«Tout travailleur émigré sait que, tôt ou tard, il devra retourner définitivement au Maroc…Songeant à son retour… il désire avoir à lui un logement, une maison, dont il sera le propriétaire pour y abriter sa famille».

C’est avec ce préambule saisissant, publié dans la presse française en 1979, que la Société civile immobilière des Marocains à l’étranger (SCIME) créée au Maroc par Alfred Langlais, un ressortissant français résidant à Casablanca, invitait les Marocains résidant en France à acheter des résidences qu’elle prétendait construire au Maroc. « Bientôt, vous allez revenir au pays. Préparez-vous un retour heureux en faisant construire une maison à Casablanca », ajoutait l’annonce publicitaire qui précisait qu’il s’agissait d’une occasion à ne pas rater. En effet, l’offre était alléchante : une maison individuelle de 80 m2 avec jardin, à Casablanca, pour 78.900 DH seulement. En plus des prix intéressants qu’elle proposait, la société promettait une livraison clé en main en deux ans seulement. Les promoteurs offraient donc aux ressortissants marocains résidant en France, la chance dont rêvent la plupart d’entre eux : construire une maison dans leur pays natal à un prix accessible et sans devoir se déplacer sur les lieux.

Aussi, plus de six cents personnes s’empressèrent durant les quelques jours qui ont suivi la publication de l’annonce à s’inscrire sur les listes des bénéficiaires et à verser un premier acompte de 19.725 DH. Certains iront même jusqu’à verser la totalité de la somme demandée. Mais ces ressortissants marocains et les autres qui suivront ignoraient que leur rêve allait bientôt se transformer en cauchemar. Les ennuis commenceront quelques mois plus tard lorsque certains souscripteurs feront le déplacement à Casablanca et se renderont sur les lieux des travaux pour visiter la maison témoin dont on leur avait parlé au moment de la souscription. En effet, la SCIME qui avait ouvert un bureau à Paris tenu par Marcelle Conscience, épouse de Langlais, affirmait à ses clients que les travaux étaient en cours et qu’une maison-témoin était à leur disposition. Or, en se rendant sur le lieu supposé être le chantier des travaux, dans la périphérie d’Aïn Sebaâ, ils découvrent un terrain vague sans aucun signe de construction. Pire : le lot se trouve en périmètre rural. Exigeant des explications, on leur affirme qu’il y avait « un petit retard dans les travaux » et que tout serait réglé en quelques mois. Pour les rassurer, on les emmène voir un autre chantier en leur affirmant qu’il s’agit d’un autre lotissement de la même société. Ce qui s’avère être un autre mensonge puisqu’ils découvriront que le terrain appartenait à une autre société appelée LOGICO dont le patron n’était autre que le Français Langlais. Là, ils comprennent qu’ils ont été victimes d’une arnaque et que les fonds versés par les centaines de Marocains en France avaient été détournés vers un autre projet.

De retour en France, ils découvrent que le bureau de la SCIME à Paris avait été définitivement fermé. Ils décident alors d’intenter un procès contre ladite société pour recouvrer leurs droits. Pour ce faire, ils créent, en 1985 en France, « l’Association de défense des intérêts des victimes de la gérance de la SCIME ». Durant le procès, ils découvrent que, non seulement, la société n’avait pas réalisé les travaux, mais que, selon son statut, elle n’était qu’une association dont ils étaient considérés des membres associés. Entre-temps, la SCIME commercialisera huit lotissements dont deux à Aïn Sebaâ, quatre à Aïn Chock et deux à Hay Hassani dont elle fera la promotion parmi la communauté marocaine résidant à l’étranger partout en Europe.
Statuant sur la question, la Justice française ordonna en grande instance, en cour d’appel et après cassation, la délivrance par Alfred Langlais et son épouse en leur qualité de gérants de tous les documents sociaux, comptables et techniques à l’association des victimes. Toutefois, ce verdict restera sans suite au Maroc puisqu’il ne sera jamais mis à exécution par la Justice marocaine. La bataille est alors transférée au Maroc. Le président de l’association des victimes, Abdellah Boutayeb, et les membres du bureau entament une série de plaintes judiciaires à Casablanca et frappent à toutes les portes de l’Administration marocaine à la recherche de soutien. Malheureusement, ils ne trouveront aucun appui.

En 1999, Langlais les reçoit et leur promet de rembourser ceux qui veulent récupérer leur argent. Il remet ainsi un chèque de trois millions de DH au bureau de l’association. Un chèque qui ne sera jamais encaissé, faute de provision. Une plainte est alors déposée contre lui à Casablanca. Mais les membres du bureau de l’association découvrent que Langlais avait, entre-temps, quitté le pays, laissant derrière lui plus de 1200 victimes et la plainte avait été classée. Depuis, il ne donnera plus aucun signe de vie. Les victimes, elles, continuent à demander le soutien des autorités marocaines pour résoudre ce problème qui dure depuis un quart de siècle. Des demandes qui restent toujours sans suite.

En somme, plus de 1200 Marocains résidant à l’étranger ont été arnaqués pendant 25 ans, sans que personne ne bouge le petit doigt pour leur venir en aide. Livrés à eux-mêmes, ils ne savent plus quoi faire. Et si, certains ont perdu l’espoir, la plupart d’entre eux continuent à se battre pour recouvrer leurs droits et espèrent qu’un jour leur rêve d’avoir leur propre maison puisse être réalisé un jour.




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top