On le sait, de plus en plus d’États prennent soin de leur diaspora. Et pour cause, celles-ci représentent bien souvent un enjeu économique de taille. Les transferts financiers ont quintuplé en 10 ans, atteignant en 2010 450 milliards de dollars. 

De surcroit, ces transferts se sont montrés beaucoup plus résilients à la crise économique que les investissements directs de l'étranger ou l'aide publique au développement. Pourtant, à y regarder de plus près, ce ne sont pas les considérations économiques, mais les enjeux politiques qui sont bien souvent a l'origine des politiques diasporiques. Deux exemples l'illustrent.

Au Mexique, un tournant historique a été amorcé après les élections présidentielles de 1988. Le candidat de l'opposition, Cardenas, décide, après sa défaite in extremis face au candidat du PRI, de s'expatrier aux États-Unis afin de conforter les bases arrière de son mouvement. Cette stratégie ne s'avéra pas payante mais contribua à relancer la question des droits des expatriés sur l'agenda politique national. Un processus est en marche. Le premier président non issu du PRI, Vicente Fox fut élu en 2000. Ancien gouverneur du Guanajato, l'une des principales régions d'origine des migrants mexicains, il mit en œuvre une série de mesures facilitant la possibilité d'investir dans le domaine économique, mais il resta opposé à l'ouverture de droits politiques. Les organisations de Mexicains aux États-Unis conduisirent une campagne de lobbying qui déboucha, en 2003, sur la création de l'Institut des Mexicains de l’Étranger, puis l'instauration du droit de vote aux élections nationales.

La diaspora indienne est un cas de figure similaire. C'est au parti conservateur hindou, le BJP, que l'on doit les avancées les plus significatives. En 1999, il est le premier à remporter les élections parlementaires contre le Congres, parti au pouvoir depuis l'indépendance en1947. Le gouvernement fait passer une loi qui crée les statuts de NRI (Non Résident Indian) et PIO (Person of Indian Origin). Ils ouvrent aux résidents de l'étranger et à leurs descendants une série de droits en matière civique, économique et fiscal. En outre, le 2 janvier devient le jour des migrants, date a laquelle se tient un salon international ou sont convoquées élites économiques et administratives. Pour autant, les raisons économiques invoquées pour justifier cette ouverture cachent en réalité l'ambition du BJP de consolider ses réseaux au sein de la haute bourgeoisie expatriée. Les statuts de NRI et PIO ont d'abord été réservés aux émigrés vivant dans les pays de l'OCDE. Les millions d'Indiens résidant en Asie du Sud-Est (Malaisie, Birmanie...) ou dans les pays du Golfe, en étaient exclus. En 2004, le parti du Congres retrouve la tête du pays. Le gouvernement Manmohan Singh poursuit et élargit la politique conduite par le BJP. Les statuts de NRI et PIO sont élargis à tous les migrants. Par ailleurs, il confirme la mise en place d'un cadre institutionnel avec l'inauguration, en 2005, du ministère des Affaires des Indiens de l’Étranger.

Dans tous les cas cités, le processus est identique. La diaspora devient l'enjeu d'intérêts partisans, un élément dans une stratégie de conquête de pouvoir. Des lors s'enclenche un processus qui dépasse les intérêts électoralistes. Les partis sont pris dans une logique de surenchères visant a trouver les faveur du poids électoral émigré. La société civile de la diaspora s'organise pour la reconnaissance des droits et cherche à peser contre les pesanteurs politiques. Toutefois, ce processus ne s'enclenche que sous certaines conditions : la possibilité d'une réelle alternance politique, des forces partisanes relativement équilibrées, une certaine autonomie des partis a l'égard du pouvoir central, une vitalité associative dans la diaspora ou peuvent s'exprimer une diversité de point de vue. Or, dans le cas marocain, les partis politiques brillent surtout par leur absence. Ils n'ont jamais su, ou jamais voulu tisser de réseau de soutien. Dans le face-à-face entre le gouvernement de Rabat et les MRE, les partis ne tiennent aucune place. Cette absence est d'autant plus remarquable que la représentation parlementaire des Marocains de l'étranger, pierre d'achoppement des relations Etat/diaspora, les intéresse au premier chef. En définitive, on peut se demander si la clé du progrès des droits de MRE ne serait pas dans un renouveau de la vie démocratique marocaine.


Thomas Lacroix

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