Les formes de mobilisation des Marocains en France constituent depuis plusieurs décennies un sujet de recherche fertile. Pour promouvoir leurs intérêts fondamentaux, les étudiants, les réfugiés et les immigrés économiques étaient appelés à les inscrire dans un projet d’indépendance politique, économique et culturelle, voire d’émancipation universelle.

Les divers modes par lesquels ces formes de mobilisation se sont manifestées au cours de l’histoire révèlent une expérience politique et associative originale, œuvre de plusieurs générations successives. D’abord, ceux qui ont participé aux luttes pour l’indépendance, se disant appartenir au mouvement de la libération contre le colonialisme. Ensuite, les militants politiques (étudiants et réfugiés) qui rêvaient d’une république marocaine, libre et démocratique, se présentant comme partie indissociable des forces vives et progressistes de la France et d’ailleurs, et exprimant leur attachement inconditionnel au peuple marocain et à ses forces vives. Enfin, les ouvriers immigrés qui participent à la “famille” de la classe ouvrière française, exprimant un attachement quasi total au syndicalisme français et aux luttes de l’ensemble des immigrés en France.

L’origine des formes des mobilisation des Marocains en France, leurs modes de fonctionnement, les orientations fondamentales de leurs mouvements politiques et associatifs, les débats qui les opposent les uns aux autres, leurs priorités et préoccupations ainsi que les stratégies de leurs actions militantes constituent des questions d’actualité et justifient l’intérêt porté à l’analyse de cette problématique. Le présent article, qui n’a pas la prétention de traiter l’ensemble des formes de mobilisations politiques et associatives des Marocains en France, se focalise sur la description de quelques expériences marquantes pour apporter des éléments de réponse aux questions qui se posent autour des origines et des évolutions des luttes de l’immigration marocaine en France.

Étapes et sens d’un changement
Comme l’explique Joanny Ray dans sa thèse, les premiers signes du militantisme marocain en France sont repérables dans les principales associations dans lesquelles ont pu entrer les Marocains dans les années 1920, et dans celles avec lesquelles ils purent se trouver en relation comme l’Association des étudiants musulmans nord-africains (aemna), l’Amicale franco-musulmane (afm) et l’Association des étudiants musulmans algériens (aema) 

Ces premiers mouvements politiques et associatifs ont été, à la base, de plus grandes revendications pour réclamer l’indépendance des pays du Maghreb, alors que d’autres ont atteint leur apogée avec les luttes des travailleurs immigrés en France dans les années 1970 et avec la Marche pour l’égalité ou la “marche des Beurs” qui s’achève à Paris le 3 décembre 1983. Cette marche a non seulement révélé au monde la lutte contre la succession de crimes racistes impunis du début des années 1980, mais elle « symbolise [également] l’émergence des héritiers et héritières de l’immigration postcoloniale sur la place publique » 

Après sa naissance au début du XXe siècle, le militantisme des Marocains en France s’est progressivement structuré autour d’orientations purement politiques à partir des années 1960, puis, dans les années 1970, sur le terrain syndical, pour s’orienter dans les années 1980 vers d’autres choix comme les droits de l’homme et les actions sociales 

Mais si les diverses conditions historiques sont là pour aider à expliquer les continuités et les ruptures des actions associatives, sociales, politiques et culturelles, on observe à cet égard que ce militantisme a changé du point de vue de ses objectifs et de ses activités. Il reste tout de même limité et marqué à la fois par son histoire et l’histoire de l’immigration marocaine en France, mais aussi par les pesanteurs des réalités sociopolitiques et culturelles de l’autre côté de la Méditerranée et par les enjeux de ce côté-ci autour de l’immigration et de l’intégration.

Les mobilisations élitistes
Selon les archives du Quai au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Parti de l’Istiqlal était déjà représenté en France par un petit groupe d’intellectuels, étudiants ou anciens étudiants. Les commerçants n’étaient guère considérés que comme des contributeurs.

En 1948, sur 7 000 ouvriers marocains de Paris et de la banlieue, une trentaine seulement étaient inscrits à l’Istiqlal, et ce n’est qu’en 1948 que ce parti commence vraiment sa propagande au sein des milieux ouvriers, malgré les difficultés de pénétrer leur terrain. Ainsi, en janvier 1950, la cellule de Montreuil ne comptait que 25 membres, celle de Gennevilliers seulement une dizaine et celle d’Argenteuil était encore en projet.

En province, une section autonome de l’Istiqlal existait déjà à Saint-Étienne en janvier 1949 comprenant une centaine de membres. À partir de 1950, elle se développe en liaison avec la section de Paris. À Sochaux, le mouvement nationaliste marocain se manifesta d’abord dans le cadre du Parti du peuple algérien (ppa) 

En 1947, deux Marocains figuraient dans le comité de la section du ppa. Une dizaine militeront ensuite dans les rangs du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en Algérie (mtld), et ce n’est qu’en 1950 qu’une section de l’Istiqlal fut constituée : de 20 à 30 Marocains y adhèrent. On note, enfin, la présence de sections ou de cellules de l’Istiqlal à Marseille et en Belgique. En revanche, aucune activité n’a été signalée dans le Nord, en Lorraine ou en Normandie. Les progrès de l’Istiqlal ont été visibles à partir de 1950. Au total, plus de 200 ouvriers marocains y ont adhéré dans toute la France où des cellules étaient implantées entre 1948 et 1950.

Les étudiants marocains étaient, en revanche, très actifs en France dès la fondation de l’aemna. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les trois quarts d’entre eux appartenaient à l’Istiqlal, et les autres militaient au sein du Parti démocratique de l’indépendance (pdi)

Les mobilisations politico-idéologiques
Au cours des années 1950, Mehdi Ben Barka et Abderrahim Bouabid, alors dirigeants de l’Union nationale des forces populaires (unfp), œuvraient particulièrement pour gagner la confiance des étudiants et des immigrés dans le but de les faire adhérer aux mouvements politiques et associatifs en France, et ce jusqu’aux années 1960 

Ce processus du militantisme marocain en France, fondé notamment sur un rapport de production et de reproduction d’une élite marocaine immigrée et/ou exilée en France, conduit à partir des années 1970 à l’émergence d’une nouvelle élite contribuant ainsi à construire une autre voie capable d’intégrer le débat politique et social à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Marquée par une importante présence d’exilés politiques, cette génération de militants était toute positionnée politiquement. John Waterbury souligne bien ce constat : « Les étudiants marocains, qu’ils soient au Maroc ou à l’étranger, sont fortement politisés. Ils choisissent de préférence les études de droit, les mieux faites pour donner libre cours à leurs ardeurs politiques » 

À cette époque, les Marocains se retrouveront, pour quelques-uns d’entre eux, dans des « associations un peu ouvriéristes, un peu dogmatiques dans leurs analyses, très idéologiques et très politisées, anti-impérialistes et, pour la démocratie au Maroc, très tranchantes contre le pouvoir marocain, etc. »

D’ailleurs, c’est de la confrontation des militants de l’unfp et des étudiants progressistes marocains avec la réalité de l’immigration ouvrière marocaine que naît l’Association des Marocains en France (amf), créée en 1960 rue Serpente à Paris 

Figure emblématique de l’exil marocain en France, Abdellah Baroudi décrit bien la trajectoire de ce passage de la politique à l’associatif : « L’amf a été créée en 1960 par l’unfp. Pendant son exil, Mehdi Ben Barka a beaucoup fréquenté cette association. C’était une section du parti parmi d’autres. Mais cette section avait comme spécificité l’intérêt des travailleurs immigrés, et elle s’intéressait particulièrement à leurs problèmes (accès aux droits : travail, logement, santé, alphabétisation, etc.). Ce n’est qu’en 1963 que l’existence de cette association est devenue réelle » 

On peut donc affirmer que, malgré la présence organique des militants de l’Istiqlal en France et l’apport des étudiants dans le recrutement des ouvriers marocains à cette époque, cela n’a pas abouti à la formation d’un mouvement socialement et politiquement visible, comme ce fut le cas pour la classe ouvrière algérienne dans l’immigration.

Mobilisation et lutte de classes
Pendant le mouvement de mai 1968, les immigrés marocains luttent aux côtés du mouvement syndical et des partis de gauche sous le slogan « Français-immigrés, une seule classe ouvrière », et bien que souvent informel, le mouvement associatif des Marocains en France devient une réalité bien établie.

À Poissy, à Flins ou à Gennevilliers, des liens se renforcent entre les syndicats français, notamment la Confédération générale du travail (cgt) et les Marocains en France, exilés et opposants politiques, étudiants, travailleurs et commerçants.

La rencontre des jeunes étudiants, exilés et opposants, avec l’ensemble des immigrés marocains et la classe ouvrière en France sera au cœur de l’histoire des mouvements politiques et associatifs des Marocains en France dans les années qui suivent.

De même, en 1974, à la Bourse du travail de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), ce sont les étudiants de l’unfp et du Parti de libération et du socialisme (pls) qui — en accord avec la cgt — donnent des cours d’alphabétisation aux immigrés en français et en arabe. Ces militants radicaux ne vont pas tarder à rejoindre le Mouvement marxiste-léniniste marocain (mmlm) fondé en 1970 et composé des organisations Ilal Amam et 23 mars 

Le mmlm devait connaître une scission en 1971, entraînant la création de l’organisation Servir le peuple. Ces militants allaient nouer les premiers contacts avec les communistes de Gennevilliers et la cgt.

Après 1974, date de l’“arrêt officiel” de l’immigration de travail et de la fermeture des frontières européennes, on a assisté à une modification de la physionomie de l’immigration marocaine en France, qui est devenue une immigration de peuplement avec la transformation d’un projet migratoire provisoire en projet d’installation définitive des familles. Tout cela se passe dans un contexte de lutte généralisée et de transformations socioéconomiques considérables (en France et au Maroc). En effet, c’est sur le plan syndical — et surtout dans la région parisienne — que l’action se manifeste, lors des grèves à l’usine Chausson, à Pennaroya et à Renault Flins, les travailleurs se rassemblant autour de leurs revendications.

Le combat devient alors un combat de tous les salariés français et immigrés, un combat syndical collectif dont le mot d’ordre était « Français, immigrés... Même patron ! Même combat ! » 

Au Maroc, sur le plan politique, Al Koutla Al Watania (le Bloc national), qui n’a pas été au-delà d’une simple déclaration, s’est trouvé dépassé par des événements politiques de grande ampleur : l’influence des mouvements marxistes-léninistes sur tous les mouvements politiques et syndicaux, les deux tentatives de coup d’État (10 juillet 1971 et 16 août 1972), les grèves dans les chemins de fer, les soulèvements armés dans certaines régions du Maroc, etc. En même temps, une grande vague d’arrestations a eu lieu, visant toutes les forces vives du Maroc et aboutissant à plusieurs procès politiques et poussant d’autres militants à s’exiler 

En France, comme nous l’avons précédemment souligné, les militants marocains et leurs organisations ont reflété les luttes politiques de la gauche marocaine et française. Ils ont engagé un combat direct et ont demandé l’instauration d’un État de droit au Maroc ainsi que la rupture avec les rapports de dépendance et de servitude vis-à-vis du système capitaliste 

Mais à la suite de la guerre du Sahara en 1975, les dissensions éclataient au sein de l’amf et le mouvement se divisait en deux : l’amf-Bureau national et l’amf-Coordination des sections, la question principale étant celle de la reconnaissance de la “marocanité” du Sahara ou, à l’inverse, l’acceptation ou non de l’autodétermination du peuple sahraoui.

Après plusieurs mois de débat au sein des différentes sections de l’amf-Coordination des sections (de décembre 1975, date du 9e congrès, au 1er mai 1976), les délégués des sections se sont réunis en “conseil général de militants” pour trancher le conflit sur la question du Sahara (qui durait depuis 1975) et le conflit sur la démocratie et l’autonomie de l’association au sein de l’amf (qui durait depuis 1973).

Cette crise a duré jusqu’au moment où le gouvernement français abrogeait le décret-loi du 12 avril 1939 et levait, par la loi n° 81-909 du 9 octobre 1981, toutes les interdictions au droit d’association et mettait fin au régime d’autorisation préalable auquel étaient astreintes les “associations étrangères”, en les faisant entrer dans le droit commun des associations régies par la loi de 1901 

Les 9 et 10 janvier 1982 feront date dans l’histoire de l’immigration marocaine en France. L’amf-Coordination des sections devenait l’Association des travailleurs marocains en France (atmf) et coupait définitivement les ponts avec l’amf-Bureau national 

Par cette refondation, les militants ont souhaité mettre fin à la guerre des leaderships pour s’occuper des luttes menées par l’immigration marocaine « en tant que partie prenante de la classe ouvrière en France (française et immigrée), et partie indissociable du peuple marocain » 

Mobilisation pour les droits sociaux
Le contexte économique (caractérisé essentiellement par l’inflation grandissante, la hausse du coût de la vie, le chômage, etc.,) et politique (très tendu avec l’administration française dès le début des années 1970) a incité les militants marocains à manifester d’autres centres d’intérêt. Le mouvement associatif s’est donc beaucoup transformé à ce moment-là, pour devenir porteur de revendications tout à fait nouvelles : droit au logement, droit aux allocations familiales ; globalement, l’ensemble des droits qu’une famille française peut revendiquer.

Il faut noter que pendant ce temps, l’amf-Coordination des sections regroupait plusieurs sections dans toute la France. La présence de militants radicaux dans ses structures était très visible, et ils étaient les témoins d’une expérience fondée sur la culture ouvrière qu’ils faisaient prévaloir au sein de l’amf-Coordination des sections, parlant de « la classe ouvrière immigrée », de « création des associations de masse avec et aux côtés des travailleurs français », de « mener le combat autonome pour la condition ouvrière de l’émigration et sa dignité » 

De même, l’amf-Coordination des sections devient un mouvement de masse, ce qui se reflète dans la participation des Marocains (de 1975 à 1977) aux grèves de la faim, aux mouvements dits des “sonaco” et aux mouvements de protestation pour l’abrogation des circulaires Marcellin-Fontanet, à la grève à Chausson et aux Câbles de Lyon, aux luttes dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais et de Lorraine, mais aussi à la demande de régularisation des sans-papiers, etc. 

Ce combat, indissociable de la lutte des classes en France entre les masses populaires françaises et immigrées, d’une part, et la bourgeoisie représentée par la politique giscardienne, d’autre part, sera marqué par l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Cette nouvelle ère de l’histoire de l’immigration a donné aux militants de l’atmf un nouveau souffle pour mieux défendre les intérêts des travailleurs immigrés, sans que cela puisse cacher les incohérences et le fossé qui séparait les déclarations généreuses et les décisions prises (conditions d’entrée et de séjour, maintien du principe d’expulsion pour troubles à l’ordre public, principe de la double peine, discriminations, etc.). Ainsi, à cette occasion l’atmf réclame une politique qui se veut solidaire avec le tiers-monde afin de lutter contre les inégalités flagrantes vécues quotidiennement en France ; elle demande aussi l’accès aux médias comme moyen d’informer les immigrés et la population française en vue de combattre le racisme et de favoriser une meilleure connaissance des différentes cultures.

Sur le plan culturel, l’atmf a laissé un héritage glorieux : les moussems, dont le premier a été organisé à Argenteuil le 25 mai 1980, le second à Bruxelles en 1981, le troisième à Amsterdam en 1982, le quatrième en Allemagne en 1983, le cinquième à Gennevilliers les 22 et 23 juin 1985 et le sixième aux Pays-Bas en 1990

Le cinquième moussem a rassemblé plus de 25 000 participants venant de toute la France et d’ailleurs.

Horizon élargi de la mobilisation
Sans prétendre se substituer à un syndicat ni créer un syndicat spécifiquement marocain, le mouvement associatif des travailleurs immigrés faisait tout pour œuvrer dans le sens d’une association démocratique de masse, privilégiant l’unité des travailleurs français et immigrés dans leur combat commun contre l’exploitation sous toutes ses formes. Il devenait l’expression d’un phénomène alors relativement récent, mais qui n’avait pas cessé de prendre de l’ampleur. Son implantation dans une quinzaine de villes et dans les quartiers où se trouvaient les travailleurs marocains faisait de lui — et cela autour de ses activités — un repère de référence, un lieu de rassemblement, un outil collectif de réflexion et de lutte. Cette originalité était due aux rôles fondamentaux qui figuraient dans la plateforme constitutive de l’atmf : le rôle culturel, le rôle social et syndical ainsi que le rôle démocratique et progressiste, autant d’éléments qui avaient présidé à sa naissance.

Parallèlement à cette évolution, la situation que connaissaient les immigrés marocains était très difficile dans le contexte politique et économique général prédominant en France, d’où le rôle grandissant de l’atmf pour « organiser les immigrés dans la défense de leurs intérêts et de leurs droits », puisque les travailleurs, y compris les jeunes et les femmes, ont démontré leur disponibilité pour lutter. Talbot, Citroën, les marches contre le racisme en 1983 et 1984, etc., sont autant d’exemples qui montrent leur volonté de se battre pour leurs droits en France, tant que les perspectives du retour au pays n’existent pas. En même temps, le rôle du mouvement associatif au sein de l’immigration s’était accru, devenant une école de cadres susceptible de prendre ensuite des responsabilités au Maroc même et en France. Les militants tendaient ainsi à devenir non seulement une force de revendication, mais aussi une force de proposition.

Le conseil général constitutif de l’atmf des 9 et 10 janvier 1982 définissait aussi la nature de l’association, en se basant sur une longue expérience qui a regroupé les militants de toute une étape historique. Il a également su définir l’orientation qu’il se donnait comme objectif : « L’unification de la communauté marocaine en France et en Europe dans un cadre de rassemblement de la communauté marocaine [...], dont les travailleurs constituent la force principale ».

Il s’agit d’un mouvement à double face : la lutte, en France, contre les politiques des gouvernements de droite comme de gauche, se fait en même temps que la lutte contre les autorités marocaines. Cette originalité permet au mouvement associatif marocain en France de conserver son dynamisme, de se renouveler d’une manière continue et, grâce à ses militants, d’influer relativement sur le champ de l’immigration pour tendre vers une « association progressiste, de masse, démocratique et indépendante », qui n’est ni un syndicat, ni un parti, ni ne peut en aucune manière les remplacer, qu’ils soient français ou marocains. L’atmf ne peut non plus, de par ses tâches et ses objectifs, être uniquement un cadre culturel ou sportif. Elle est donc une structure associative qui regroupe, organise et unifie les travailleurs marocains, leurs enfants et leur famille autour de questions diverses qui les concernent 

Pour pouvoir répondre à cette évolution, les orientations de l’association, à travers ses congrès, ont donné une grande importance au traitement de la question de l’organisation. La notion de création de structures propres et variées est adoptée dès le 1er congrès de l’atmf organisé les 22, 23 et 24 janvier 1984 à Gennevilliers. Elle intègre la possibilité pour les gens de s’organiser autour de l’atmf et non uniquement en son sein, c’est-à-dire autour de préoccupations mêmes ponctuelles et pas seulement permanentes 

En 1990, l’atmf « semble arriver à une rupture définitive avec la vue organisationnelle réductrice de l’association. Elle se veut désormais complètement respectueuse de la diversité des gens, de leurs besoins et de leurs formes d’organisation. Le regroupement de la communauté doit se faire autour d’un projet commun et non autour de celui de l’association. Celle-ci aura à assumer un rôle fédérateur dans le cadre d’une structure fédératrice » 

Lors de son troisième congrès, elle décide d’organiser la communauté marocaine par secteurs d’activité (culture, formation, défense des droits...), par catégories socioprofessionnelles (mineurs, commerçants, travailleurs) ou par catégories d’âge et d’intérêts communs (les jeunes à travers les lycées, clubs sportifs, troisième âge, chômeurs, travailleurs non régularisés, etc.). Cette organisation de la communauté, ajoute-t-elle, doit se concrétiser dans le respect de sa diversité et dans le renforcement de ses liens au travers d’un projet commun.

Il s’agit ainsi de mettre sur pied des formes d’organisations et des cadres de fonctionnement et de combat. Mais ce n’est pas uniquement un ensemble de dispositions techniques, c’est également l’expression structurée de plusieurs choix et objectifs d’intérêts communs.

C’est toutefois le quatrième congrès qui a donné plus d’importance à cette question : organisé à Strasbourg en décembre 1992, ce congrès consacre l’essentiel de ses travaux à la question de la restructuration de l’atmf en mettant en place les premiers jalons d’une structure qui se veut fédératrice, ce qui se traduit par l’adhésion de trois associations membres : l’Association des mineurs marocains du Nord, Maroc Plus et le Centre de documentation. Le but de ce choix est de « rechercher un mode de structures pouvant répondre à la pression des tâches qui devenaient très lourdes à gérer au niveau national. C’est ainsi que le choix de la constitution de structures régionales, d’un Bureau national formé d’un Secrétariat national parisien et de responsables régionaux a connu le jour » 

Par ailleurs, le sixième congrès, organisé les 1er, 2 et 3 mai 1998 à Châtenay-Malabry, relève plusieurs orientations et préoccupations que nous pouvons résumer comme suit : la réponse aux besoins des sections, la mise en place d’une dynamique d’échange d’informations et de concertation, la mise en rapport avec le réseau atmf, l’ouverture sur Jeunes d’Europe et la consolidation des liens avec les partenaires locaux et européens.

Enfin, cette période a été marquée par des évolutions des dynamiques organisationnelles des militants de l’atmf et leurs implications dans les questions portant sur le codéveloppement et la citoyenneté. Par exemple, Immigration, démocratie, développement (idd), dont l’idée était en germe depuis déjà plusieurs années, a fait surgir un autre espoir. En 1998, le réseau d’associations de solidarité de développement durable et de la démocratie a vu le jour, Abdellah Zniber, l’un des refondateurs de l’atmf, devenant président de cette nouvelle association.

Conclusion
Dans le présent article nous avons tenté de retracer l’évolution des formes de mobilisation des immigrés marocains en France. Organisés actuellement en réseaux associatifs multiples et variés, ces immigrés continuent de tisser des liens politiques et associatifs avec leur pays d’origine et construisent une identité spécifique dans le pays d’accueil.

Malgré une conjoncture radicalement transformée, les luttes des Marocains en France, qui n’ont pas disparu de la scène, n’ont plus la même ampleur. Certes, leur militantisme a changé de méthodes et d’objectifs, mais il est resté en même temps très attaché aux formes liées au pays d’origine, notamment en matière de droits de l’homme et de développement durable. La forte identité nationale, qu’il a conservée à travers la trajectoire de l’immigration, ne l’a pas empêché de participer activement à la vie collective de la société du pays d’installation depuis la première génération associative issue du mouvement ouvrier immigré et du syndicalisme des années 1970.

cairn.info/







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