L’école, ce n’était pas forcément mieux avant. Et avant de la réformer, il faudrait surtout penser à la généraliser.

Toute personne normalement constituée va essayer de vous convaincre que l’enseignement, c’était mieux avant. C’est une idée facile, qui montre surtout que la personne en face est imbue d’elle-même. Parce qu’elle est en train de vous dire, en réalité : Regardez-moi, j’ai le « niveau », parce que de mon temps…

Avant, c’est quand ? Chacun ramène ce passé aux contours flous à lui-même. Exalter le passé devient une exaltation de sa petite personne. Cela ne mène nulle part.

On nous dit que l’enseignement au Maroc a créé des analphabètes bilingues. On nous dit que l’arabisation a tué l’école publique en poussant la classe moyenne vers le privé. On nous dit que les enseignants n’aiment pas leur métier parce qu’ils ont des salaires de balayeurs. On nous dit que les diplômés d’aujourd’hui ne valent rien parce qu’ils ont zéro culture. On nous dit surtout que l’enseignement a creusé l’écart entre les riches et les pauvres, consacrant à sa manière les injustices et les inégalités de la société marocaine.

Oublions ces généralités : elles ont leur part de vérité, mais des vérités exagérées. Oublions surtout cette idée que l’enseignement était mieux avant, c'est-à-dire « de notre époque, de notre temps ».

Quelle époque et quel temps ? De quoi parlons-nous exactement ?

En dehors d’une courte parenthèse, née sous l’euphorie de l’indépendance, le Maroc n’a jamais fait de l’enseignement une priorité. Il l’a plutôt traité comme une patate chaude, ne sachant trop quoi en faire.

Tout le monde se rappelle par exemple des émeutes de 1965, les plus sanglantes (avec 1981) de l’histoire moderne du Maroc. Mais personne ne se rappelle l’origine du mal : une circulaire gouvernementale mettant à la porte plus de la moitié des lycéens marocains. Mars 1965, c’est cela : la volonté officielle de déscolariser les Marocains, à laquelle la jeunesse a répondu par un refus total.

Ce rappel montre une chose au moins : si l’enseignement n’était pas une priorité pour l’État, il l’était pour le peuple, les Marocains.

« Avant », donc, les enseignants étaient bons parce que motivés et surtout bien payés. Cela compte. « Avant », les élèves étaient bons parce qu’ils étaient rares. « Avant », et jusqu’aux années 1980, le nouveau bachelier devenait, le temps d’un weekend, la star d’une famille et de tout un quartier.

« Avant », pour résumer, l’école n’était pas un droit mais une chance, et la sélection était très dure. C’était l’affaire d’une minorité. Cela nous a donné des élites brillantes, mais une majorité du peuple laissée sur le carreau, sans école et sans espoir.

Cet « avant », comme on le voit, n’était pas très marrant.

En attendant la mise à niveau de l’enseignement au Maroc (que l’Unesco nous promet dans un siècle, pas avant), il faut rappeler que tous les enfants ne vont pas encore à l’école. Et tous les douars du Maroc n’ont pas encore une école.

Plutôt que de prêcher que c’était mieux avant, faisons comme disait Hugo : "Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons".

Par Karim Boukhari
Le360.ma



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