Dégageant les suites à donner à la rencontre de Paris du 20 octobre 2012 sur le thème « les droits civiques et politiques des Marocains du Monde à la lumière de la Constitution de 2011 et du discours royal du 20 août 2012 », un des participants-organisateurs venant de Bruxelles, avec la casquette « Alliance Mondiale » est intervenu par la suite dans une vidéo diffusée sur  Youtube.

Dans les 5 minutes, un message clair a été asséné sous forme d’un ordre strict : le dossier des citoyens marocains à l’étranger, dans ses rapports avec le Maroc, ne doit être discuté que par les Marocains résidant à l’étranger. Toute autre participation au débat public pour l’action ou implication citoyenne, est considérée comme une imposition d’un point de vue externe, une intrusion inacceptable, une immixtion flagrante et une ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Jaliya, qui n’a besoin de personne pour soutenir sous quelque forme que ce soit sa parole, afin de contribuer modestement à la défense de sa cause.

Voilà au moins en termes de stratégie claire pour l’action et de feuille de route ouverte pour l’avenir, une ligne de démarcation nette à laquelle il faudra désormais s’habituer et se soumettre.

Espérons que le message en question parvienne largement à l’intérieur du Maroc à tous les acteurs de la société civile, à toutes les militantes et aux militants des partis politiques et des syndicats, aux parlementaires, aux journalistes, aux intellectuels, aux « décideurs » et à toutes celles et ceux engagés de manière citoyenne. A toutes ces Marocaines et à ces Marocains du « dedans », la consigne péremptoire est donnée : personne ne pourra dorénavant dire ou écrire quoique ce soit sur les politiques migratoires du Maroc, sans avoir eu auparavant l’aval et le feu vert de certains Marocains du « dehors ».

Ce faisant, l’intervenant de Bruxelles qui s’était plaint lui même (avec d’autres associations) d’ostracisme de la part du ministre chargé des Marocains résidant à l’étranger, à l’occasion de l’ouverture de l’opération culturelle « Daba 2012 » en Belgique, rejoint de fait la pratique excluante du ministre chargé des MRE qui, en présence du Chef du gouvernement, a interdit à Rabat aux Marocains de l’intérieur le 10 août 2012, journée nationale de la communauté marocaine à l’étranger,le droit de l’interpeller sur la politique gouvernementale en matière de communauté marocaine à l’étranger,sous prétexte que ne pouvaient prendre part à ce débat public que les Marocains de l’extérieur.

Ainsi, au lieu d’additionner les bonnes volontés,ce genre de pratique procède à l’exclusion sur la base de critères de séparation géographique entre Marocains de l’extérieur et Marocains de l’intérieur, oubliant que nous sommes des COMPATRIOTES appartenant à la même nation marocaine. quelle que soit par ailleurs l’évolution de la situation juridique de certains, dans les pays d’immigration.

Par ailleus, si on suit la même logique et optique de Bruxelles et celle du ministre chargé des MRE, l’optimisation de l’opérationnalisation des articles avancés 16, 17, 18, 30 et 163 de la Constitution concernant les citoyens marocains à l’étranger, ne pourra se faire que si la concertation et la démarche participative excluent impérativement les Marocains du « dedans », surtout ceux qui ne partagent pas des options et des pratiques suivies actuellement par certains compatriotes de l’extérieur, depuis le « Sommet de Casablanca » du 15 septembre 2012, avec certains membres de la direction actuelle du CCME

Pour pousser encore plus loin cette cohérence et être en phase avec la logique de Bruxelles et celle du minstre, il ne restera plus qu’un champs d’action : agir à l’intérieur du Maroc pour que les Marocains de l’extérieur n’interviennent nullement et n’apportent leur contribution dans des domaines autres que celui de la communauté marocaine à l’étranger, à supposer bien entendu que les responsables à Rabat, impliquent réellement les citoyens marocains à l’étranger…

Suite à cette double injonction,personnellement,en tant qu’observateur analyste de la scène migratoire marocaine et qu’acteur de la société civile,je me plie à cette logique clivante et d’exclusion réciproque .Je me dois de raser les murs et de baisser honteusement la tête. Je présente toutes mes excuses et demande pardon pour avoir milité sans compter ni calcul depuis une quarantaine d’années pour les droits civiques, politiques, économiques, sociaux, culturels et cultuels des émigrés marocains, sans avoir demandé l’autorisation préalable à certains. Un grand méa-culpa pour cet engagement citoyen et sincère sans avoir sollicité et obtenu l’aval, spécialement de Bruxelles. Je regrette vivement de m’être investi intellectuellement et politiquement par conviction et engagement citoyen, et non pas par opportunisme. Je reconnais aussi ma grande erreur d’avoir entrepris de multiples études sur l’émigration et les travailleurs marocains à l’étranger en particulier, non pas comme de pures recherches académiques, mais comme des réflexions pour l’action,des analyses pour comprendre et contribuer à faire évoluer positivement la situation des émigrés marocains, et de nos jours également,celle des immigrés étrangers au Maroc, en particulier subsahariens.

Dans la même lignée, il faudra regretter l’intérêt grandissant accordé par les députés à Rabat, toutes tendances politiques confondues, au dossier multidimensionnel de la communauté marocaine à l’étranger,durant le récent débat budgétaire pour l’année 2013. Ce qu’il y’a lieu de faire maintenant, c’est empêcher coûte que coûte que les Conseillers à la seconde chambre fassent de même lors des travaux sur le projet de loi de finances 2013, dont l’étude a commencé à la Chambre des Conseillers.

Trêve de plaisanterie et regardons l’essentiel, dans l’intérêt du Maroc et de sa communauté vivant à l’étranger, dont le devenir et ses droits nous interrogent et nous interpellent tous, Marocains du « dehors » et Marocains du « dedans » ! ! !

Bien entendu, s’agissant notamment du devenir du CCME, des clarifications nécessaires s’imposent, dans le cadre d’un dialogue serein, transparent, démocratique et ouvert, dans un cadre institutionnel avec des responsables crédibles.

Abdelkrim BELGUENDOUZ
Universitaire à Rabat, chercheur spécialisé en migrations




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