Vendredi au Parlement avec les présidents des assemblées et demain au palais d’Egmont en présence des Premiers ministres Elio Di Rupo et Abdel-Ilah Benkiran, la Belgique et le Maroc célèbrent non sans un brin de faste le 50e anniversaire de la convention bilatérale qui a permis d’organiser l’émigration de travailleurs marocains en Belgique.

On peut dire que ce fut là le vrai coup d’envoi de la présence marocaine en Belgique même si dès 1912, des travailleurs de ce qui était alors encore un protectorat français vinrent chercher du travail en France et par extension dans nos régions. De la sorte, ils pouvaient nourrir leurs familles restées au pays auxquelles elles faisaient parvenir leurs salaires.

Point de convergence maghrébine
À partir de 1920, on note déjà une certaine présence nord-africaine dans les zones minières wallonnes. On sait ainsi selon une recherche de l’UCL qu’il y avait eu 1993 travailleurs maghrébins entre 1920 et 1932 à Châtelineau. Ces derniers ne s’implantèrent pas de manière durable, utilisés à la fois par l’industrie et le secteur agricole.

En 1930, les autorités belges et marocaines signaient une convention relative aux accidents de travail concernant une population qu’on estima à l’époque à 6 000 personnes.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la main-d’œuvre vint d’abord d’Italie mais la catastrophe de Marcinelle incita l’Etat transalpin a ne plus envoyer les siens vers les mines wallonnes. La Belgique se tourna dès lors d’abord vers l’Espagne (1956), ensuite vers la Grèce (1957) et puis vers le Maroc.

Le 17 février 1964, une convention fut donc signée entre les deux ministres du Travail, Léon Servais et Thami Ouezzani. Il en ressortait que "le gouvernement du Maroc s’engage à faciliter l’émigration de ses ressortissants qui désirent s’installer en Belgique aux fins d’y occuper un emploi" . Pour la petite histoire, la signature eut lieu dans le bureau du ministre belge des Affaires étrangères, à l’époque Paul-Henri Spaak. Les historiens ont relevé que cela s’était passé dans la plus grande discrétion.

A l’époque, la presse n’en avait pratiquement pas pipé mot à l’exception de "L’Echo" qui était toujours "de la Bourse" en ce temps-là. Et encore dans un petit entrefilet. Aussi bizarre que cela paraisse, la convention n’était parue dans le Moniteur qu’en… 1977. Anne Frennet, qui a travaillé sur l’immigration marocaine, constata que bien des entreprises n’avaient même jamais été mises au parfum de l’existence de cette convention ! Et de préciser par exemple que Caterpillar ne la découvrit qu’en 1974 lorsqu’on décida d’arrêter l’immigration.

Quand les deux pays "s’y retrouvent"
Pourtant le flux se mit en marche… Hassan Bousetta, sénateur PS mais surtout politologue de formation, a expliqué que les deux pays s’y retrouvaient amplement:"Le demandeur avait un besoin urgent de main-d’œuvre peu qualifiée pour ses charbonnages et son industrie lourde alors que le fournisseur se débarrassait de certains de ses ressortissants les plus remuants."

De fait la Belgique y dénicha de la main-d’œuvre pour ses bassins charbonniers mais la crise du secteur les poussa ensuite vers la métallurgie, la chimie, la construction et aussi les transports publics.

Le métro bruxellois est marocain !

Autre connaisseur du dossier, le sociologue Marco Martiniello (Université de Liège) n’hésite pas à dire que "le métro bruxellois a été principalement construit par des Marocains" … Par ailleurs, le Maroc pensait faire coup double en laissant partir de nombreux hommes du Rif (Nord-Est) ou du Sous (Sud) vers la Belgique.

Une manière encore de pouvoir moins tenir compte de ces régions berbérophones à la fois rebelles et peu fertiles. Même si elles ne l’ont pas exprimé clairement, les autorités marocaines auraient volontiers fait leur une formule "qui tue" à ce sujet du maréchal Lyautey : "Un Marocain qui partait, c’était une bouche de moins à nourrir et un fusil en moins…"

Les autorités marocaines allaient publier des statistiques selon lesquelles la convention de 1964 n’aurait amené que 3 500 de leurs ressortissants en Belgique. Mais en 1974, on estimait déjà qu’il y avait 40 000 ressortissants marocains chez nous alors que l’Institut national de statistiques n’en épinglait que 461 en 1961.

Qu’en retenir ? Que la convention joua certes un rôle mais la majorité des Marocains qui tentèrent de trouver un peu de bonheur chez nous vinrent par des visas de touristes. L’écrasante majorité d’entre eux s’implantera durablement et s’intégra sans problème, leurs enfants devenant belges…




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