On sait que Lutetia (Paris) n'a été ainsi nommée par les Latins que d'après le mot gaulois Lut-et, qui signifiait l'abondance des marais. L'un d'entre eux, à quelque distance de Lutèce, après avoir été fréquenté par les oies sauvages, les Parisii avaient construit un hameau solitaire au milieu des roseaux, et ils l'avaient appelé Ar-gento, à cause de sa première destination.

Quelques siècles après, un petit monastère, qui remplaça le hameau, fut appelée Argentolium. Telle fut l'origine de la petite ville d'Argenteuil (Gento = Oie), qui succéda au monastère. Le château voisin s'appela le château du marais ; c'est encore son nom.

Pour appliquer cette règle aux localités qui durent leur nom primitif aux oies sauvages, choisissons quelques exemples. Les Gaulois voulaient-ils dire Passage des oies et désigner un endroit où ce passage était remarquable, ils avaient le mot rat, qui signifiait passage, route, chemin. On disait aussi rot, et ces deux racines avaient une nuance de synonymie qui nous échappe, mais il est certain que le mot français route vient de là.

Qui croirait que le mot cancan et le nom de plusieurs villes de France ont une même étymologie ? Cette étymologie se trouve dans le vieux mot gaulois par lequel on désignait les oies, et qui s’est conservé dans le mot allemand gans. Ce fut, comme on voit, le cri même de l’animal qui d’abord servit à le désigner : gansgans, cancan ; c’était une onomatopée.

Mais écoutez ceci : « Un mot gaulois m’a servi de guide, dit le père Julien Bach (dans un opuscule publié en 1864), lorsque j’ai voulu faire des recherches sur la véritable origine des noms de plusieurs villes de France, et ce mot, je me hâte de le dire, c’est celui qu’employaient nos ancêtres pour désigner les oies sauvages. Seul il m’a donné la clef d’une difficulté archéologique laissée jusqu’à présent dans la catégorie des insolubles. »

Or, on faisait en Gaule un commerce actif de foies gras, dont les Romains étaient très friands et qu’on leur expédiait à grands frais. Des villages entiers vivaient de cette industrie, et ces villages ont tous conservé dans leur nom le gan ou gen, et sont devenus Ar-gentan, Ar-genteuil, Ar-gentré, etc. On a cru longtemps que ces noms avaient leur origine dans argentum ; il n’en était rien. Mais ce ne sont pas seulement les villes d’Argentan, d’Argenteuil ou d’Argentré qui trouvent leur étymologie dans le vieux mot gaulois, ce sont encore : Argences, dans le Calvados ; Argens, dans les Basses-Alpes ; Argent, dans le Cher ; Argentac, dans la Corrèze ; Argental, dans la Loire ; Argenton, dans la Creuse ; et même Argenthal, dans le Wurtemberg. Il y a encore en Allemagne un village dont le nom a la même origine : c’est Goenserthal, et l’on en pourrait citer probablement bien d’autres.

Il est donc vraisemblable que toutes ces localités se livraient à l’élevage des oies et à la préparation des foies gras, qui de là s’expédiaient vers Rome. On peut voir, en effet, dans Pline, qu’il se faisait de son temps un commerce considérable de cette denrée.




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