Après presque soixante années d'immigration marocaine en Belgique, on continue encore hélas à parler d'accueil et d'intégration alors nous pouvons presque fêter le soixantième anniversaire de notre présence en Belgique. Discuter encore d'intégrer les enfants d'origine marocaine issus de l'immigration n'est pas seulement injustifiable, mais c'est une insulte et un manque de respect vis-à-vis des générations qui sont nées en Belgique et qui n'ont jamais émigré.

Une fois n'est pas coutume, la Belgique a reconnu officiellement que la politique d'intégration a échoué. Au fond, c'est l'absence d'une vraie politique d'adaptation et d'insertion qui a échoué à cause du manque de maturité politique. Autrement dit, les autorités belges n'ont pas pris au sérieux les citoyens belges d'origine marocaine et leurs familles et surtout ont refusé catégoriquement de nouer un dialogue constructif avec la vie associative malgré les multiples cris d'alarme.

Au lieu de reconnaître les représentants légitimes de la communauté marocaine, elles ont pour des raisons diverses privilégié des organismes de substitution pour faciliter une hypothétique intégration. La preuve, en Wallonie comme en Flandre, il existe actuellement encore des Services et des Centres d'Accueil et d'Intégration qui auraient pu exister il y a trente ou quarante ans mais qui auraient dû être transformés depuis longtemps en centres multiculturels, en centres d'études et de documentation. C'est une politique paternaliste qui perdure, fait du surplace et de temps en temps des pas en arrière.

La soi-disant intégration été refusée catégoriquement par notre diaspora car elle maintient une partie de la population belge à l'écart et l'isole dans un no man's land comme des pestiférés ou atteints d'un quelconque virus incurable. Par contre, l'insertion dans la société belge est un choix personnel et une démarche individuelle, courageuse et audacieuse. L'insertion harmonieuse doit être accompagnée par un bon vouloir politique qui doit à son tour permettre à tous les citoyens de ce petit pays d'avoir les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes chances dans tous les domaines, politique, économique, social, cultuel et culturel.

Pour que l'insertion soit parfaite et harmonieuse, il faut impérativement légiférer et créer des lois et une réglementation qui garantissent constitutionnellement et légalement aux membres de notre communauté de vivre pleinement leur citoyenneté. Pour procéder à la conceptualisation de cette démarche, il faut créer des conditions favorables, surtout dans trois domaines qui ne sont pas seulement essentiels mais indispensables et incontournables à savoir l'enseignement, le travail et le logement, avec comme corollaire une sanction sévère à tout acte raciste et discriminatoire, dans le privé comme dans le public.

Néanmoins, même si les lois sont votées, ce n'est pas une garantie qu'elles soient appliquées, utilisées et équitablement exécutées s'il n'y a pas de modalités d'application. Nous l'avons si souvent revendiqué depuis des décennies, malheureusement les syndicats n'étaient pas favorables pour imposer un quota au patronat dans le privé comme au public, particulièrement concernant les fonctions publiques et dans les médias. Aujourd'hui, après les événements tragiques que nous avons connus et subis, il faut impérativement prendre toutes les précautions nécessaires, et pas seulement des mesures répressives afin de s'attaquer au mal à la source. Surtout quand on voit que l'expérience répressive des autorités belges a été vouée à l'échec.

Alors, concernant le seul volet emploi, il est devenu aujourd'hui opportun d'imposer une vraie politique basée sur une discrimination positive avec comme condition sine qua non un quota pour assurer la réussite et l'insertion des jeunes dans le marché du travail. Il faut en finir une fois pour toutes avec la politique de l'autruche qui nous a menés vers une impasse.

La discrimination positive n'est pas une fin en soi, ce n'est qu'un moyen parmi d'autres qui viennent parachever les manquements du système démocratique occidental et n'est qu'un procédé artificiel et ponctuel pour rattraper le retard et pour éradiquer les injustices et les inégalités envers une partie de la population belge. C'est une innovation qui rompra avec la tradition paternaliste, mais qui permettra en même temps à la Belgique de devenir un pays modèle et une référence à suivre pour toute l'Europe, concernant un vivre ensemble harmonieux avec les minorités ethniques dans la société belge et l'égalité des chances de tous les citoyens.

Qu'on le veuille ou non, la Belgique est un pays multiculturel depuis belle lurette. Mais il y a toujours des gens malintentionnés qui refusent d'accepter l'évidence même et s'acharnent à démontrer le contraire. Tout le monde sait que depuis déjà très longtemps, historiquement et démographiquement, la société belge s'est composée d'autochtones et d'immigrés.

Géographiquement, la Belgique est située à la croisée des chemins. Seulement, dans les temps modernes, à notre époque, avec l'arrêt de l'immigration en 1974, on a assisté à une stabilisation de la population immigrée. Aujourd'hui, les travailleurs immigrés italiens par exemple, vivent en Belgique depuis 1946. Ils y sont toujours. Une autre immigration qu'a connue la Belgique est celle de la communauté marocaine. Cette communauté vit en Belgique depuis le début des années soixante, aujourd'hui en 2017 elle y est toujours et il est clair qu'elle y restera pour très longtemps encore, voire à jamais. Déjà, depuis les années 80 lorsque les jeunes issus de l'immigration maghrébine se présentaient progressivement sur le marché du travail, ils étaient le dindon de la farce. Ils étaient déjà discriminés par le fameux article 124.

Les jeunes Marocains ayant terminé leurs études étaient exclus de tous les avantages sociaux que pouvaient avoir leurs copains belges ou européens. Grâce à notre lutte syndicale cette injustice n'est plus que mémoire. Alors, pour compensation on leur a fait un cadeau intoxiqué. On a facilité spécialement pour eux l'obtention de la nationalité. Et le marché de travail a-t-il pour autant été facilité pour eux? En théorie oui, mais en pratique on est loin du compte. Pour rappel, avec la récente réforme du code de la nationalité, les jeunes Marocains nés en Belgique pourront acquérir très facilement la nationalité belge; quant à ceux dont les parents sont également nés en Belgique, la nationalité belge leur est attribuée automatiquement. C'est devenu tellement banal que le Bourgmestre de St. Machin, pour remercier et gratifier son ami clandestin, lui a obtenu la nationalité belge.

En ce qui nous concerne, la nationalité belge ne règle évidemment pas tous les problèmes: les manifestations de rejet, de marginalisation, de racisme ou de xénophobie s'appuient généralement plus sur l'aspect physique ou d'origine d'une personne que sur son statut juridique ou ses compétences. De plus l'égalité juridique n'est qu'une condition nécessaire mais non suffisante pour réaliser dans les faits l'égalité de traitement et tout le monde n'est pas naturalisé belge! Et tout le monde n'est pas l'ami du Bourgmestre machin.

Pour briser les clichés contre les immigrés, pour contrer la désinformation, il est nécessaire que le peuple belge sache exactement le nombre d'immigrés européens, non européens et surtout ceux d'origine marocaine qui vivent dans notre petit pays. De toute façon, la population d'origine immigrée en Belgique dans son ensemble ne représente que 10% de la population totale.

A titre indicatif, voici le top 12 des principales nationalités présentes en Belgique au 1er janvier 2015:
Italiens (13%) - Français (13 %) - Néerlandais (12 %) - Marocains (7 %) - Polonais (5 %) - Espagnols (5 %) - Roumains (5%) - Turcs (3,4%) - Allemands (3%) - Portugais (3%) - Britaniques (2%) - Congolais (2%).
En conclusion, sur base de ces statistiques, nous pouvons clairement déduire que la diaspora d'origine marocaine ne représente qu'une petite minorité du nombre total de la population d'origine immigrée en Belgique, c'est à dire 7%, et encore une plus petite minorité par rapport à la population belge, sachant que la Belgique compte 11.267.910 habitants (au 1er janvier 2016), dont la Région de Bruxelles-Capitale: 1.187.890 habitants environ 10 %, la Région flamande: 6.477.804 habitants environ 58 % et, la Région wallonne: 3.602.216 habitants environ 32 %.
Abdeslam Sarie




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