Mohamed Tamalt avait été condamné en juillet à deux ans de prison pour « offense au président de la République ». Le journaliste Mohamed Tamalt, 42 ans, est mort dimanche 11 décembre à l’hôpital de Bab El-Oued à Alger, « après plus de trois mois de grève de la faim suivis d’un coma de trois mois », a annoncé son avocat, Amine Sidhoum. « Il était dans le coma, il y avait un verrouillage sur son dossier médical. On est au courant de rien. C’est ça le drame », a accusé l’avocat, cité par le journal TSA.

Dans un communiqué publié ultérieurement, la direction de l’administration pénitentiaire a donné des détails sur les derniers mois, expliquant que le prisonnier avait bénéficié d’un suivi médical et de médicaments pendant sa grève de la faim, qu’il avait eu un accident vasculaire cérébral ayant nécessité une intervention, et que son état s’était subitement dégradé en raison d’« une infection pulmonaire ».

« Coup de massue »
Mohamed Tamalt était en prison depuis son arrestation le 27 juin, date à laquelle il avait entamé une grève de la faim pour dénoncer cette détention. Le 11 juillet, il avait été condamné à deux ans de prison et 200 000 dinars (environ 1 700 euros) d’amende pour « outrage à corps constitué » et « atteinte à la personne du président » en raison de publications, sur son compte Facebook, s’attaquant à des responsables politiques, notamment au chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika.
« Cette nouvelle est un véritable coup de massue pour tous ceux qui défendent la liberté d’informer en Algérie, a réagi Yasmine Kacha, directrice du bureau Afrique du Nord de Reporters sans frontières (RSF). Le message envoyé par cet événement tragique est terrifiant : comment expliquer qu’on ait laissé l’état de santé de Tamalt se détériorer sans rien faire ? […] pourquoi une telle condamnation pour des propos exprimés sur Facebook, qui ne mettaient concrètement personne en danger ? »
Le journaliste, algéro-britannique, était diabétique et avait vu son état de santé se dégrader rapidement. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme avaient alerté fin août les autorités sur son cas. « La liberté d’expression ne sera jamais garantie en Algérie tant qu’un poème mis en ligne sur Facebook risque de valoir deux ans de prison », avait prévenu Human Rights Watch (HRW).

Dimanche, les réactions étaient vives sur les réseaux sociaux et les médias algériens, beaucoup exprimant leur incrédulité devant le fait qu’un journaliste puisse mourir pour avoir écrit des textes, si provocateurs soient-ils. Amnesty international a appelé les autorités à « ouvrir une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort » de Mohamed Tamalt. Les actions en justice visant à protéger la réputation de personnalités publiques ou d’inconnus doivent relever d’une procédure civile et non pénale, a poursuivi l’organisation.

Charlotte Bozonnet
lemonde.fr/













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