L’interpellation extrêmement violente d’un jeune d’Aulnay-sous-Bois ravive les relations tendues entre la police et la population, notamment dans les quartiers dits populaires. Ce fait divers, loin d’être isolé, s’inscrit dans le cadre d’une tension de plus en plus exacerbée.

Un policier de Seine-Saint-Denis a été mis en examen pour viol ainsi que trois de ses collègues pour violences suite à une interpellation au cours de laquelle un fonctionnaire a enfoncé sa matraque dans l’anus d’un jeune. L’affaire a pris un tournant politique avec la visite à l’hôpital du président François Hollande à la victime de 22 ans.

"Il est un élément central quand il est question de l’usage de la violence par la police, c’est la question de sa proportion. Le droit encadre relativement peu l’usage de la force par la police parce qu’il est difficile de le faire à partir du moment où un Etat confie à une institution le droit d’user de la force". Le sociologue Cédric Moreau de Bellaing, auteur de "Force publique, autour une enquête sociologique sur les violences policières".

L’occasion de revenir sur les dérives qui touchent l’institution policière, et qui ne se limitent pas au cas de violences. Pour son livre, le sociologue a pu passer plusieurs semaines au sein de l’Inspection Générale des Services (IGS) chargée d’enquêter sur les policiers à Paris et en proche banlieue.

Il a constaté un "écart entre le nombre de plaintes déposées pour des violences et le nombre de sanctions prononcées". Ce qui nourrit un sentiment d’impunité dans l’opinion publique. Et surtout que :

"Les affaires dépassent largement le cadre de la violence. Les officiers qui enquêtent sur d’autres policiers travaillent également sur des cas de corruption, un certain nombre de dysfonctionnements, des fautes professionnelles internes, des comportements avec le public, des policiers qui occupent un autre emploi alors que c’est interdit".

La question des violences policières est réapparue lors des manifestations contre la Loi travail, qui ont été émaillées de violences disproportionnées de la part de policiers. L’utilisation par ces derniers de grenades de désencerclement ayant conduit dans certains cas à des blessures graves. Certains ont dénoncé un tout-sécuritaire oppressant, d’autres le comportement intolérable de "casseurs" face à des policiers exténués. Où en est la fonction policière aujourd’hui ? La question spécifique de l’équipement des policiers a été très débattue à la fin de l’année 2014 suite à la mort de Rémi Fraisse, un manifestant tué par une grenade offensive jetée par un gendarme mobile à Sivens.

Ces derniers mois, la place de la police et ses prérogatives ont été largement élargies suite à la mise en place de l’état d’urgence. Cette semaine, le parlement examine un projet de loi visant à assouplir le cadre de la légitime défense pour les forces de l’ordre.



"Est-ce qu’il est normal d’avoir peur de la police ?"
C’est ce que criait une manifestante un jour de défilé contre la Loi travail. Dans le même temps, l’opinion publique est convaincue que chaque citoyen n’est pas traité de la même manière selon son origine. Signe d’une relation ambiguë en France entre la population et la police, quelque part entre respect, on l’a vu au lendemain des attentats, et une certaine défiance quant à la logique de leurs actions.

Il est un élément important du débat à ne pas occulter, sans considérer qu’il est le seul élément explicatif des dérives policières : les conditions de travail dans les lesquelles exercent les forces de l’ordre. Un sous-effectif chronique, des conditions matérielles dégradées, un manque de considération, des tâches de plus en plus nombreuses, et souvent indues.

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