de gros problèmes, surtout qu’ils s’installent souvent dans des endroits isolés. Ils doivent avoir le réflexe de garder le contact avec les antennes consulaires pour que l’on puisse les aider et les suivre, c’est notre rôle.

Quelles mesures concrètes aimeriez-vous entreprendre ?

Mes priorités sont l’éducation, la santé, et l’emploi.
En matière de santé, l’une des possibilités serait de réfléchir à une coopération entre le Maroc et la France pour la création d’un accord qui fasse un panache entre l’assurance médicale obligatoire (AMO) marocaine et la couverture médicale universelle française (CMU) qui permet à toute personne résident sur le territoire français, quelle que soit sa nationalité, de bénéficier de cette couverture.

En matière d’éducation, il faut trouver une vraie solution concernant l’augmentation des frais de scolarité, pour éviter les cas de familles en difficultés : je vais demander l’augmentation de l’enveloppe budgétaire des bourses scolaires sur le pôle de Casablanca et étudier une piste par rapport à ce qui existe localement sur la caisse de coopérative ou la commission d’exonération pour mettre en place un service qui pallie au manque. Je souhaite un réseau scolaire solidaire localement, projet à discuter avec les associations de parents d’élèves et les conseils d’administration.

Du côté de l’emploi, je souhaite travailler sur trois axes: Tout d'abord, créer une synergie avec les partenaires locaux pour qu’il y ait un véritable pôle emploi formation pour tout citoyen en recherche d'emploi ou de formation. Ensuite, créer un guichet unique centralisant les démarches et informations concernant les futurs étudiants poursuivant leurs études en France, afin de faciliter leur installation en métropole. Enfin, il existe de nombreux enfants déscolarisés avec un niveau collège 3è et qui peuvent juste passer des tests pour entrer en BEP professionnel. Il n’y a pas de formation d’apprentissage type CAP ou BEP. Je veux mettre en place ce type de relais de formation professionnelle pour nos enfants car ici, il n’y a pas le panache des formations proposées en France.

Qui sont les autres membres de la liste ?

Notre mandat est avant tout un mandat de proximité car ces élections se font à l’échelle de la ville. Les autres personnes inscrites sur la liste sont dans le même état d’esprit et représentent une diversité, à la fois hommes et femmes, natifs du Maroc franco-français et binationaux. Notre démarche n’est pas du tout partisane. Nous avons intitulé notre liste "Liste Indépendante des Français de Casablanca" avec le slogan "Nous, c’est vous", tout simplement. La liste est composée de personnes très engagées dans le milieu associatif avec une diversité socio-professionnelle pour une large représentation: enseignant, journalistes, directrice générale dans le commerce, un jeune chef d’entreprise, coach. Les âges vont de 29 à 54 ans. Nous sommes également aidés par un ancien économiste chef d’entreprise et une lycéenne.

Par ailleurs, Robert del Picchia, sénateur des français de l’étranger, soutient ma campagne.

Comment voyez-vous votre mandat si vous êtes élue ?

Actuellement, je travaille déjà avec de nombreuses associations françaises et marocaines avec l’idée de vivre ensemble et mener des actions. Par exemple, une caravane humanitaire médicale dans la région de Casablanca va bientôt être lancée. La misère est aux portes de Casablanca. La proximité de cette action permettra un suivi et il y a une réelle volonté de coopération et de collaboration entre autorités françaises et marocaines.

Donc, je continuerai ce que je fais en ayant une légitimité institutionnelle. Ce serait une avant-première car la vie civile n’est pas représentée. Je voudrais vraiment qu’on reconnaisse le travail qui est fait par nos concitoyens. Beaucoup de personnes sont investies dans le milieu associatif et font de belles choses mais elles manquent de visibilité, on parle rarement d’eux.

Je servirai d’intermédiaire pour faire remonter les problématiques et préoccupations et mettre en face des solutions. Je n’hésiterai pas à aller au front, je serai force de propositions ! Notre rôle est consultatif mais néanmoins important.

Quel est votre message pour inciter les français à aller voter ?


Au-delà de la situation morose que connait la France, il faut impérativement aller voter, d’autant que nous sommes dans un cadre particulier avec des représentants qui vont vraiment jouer un rôle de proximité au quotidien.

Les premiers interlocuteurs des conseillers consulaires seront le consul et l’ambassadeur. Puis le député, qui a un rôle primordial, car il nous représente au sein de l’assemblée nationale. C’est une nouveauté.

Je suis vraiment dans une démarche collective, et non pas individuelle, et souhaite que nos préoccupations ne restent pas des préoccupations mais deviennent des solutions. Pour cela, j’utiliserai les relais qu’il faut !

Lorraine Pincemail





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