Maintenant que la constitution marocaine est adoptée, il reste à lui assurer les mécanismes adéquats à sa mise en application. En effet, quelque soit sa nature, une constitution ne peut trouver sa plénitude qu’à travers des institutions responsables, efficaces et crédibles. Sa mise en valeur demeure donc tributaire des outils mis à sa disposition.

Malgré les grands progrès institutionnels, économiques et sociaux réalisés cette dernière décennie, Le Maroc d’aujourd’hui ne peut se targuer de fournir à sa nouvelle constitution les conditions nécessaires à une mise en pratique réussie. L’appareil étatique reste soumis à la bonne volonté des partisans d’une autorité tentaculaire, le parlement est manifestement contrôlé par une corporation très contestée et l’administration non moins gangrénée par une corruption séculaire.

Ce jugement de valeur peut paraitre excessif aux yeux de certaines personnes mais il reste quand même un constat inspiré de la réalité d’une grande majorité de Marocains. Nul besoin de s’en offusquer, il est plutôt recommandé de l’intégrer dans toute nouvelle démarche tendant à insuffler à la vie politique, économique et sociale marocaine une dynamique inspirée de la nouvelle constitution.

En préalable à toute initiative dans ce sens, Le Maroc a ainsi urgemment besoin de faire un travail d’introspection sur lui-même et sur la manière dont le peuple est gouverné. Les jeunes n’ont pas envahi la rue pour le plaisir de manifester mais certainement pour exprimer leur désaccord sur la gouvernance pratiquée au Maroc .

Réussir la prouesse de faire voter la nouvelle constitution ne constitue pas une fin en soi, elle n’est que l’amorce d’un long processus de réhabilitation de la vie politique, économique et social aux yeux des Marocains. Les responsables sont donc enjoints de fournir à cette constitution un nouveau socle législatif, exécutif et administratif capable de lui assurer la suprématie nécessaire à son exécution. Ils sont attendus au tournant car cette constitution est considérée la leur, bien qu’initiée sous la pression des jeunes du 20 février.

Malgré tous les reproches qu’on peut lui trouver, il faut bien admettre que cette constitution revêt un caractère profondément unioniste et procède d’une démarche volontairement intégrationniste. Elle garantit, entre autres, certains grands principes démocratiques universellement reconnus tels que les libertés individuelles et collectives, l’égalité des citoyens et la bonne gouvernance.

Au delà des articles 16, 17 et 18 lui accordant la pleine citoyenneté, la communauté marocaine de l’étranger est également très intéressée par le contenu de l’article 1 de la constitution, établissant les principes de bonne gouvernance et la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes.

De par leurs situations géographiques, les Marocains résidant à l’étranger vivent et expérimentent la démocratie au quotidien. Cet état leur permet tout logiquement d’apprécier chaque mot à sa juste valeur et de lui conférer, le cas échéant, la teneur et la puissance qui lui sont dues. C’est ainsi que le principe de la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes revêt à leurs yeux une importance toute particulière car, en plus de son état d’avancée constitutionnelle primordiale, il peut créer les conditions nécessaires à l’assainissement de la vie politique, économique et sociale marocaine, si on lui en donne les moyens de librement et souverainement s’exercer.

Cependant, En dehors du conseil consultatif des Marocains de l’étranger, organe purement consultatif comme son nom l’indique, les responsabilités de la gestion du dossier de la communauté à l’étranger incombent séparément à deux acteurs que sont le ministère délégué chargé des affaires de la communauté marocaine à l’étranger d’un côté et la fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger d’un autre. Comment peut-on dans ce cas là appliquer les principes de bonne gouvernance et la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, tant chéris par les Marocains, si la responsabilité est dès le départ fragmentée?

En effet, nous avons affaire à deux entités institutionnellement distinctes fonctionnant dans une totale ignorance de l’autre. L’une est soumise au contrôle de l’état sur les deniers publics tandis que l’article 11 des statuts de la fondation l’exempt de ce contrôle. Le ministère, auréolé de son état de corps étatique, a bien essayé d’harmoniser l’action gouvernementale et d’unifier les responsabilités de ce dossier sous une même juridiction mais une résistance farouchement rétrograde a fait capoter toute tentative en ce sens.

La fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger argue de l’article 11 de ses statuts pour se soustraire à toute inspection étatique sans pour autant respecter les autres articles de ces mêmes statuts : L’article 3, stipulant l’obligation de créer un comité directeur au sein de la fondation, est condamné aux oubliettes, tandis que l’article 12, obligeant l’état à nommer un commissaire du gouvernement auprès de la fondation pour veiller à bonne gestion des deniers publics, n’a jamais été mis en application. Les responsables de cette fondation sont frappés d’amnésie quand il s’agit d’appliquer les articles à charge mais n’oublient jamais d’avoir recours à ceux à décharge.

Galvanisés par un trompeur sentiment d’impunité, depuis 1997 date de leur prise de fonction, les responsables actuels de cette fondation se sont permis toutes les infractions possibles aux statuts et aux réglementations en vigueur à la fois pour la fondation, ses employés et fonctionnaires. Ils opèrent en totale inadéquation avec la loi marocaine et, crime de lèse Majesté, agissent sans aucun respect ni pour le nom illustre que porte cette Fondation, ni pour le sang royal de sa présidence d’honneur.

Si Le Maroc de la nouvelle constitution aspire à une réelle bonne gouvernance et à véritablement établir la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, il devra commencer par ce genre d’institutions dont le comportement phagocytaire épuise les ressources de l’état et porte atteinte à la renommée de ce que les Marocains vénèrent le plus. Il est du devoir de chaque Marocain du monde de dénoncer pareils agissements et de veiller à ce qu’ils ne restent pas impunis. Ainsi appliquera-t-on la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, ainsi commencera la bonne gouvernance et ainsi avancera Le Maroc …

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