Des centaines de volontaires se sont mobilisés pour sauver des Baleines-pilotes échouées (le 10 février au matin) sur une plage (Farewell Spit) de la Nouvelle-Zélande. Au même moment une chasse à l’Immigré est déclarée aux États-Unis sur ordre du président Trump. Ces deux faits donnent à réfléchir non pas sur la dimension métaphysique de la création et des créatures, mais sur ce que l’Immigré est aujourd’hui.

Certes, « Comparaison n’est pas raison » dit un vieux (1610) proverbe hollandais (Janus Gruter). Mais lorsque les valeurs se croisent et les images s’entrechoquent tout devient confus et permis. L’Homme et l’Animal, la Baleine et l’Immigré, la Fraternité et la Bêtise humaine, le Raciste et le Patriote, se confondent et deviennent des concepts désincarnés. L’Homme est pourchassé, traqué comme un gibier sauvage alors que la naissance d’un bébé panda dans un zoo (Pairi Daiza) de Belgique est magnifiée et fêtée.
Que l’on ne se trompe pas. 
La préservation des espèces menacées est un impératif et un devoir.
L’échouage massif à marée basse de Baleines (+ de 600) qui viennent mourir sur une plage est un phénomène qui impressionne par son ampleur et inquiète les scientifiques par son étrangeté. Mais, au-delà, ce phénomène doit interpeller la conscience humaine sur la nécessité et l’urgence de la préservation des milieux écologiques dont dépend la survie même de l’humanité.

Dire aujourd’hui que l’Immigré est une espèce en danger n’est pas une banale litote. Il suffit de voir à quel point les « réfugiés climatiques » (plus de 250 millions) sont abandonnés à leur sort pour en admettre l’hypothèse. Il suffit de relever le nombre d’immigrés morts en Méditerranée (plus de 10 000 en 2014 selon l’ONU) pour se rendre compte de l’ampleur du drame humain qui se joue à quelques kilomètres des côtes européennes.

Autrefois, l’idéologie coloniale a renié la qualité humaine à l’aborigène australien, à l’indien américain et à l’autochtone africain, afin de mieux le domestiquer et l’exploiter. La chasse à l’Immigré lancée aujourd’hui en Europe comme aux États-Unis n’est pas anodine. Elle est le fruit d’une pensée qui respire la vieille anthropologie coloniale du début du XXe siècle. Ses promoteurs s’acharnent à imposer à l’opinion publique occidentale une perception réductrice de l’Immigré envisagé comme un être asocial, un danger pour la cité, un facteur de tension et de désordre. Les arguments les plus ahurissants sont sollicités pour en accréditer l’idée afin de justifier son rejet, lui dénier son humanité et normaliser son humiliation.

Cette perception déshumanisante trouve aujourd’hui un terreau favorable dans une « fachosphère », lieu de prédilection de complotistes de tous bords, d’antisémites et d’islamophobes invétérés. Elle prospère à travers des milliers de pages web grâce à des blogs identitaires et politiquement rentabilisés par des partis extrémistes et xénophobes qui annoncent des mesures surréalistes censées, de leur point de vue, provoquer le tarissement des sources de l’immigration et assurer l’éradication de la présence de l’Immigré sur le sol européen.

Cette conception dévalorisante de l’Immigré, de l’Étranger et de l’Autre en général, est soutenue par une stratégie qui a pour vocation de conduire tout débat sur l’immigration et sur l’Islam en particulier dans des impasses et des polémiques stériles. Elle a à son service des doctrinaires, véritables mercenaires champions de la vente en librairie, qui soufflent sur les braises de la haine pour entretenir la flamme de l’idéologie raciste en amalgamant sciemment tout : islam-terrorisme, immigration-insécurité, Immigré-menace, lieu de culte-lieu de la radicalité religieuse,

Aux États-Unis, la chasse à l’Immigré et au sans-papier relève du délire d’un homme qui, pour donner à ses partisans un gage de fidélité à ses engagements électoraux, se lance dans une diatribe anti-refugiés qui frôle l’indécence. En Europe, ce sont des partis populistes et racistes, qui concourent pour les charges supérieures de L’État, qui portent cette idéologie de haine qui constitue réellement une menace pour la paix sociale et la solidarité nationale. Le Hollandais Geert Wilders propose, en guise de programme électoral, de fermer les mosquées, d’interdire le Coran et chasser l’Immigré marocain et musulman des terres bataves. La Française Le Pen distille ce délire à longueur de meetings et de plateaux de télévision.
  • Faut-il pour autant désespérer de la bonté, de la fraternité et de l’intelligence humaine ? 
  • Faut-il se résigner à ce que la formule « Liberté, Égalité, Fraternité » ne soit plus qu’un vain mot ? 
  • Faut-il enfin admettre que la bêtise humaine surclasse l’humanité même ?
Surtout pas !

Mohammed MRAIZIKA
Docteur en Histoire (EHESS-Paris)
Diplômé en Philosophie Morale et Politique (Sorbonne IV)
Chercheur en Sciences Sociales. Consultant en Ingénierie Culturelle,
Directeur du CIIRI-Paris








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