Le roman De l’espoir et autres quêtes dangereuses de la Marocaine Laila Lalami s’inspire d’un entrefilet paru en 2001 dans la version en ligne du journal Le Monde, annonçant le naufrage tragique d’un rafiot dans le détroit de Gibraltar, avec à son bord 15 Marocains candidats à l’immigration clandestine. 

«Je me trouvais dans mon bureau à Los Angeles où je travaillais à l’époque comme linguiste pour un programme informatique, quand j’ai pris connaissance de cette brève. C’était ma huitième année aux États-Unis et je guettais avec avidité les nouvelles du Maroc. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un drame isolé, d’une expédition en mer qui aurait mal tourné. Mais depuis, ces drames de l’immigration clandestine se sont multipliés. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait des reportages sur des arrestations effectuées par les gardes maritimes de part et d’autre de la Méditerranée. Je me suis demandée ce qui pouvait pousser les gens à céder toutes leurs économies et à risquer ainsi leur vie pour aller exécuter en fin de compte des travaux pénibles et ingrats. J’étais immédiatement happée par les récits de ces migrants, bien qu’apparemment leurs parcours soient très différents du mien. Et pourtant, il y avait quelque chose dans les récits de ces “harragas” qui ne m’était pas totalement étrangère.»

Dans l’argot arabe de Rabat, on appelle «harragas» ces émigrants clandestins qui «brûlent» leurs papiers d’identité pour ne pas se faire renvoyer dans leurs pays d’origine. Leurs histoires faites de désespoir, de violences et de mort, n’ont certes rien à voir avec le sort personnel de Laïla Lalami. Mais dans le Maroc des années 60 et 70 où celle-ci a grandi, l’émigration faisait partie de la vie quotidienne à cause de la faillite économique du pays et la lente paupérisation de la classe moyenne. Partir était déjà la solution magique aux problèmes existentiels des Marocains. Aussi Lalami s’est-elle sentie interpellée par les reportages de presse sur les tragédies de l’immigration clandestine. «J’ai pensé écrire une nouvelle, mais au bout de plusieurs mois de travail, je me suis rendue compte que j’en devais faire un livre.»

Son roman s’ouvre sur la traversée périlleuse des quatorze kilomètres qui séparent les côtes marocaines de l’Eldorado européen. Embarquée sur une patera, une trentaine de Marocains qui n’ont rien en commun sauf l’espoir chevillé au corps d’une vie meilleure. C’est cet espoir que Lalami explore en remontant dans le passé de ses protagonistes, mais aussi en imaginant dans la partie finale de son bref roman leur devenir à partir de ce moment fondateur ou refondateur que représente la traversée. Pour autant, De l’espoir et autres quêtes dangereuses n’est pas un roman sur l’immigration, mais un enchaînement de parcours individuels reliés par l’acuité d’une écriture volontariste qui tente de redonner aux victimes de la vie et de la politique, leur épaisseur humaine en révélant leurs désirs, leurs ressentiments, leurs rêves, leurs peurs et leurs détermination. Ils s’appellent Murad, Aziz, Halima ou Faten. Ils sont chômeurs, femmes de ménage, vendeurs à la sauvette, étudiants. La force du roman de Laïla Lalami est d’avoir réussi à sortir ses héros de leur anonymat d’immigrés clandestins et à nous faire entendre leurs voix, leurs rêves et leurs espérances.

T. C.
De l’espoir et autres quêtes dangereuses, par Laïla Lalami. Traduit de l’anglais par Catherine Pierre-Bon. Editions Anne Carrière, 206 pages.




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