La conférence (sur l'immigration clandestine) doit se traduire par l'adoption de mesures concrètes à court et moyen terme le long des routes migratoires ; (il faut) un plan d'action pragmatique et audacieux (...), des actions rapides et tangibles afin de répondre à l'urgence de la situation."

Ces phrases sont extraites du court document de travail - confidentiel - rédigé la semaine passée à Dakar (Sénégal) où des diplomates européens (espagnols et français surtout) épaulés par des représentants des organismes internationaux se sont retrouvés. L'objectif : préparer la Conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et la développement qui se tiendra à Rabat le 10 juillet.

Le document qui devrait être adopté dans la capitale marocaine, où une douzaine de pays africains seront présents, préconise des mesures drastiques dans "la lutte contre l'immigration irrégulière". Il s'agit de mettre en place "dans le respect de la dignité" des systèmes "efficaces" de réadmission "dans l'ensemble des pays concernés" ; de se doter de moyens pour identifier "la nationalité des immigrants en situation irrégulière" ; de renforcer "la capacité de contrôle des frontières nationales des pays de transit et de départ". Le texte privilégie également le "renforcement de la coopération en matière judiciaire et policière contre la traite des êtres humains et contre les filières d'immigration clandestines".

A côté du volet répressif, des mesures positives seront proposées à la conférence de Rabat. La plus pragmatique consiste à réduire, en concertation avec les établissements financiers, le coût -aujourd'hui prohibitif - des transferts de l'argent des émigrés en direction de leur pays d'origine. Les autres mesures risquent d'apparaître comme un catalogue de voeux pieux : "amélioration de la coopération économique, développement du commerce, prévention des conflits"... Aucun financement spécifique n'est d'ailleurs prévu. Il s'agit plutôt de "recenser et d'optimiser les moyens institutionnels existants".

Voulue par l'Espagne et le Maroc après les affrontements autour de l'enclave de Melilla, assaillie par des migrants subsahariens, en 2005, et encouragée par la France, la conférence de Rabat pêche par l'absence de l'Algérie, l'un des pays de transit privilégié par les clandestins avant de passer au Maroc ou en Libye. Agacée par le soutien diplomatique à la monarchie marocaine affiché par Paris et, depuis peu, par Madrid, l'Algérie a tenté de mettre sur pied une conférence concurrente sous l'égide de l'Union africaine (UA), organisation dont le Maroc s'est retiré depuis des années. La tentative algérienne a fait long feu mais pour autant Alger ne sera pas présente à Rabat malgré les efforts diplomatiques déployés tant par Paris que par Madrid. Le bilan de la conférence de Rabat risque de s'en ressentir.

Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans Le Monde, édition du 13.06.06








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