Arrivés sur le sol français à partir des années 1990, dans l’espoir d’interpeller l’État français sur la « cristallisation » de leurs pensions, la présence des anciens combattants marocains à Bordeaux a fait l’objet de nombreux articles parus dans la presse métropolitaine. 

Outre leur prise en charge sociale et leur accompagnement administratif, la plume des chroniqueurs locaux a également abordé la « cristallisation » des pensions des soldats issus des territoires anciennement administrés par la France. Dans le cadre de notre réflexion sur le séjour mouvementé des anciens combattants marocains à Bordeaux, notre travail aborde l’histoire de ces soldats au regard des trois points suivants : tout d’abord leur devenir après l’indépendance du Maroc. Puis, l’appréhension de tous les faits marquants par lesquels s’explique l’évolution de la « cristallisation » des pensions. Enfin, les différentes perceptions et l’usage de leur histoire en France.

Aborder l’histoire des anciens combattants marocains de l’armée française, dans le but de comprendre l’origine de la cristallisation des pensions et les raisons de leur séjour en France (à partir des années 1990), implique préalablement une étude approfondie de tous les faits marquants par lesquels s’explique l’évolution de l’histoire de leurs pensions. Recrutés essentiellement à l’époque coloniale pour le compte des formations militaires marocaines levées sous le protectorat, ces soldats, bien que leurs faits d’armes appartiennent aujourd’hui à une période révolue, sont des témoins de plusieurs conflits dans desquels leurs unités furent engagées. En Europe, ils se sont plus particulièrement illustrés lors des combats de la seconde guerre mondiale (de 1942 à 1945). Un conflit à l’issue duquel la réputation guerrière des goums, des régiments de tirailleurs et des spahis marocains s’est définitivement affirmée, en tant que corps de choc, au sein de l’armée d’Afrique. À la fin de la seconde guerre, certaines unités du contingent marocain allaient être maintenues en Allemagne et en France. Quant à celles dont les rangs furent durement éprouvés par les nombreuses pertes essuyées, elles allaient être rapatriées au Maroc pour y être dissoutes.

À peine sortie des affres de la récente guerre, la France tente, tant bien que mal, de s’adapter aux nouvelles règles du jeu par lesquelles les Américains et les Soviétiques rythment leurs rapports de force dans le monde. Ce basculement qui s’est opéré dans les relations internationales a affecté de fond en comble le prestige des anciennes puissances coloniales. D’où la difficulté de la France, comme de la Grande-Bretagne, à poursuivre leurs politiques coloniales dans de nombreuses colonies où l’effervescence nationaliste était sur le point de se transformer en véritable lutte armée. C’est dans le cadre de ce contexte mondial mouvementé que l’Indochine française prit feu à partir de 1947. Face à un adversaire insaisissable, très habile dans la manœuvre et l’action de guérilla, la France dut recourir à l’emploi massif de contingents levés dans ses colonies. La contribution marocaine, pendant ce conflit, a été fort importante à plus d’un titre. Elle s’illustre dans la mobilisation des groupements de tabors, des régiments de spahis et de tirailleurs marocains, sous les étendards desquels plusieurs milliers de soldats marocains prirent part au conflit jusqu’à sa fin en 1954. Le dernier théâtre d’opérations où certaines troupes marocaines ont été utilisées fut l’Algérie voisine (1956-1960). Au lendemain de l’indépendance du Maroc, et suite aux accords de coopération scellés entre le Maroc et la France, celle-ci ordonne la dissolution de plusieurs unités marocaines. Une décision qui a pour but d’appuyer l’action du Bureau d’aide militaire à l’armée marocaine (BAMAR) mis sur pied par la France pour assurer le transfert des effectifs marocains, du matériel et de l’équipement, à la nouvelle armée marocaine en construction :
Des nécessités d’ordre militaire et politique ont conduit le commandement à prescrire la dissolution de tous les corps d’infanterie du Maroc. Après de longs mois d’incertitude cette décision touche aussi votre bataillon. […] Nombreux seront ceux d’entre vous qui allez être maintenus au Maroc dans des unités nouvelles.
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