Il m'est souvent arrivé, en période estivale, de questionner les ressortissants marocains résidant à l'étranger sur le rôle précis de La Fondation Hassan II. Les réponses étaient quelquefois évasives, parfois élogieuses mais souvent critiques.

Cependant, elles avaient toutes en commun ambiguïté et surcharge passionnelle. En effet, ces jugements se caractérisaient par un haut degré de versatilité et laissaient poindre une déficience d'objectivité. Je sentais qu'il y avait un manque de communication et un déficit d'information à combler, si cette institution aspire à garder l'image de marque que Feu Sa Majesté Hassan II, lui avait donnée.

Cependant, qu'elle ne fût ma surprise quand, abordant un émigré activement impliqué dans la société civile marocaine en Europe, je découvris qu'il en charriait Dahirs et statuts et en avait une connaissance frisant l'exaltation. J'en fus pour mon compte et ma curiosité satisfaite, au-delà de toute espérance.

Sans attendre la fin de ma question, il commença par survoler l'article 1 du titre premier relatif à la dénomination et l'objet me demandant de patienter jusqu'à l'article 11 pour mieux discuter du contenu.

L'article 2, précisait-il, délimitait les champs d'action au culturel, religieux et social. Il commença à lire :
" La Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'Étranger a pour objet d'œuvrer pour le maintien des liens fondamentaux qu'ils entretiennent avec leur patrie et de les aider à surmonter les difficultés qu'ils rencontrent du fait de leur émigration. A cet effet, elle est chargée, conformément aux orientations du gouvernement de Sa Majesté Le Roi dans les domaines culturel, religieux et social…"
- Honnêtement, on n'a jamais pris connaissance d'un quelconque plan d'action de cette Fondation pour que la société civile émigrante puisse y apporter sa contribution, commenta-t-il. La Fondation s'entoure de secret et ne communique pratiquement jamais avec les Marocains résidant à l'étranger. Elle reste là, figée à attendre qu'ils viennent la voir. Elle ne prend jamais l'initiative d'apporter ou d'expliquer ni les orientations du gouvernement aux émigrés, ni sa politique culturelle, cultuelle ou sociale. Avez-vous jamais vu la Fondation présenter son programme d'activités à la communauté concernée au Maroc ou en Europe ?. En plus, elle ne répond même pas au courrier de la société civile.

N'attendant même pas ma réaction, Il continua sa lecture :
" …et aux présentes dispositions de :
Participer aux frais liés à l'encadrement et à l'acquisition du matériel nécessaire au développement de l'enseignement de la langue arabe, de la culture nationale et de l'instruction religieuse, dispensé aux Marocains à l'étranger, en particulier leurs enfants."
Mon interlocuteur me fit remarquer que, sur ce point là, lui aussi se posait beaucoup de questions. Il m'affirma que cette activité existait bien avant la création de la Fondation Hassan II. Il y avaient les enseignants intégrés du Ministère de l'Éducation Nationale d'un côté et les prédicateurs et les enseignants parallèles des Habous et des Affaires Islamiques d'un autre. Chacun travaillait dans un domaine particulier.

D'ailleurs, ajouta-t-il, ces derniers, meilleure performance de la Fondation, n'ont jamais bénéficié de la moindre promotion administrative ou augmentation de salaire et ce, depuis que cette institution les a pris sous sa coupe, en 1992. Leur cadre et statut demandent toujours précision. Comment qu'un organisme peut-il aspirer à organiquement régir une tâche aussi colossale que cet enseignement, en dehors de nos frontières, alors qu'il n'est même pas capable de gérer la situation administrative de ses fonctionnaires les plus proches.

De plus, La Fondation n'apporte aucun soutien aux initiatives éducatives de la société civile marocaine émigrante et ne pense à même pas à approvisionner en matériel pédagogique et didactique ses propres enseignants, alors que l'on assiste à une inondation de la place, par des ouvrages et manuels scolaires de différents pays arabes. Bien sûr, il y a eu des actions sporadiques mais, chose remarquable, elles précédaient toujours les rares visite de Si Azziman, Président-délégué de la Fondation, lui-même enregistré aux abonnés absents. À vous d'en tirer les conclusions nécessaires, conclut-t-il, en clignant malicieusement de l'œil droit.
" Construire ou acquérir et équiper, en cas de besoin, les écoles et les centres socioculturels et de vacances pour les Marocains résidant à l'étranger et leurs familles. "
- Permettez-moi, cher Monsieur, de vous préciser que la Fondation Hassan II n'a jamais acquis ni équipé une école, un centre socioculturel ou de vacances pour les Marocains résidant à l'étranger et leurs familles, ni à l'étranger ni au Maroc. Si elle l'avait fait, on aurait assisté à un tel tapage médiatique qu'on aurait cru qu'elle eût découvert une bombe à déflagration culturelle. Cette disposition reste ce qu'elle a toujours été : une chimère.
"Organiser les colonies de vacances et les voyages au Maroc pour les enfants des Marocains résidant à l'étranger. "
- Les voyages au Maroc, non ! Mais les colonies de vacances oui ! Je tiens cependant à rétablir une vérité historique. Ces initiatives étaient déjà d'actualité, bien avant la création de La Fondation. Le ministère de l'emploi s'en chargeait merveilleusement bien.

Désormais, il est incollable ! pensais-je.
" Apporter une assistance financière aux marocains nécessiteux, résidant à l'étranger et n'ayant pas de couverture sociale. "
- Quelle ambition ! Qu'elle s'occupe d'abord de la couverture sociale des nécessiteux en son sein que sont les enseignants parallèles issus des Habous et des Affaires Islamiques. Les pays d'accueil prévoient de tels structures dans leurs programmes sociaux. Koune Kane Lkhokh Idaoui Koune Daoua Rassou.

Poursuivait-il.
"Assurer une assistance médicale et / ou juridique à ceux qui en ont besoin parmi les Marocains résidant à l'étranger. "
La Fondation Hassan II n'a pas d'avocat à l'étranger, de même qu'elle n'a jamais signé une quelconque convention avec un organisme médical ou juridique. Il est encore loin le jour où l'on verra une ambulance, à l'effigie de la Fondation, opérer en Europe ! fulmina-t-il.
"Organiser et financer à l'intention des Marocains résidant à l'étranger des manifestations culturelles, artistiques et sportives. "
- Ya Khouya, Ya Khouya ! La Fondation aidait quelques associations marocaines à l'étranger, il ne faut pas le nier. Mais ces pratiques encourageantes ont été stoppées d'une manière brusque et sans explication.

Plusieurs organismes travaillant pour la promotion de la de la culture et de l'identité civilisationnelle marocaine se sont donc retrouvés au bord de la faillite car leurs activités ne sont pas subventionnées par les pays d'accueil. C'est un crime envers notre patrimoine culturel et les générations futures que de mettre un terme à cette dynamique. Pour de sordides considérations financières, la Fondation a rompu les liens fondamentaux qu'elle est censée entretenir pour que nos enfants demeurent attachés à leur pays, culture et religion.

Décidément, j'ai touché une corde sensible, pensais-je.
" Participer à l'amélioration des conditions d'accueil des Marocains résidant à l'étranger de retour en vacances au Maroc. "
- En effet, La Fondation en a fait son cheval de bataille car le transit est une excellente vitrine pour étaler ses services, aussi conjoncturels soient-ils. Même là, les résultats sont médiocres, sinon comment expliquer qu'on lui a adjoint la compétence des services sociaux des Forces Armées Royales, le know-how de la Fondation Mohamed V et le savoir-faire du Ministère chargé des affaires de la communauté marocaine à l'étranger.
" Coopérer avec les services publics et les associations dans toute action entrant dans le cadre des missions qui lui sont assignées."
Ici, je n'ai rien à dire puisque je ne connais pas le niveau de coopération entre cette institution et les services publics. Ça reste très hermétiquement bureaucratique. Il paraît même que les fonctionnaires y travaillant ne peuvent même pas normalement communiquer entre-eux. Un "superviseur général" y a instauré un climat de délation et d'intimidation. Avez-vous encore un peu de temps à me consacrer ? Je voudrais aborder le Titre

II relatif à l'administration, me demanda-t-il.
Évidemment que j'en avais. Et même si il m'en manquait, j'en aurai trouvé, quitte à annuler toutes les autres activités de la journée !.
Galvanisé par ma réponse, il continua sur sa lancée :

Article 3 :
" La Fondation est administrée par un Comité Directeur composé de vingt sept membres désignés par l'administration au nombre desquels doivent figurer un représentant du "Groupement Professionnel des Banques du Maroc "et treize membres choisis parmi les membres des bureaux des Fédérations des Amicales des Travailleurs et Commerçants Marocains à l'étranger."
- Quelle aberration, Ya Sidi ! Le choix est limité aux fédérations des amicales des travailleurs marocains, alors qu'elles sont décriées à l'intérieur et à l'extérieur du Maroc. C'est une vision anachronique. Il existe des élites marocaines dont les valeurs et compétences sont unanimement reconnues et communément utilisées dans plusieurs pays d'accueil. Il est impensable qu'une institution comme La Fondation n'en fasse pas appel et adopte une démarche, allant à contresens de la réalité.

Il feuilleta les statuts et me déclara :
Je vous fais grâce de certains articles mais je tiens toutefois à signaler que l'article 5 précise que ce Comité Directeur doit se réunir au moins une fois par semestre. Sire A'Allah ! Ila Yaoum Al Baath.
Article 7 :
Le Comité Directeur peut constituer des Comités Régionaux dans les pays d'accueil de la communauté marocaine de l'étranger.

Dans les limites de leur ressort territorial fixé par le Comité Directeur, les Comités Régionaux sont chargés de:
  • représenter la Fondation;
  • exécuter les décisions du Comité Directeur;
  • Formuler au Comité Directeur tous avis et propositions concernant les actions de la Fondation.
Article 8 :
Chaque Comité Régional se compose de six membres désignés par le Comité Directeur parmi les membres du "Bureau des Fédérations des Amicales des Travailleurs et Commerçants Marocains à l'Étranger" du pays ou de la zone relevant du champ d'intervention fixé au Comité régional.

Le Comité Régional désigne parmi ses membres :
  • un président;
  • un vice-président;
  • un secrétaire;
  • un secrétaire adjoint;
  • un trésorier;
  • un trésorier-adjoint;
Est membre de droit du Comité Régional, le conseiller ou l'attaché social de l'Ambassade du Royaume du Maroc du pays où siège Le Comité Régiona

- Allah, Allah ! C'est une illusion. On n'a jamais pu avoir une liste des personnes composant ces Comités. D'ailleurs les conseillers et attachés sociaux de nos ambassades et consulats ne sont même pas au courant de ces structures fantomatiques. Et voyez-vous mon ami, même dans les comités chimériques, les amicales sont mises en position favorable et bénéficient d'une exclusivité sans commune mesure avec leurs qualités. Cette logique me sidère ! ajouta-t-il tout congestionné par l'indignation.

Le titre III, concernant l'organisation financière, ne prend sa pleine signification que dans l'article 11 continua-t-il :
" La Fondation n'est pas soumise aux dispositions du Dahir n 1.59.271 du 17 chaoual 1379 (14 avril 1960) organisant le contrôle de l'État sur les offices, établissements publics et sociétés concessionnaires ainsi que sur les sociétés et organismes bénéficiant du concours financier de l'État ou des collectivités publiques "
- Ici, je ne peux formuler qu'une petite question : Pourquoi pas ? Et si quelqu'un a tous les droits de procéder à ces contrôles financiers, c'est bien la communauté marocaine à l'étranger. Elle en possède les structures et les qualifications. De plus, les finances doivent à priori être contrôlées par les donateurs directs ou indirects des fonds. Khallina Nhalmou, ajouta-t-il.

Là je me hasardai à lui faire remarquer que La Fondation Hassan II s'occupe quand même de leurs problèmes sociaux et juridiques au Maroc.

- Ya Akhi Laaziz, avant la création de La Fondation Hassan II, nos plaintes et doléances passaient par les attachés sociaux des ambassades et des consulats marocains qui les envoyaient à leur Ministère. Là, les correspondances étaient dispatchées vers les destinataires. Avec la création de La Fondation Hassan II, notre courrier suit toujours le même parcours mais avec les bureaux de la Fondation en plus. C'est une innovation certes, mais dans la lenteur et la complication bureaucratiques.

Mais c'est un véritable constat d'échec que vous dressez là, Monsieur !

- C'est, en tout cas, un bilan basé sur la réalité vécue de plusieurs acteurs, sincères et patriotes de la société civile marocaine émigrante. Aucun rapport ni audit arrangé ne peut le modifier. Seul un travail de terrain, honnête et sérieux, peut apporter un réel changement. Pour ça, il faudrait d'abord une évolution de mentalité. Et cela ne peut se faire qu'en procédant à une restructuration des ressources humaines administrant la Fondation. N'y a-t-il pas eu une Directive Royale en ce sens? Qu'attend-on pour l'exécuter? Qu'on leur intente un procès pour négligence grave?

Sur ce, il se leva, paya les deux consommations puis s'en alla, avec, sur le visage, l'expression de satisfaction que laisse entrevoir le devoir accompli. Il se retourna une dernière fois, et un regard malicieux, supérieur et conquérant m'accrocha. C'était celui des Fqih de mon enfance.

- Alaïkoum Assalam et merci pour cet exposé magistral…
Je n'ai même pas eu le temps de lui formuler mes remerciements et ma fascination qu'il disparut comme il était venu : humblement, sans orphéon ni bruit. En fait, il n'avait même pas répondu à ma question. Dois-je conclure que la Fondation Hassan II ne sert pas à grand-chose?

En tout état de cause, la création du Ministère chargé des affaires de la communauté marocaine à l'étranger combinée à l'impression que cet entretien a laissée m'aiguillonnent inexorablement en ce sens. Et vous, chers Marocains du monde, qu'en pensez-vous?

Si vous partagez cet avis, envoyez cet article simultanément à la Fondation Hassan II et au ministère chargé de la communauté marocaine de l'étranger, aux adresses suivantes:
  • info@alwatan.ma
  • contact@marocainsdumonde.gov.ma
 amazigh [ MP ]







0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top