Davantage que tous les autres réseaux sociaux réunis, Facebook est devenu un divan planétaire où s’exprime tout ce que l’être humain porte au plus profond de lui en certitudes, en interrogations, en tourments, en motions, en émotions, en empathie, en aigreur, en espérance ou en absurdités. S’y côtoient la lumière et l’obscurité, la brillance et la médiocrité, la noblesse et l’abjection. Facebook est devenu, surtout, ce « Mur de lamentations » universel où l’on vient s’indigner à satiété.

Ce réseau social planétaire est devenu, en tous cas, le récipient de l’expression la plus manifeste de cette mondialisation que tout le monde décrie avec plus ou moins de virulence. Plus les codes opérationnels de cette mondialisation se refusent à notre entendement, et plus la virulence de notre indignation augmente d’intensité.

Pour les hommes politiques, partout dans le monde, cela équivaut à l’impuissance et donc à la paralysie du volontarisme. Cela s’apparente, pour les classes moyennes et les couches déshéritées, à un mal-être qui revêt de plus en plus un aspect existentiel. Les taux de suicide, de criminalité, de délinquance, de divorces ou encore de chômage en sont les manifestations les plus tragiques.

Les valeurs qui ont guidé l’humanité depuis des siècles s’effondrent les unes après les autres au profit d’une postmodernité aux contours moraux fluctuants et encore flous. Nous sommes donc en face d’un package de « néo-valeurs » qui peine à s’emboîter avec nos référentiels encrés dans l’imaginaire collectif des peuples.

Où se trouvent donc Dieu, la solidarité, la fratrie, le père, l’autre, le bien commun, la cohésion de la cité…bref toutes ces notions qui ont longtemps soudé les peuples et les communautés ? Que signifient désormais le socialisme, la famille, l’entreprise, les notions de « travail fixe » ou de retraite, la démocratie et même le capitalisme ? Tout cela est vertigineusement chamboulé au profit de l’inconnu ! De ce fameux « package de néo-valeurs » qui n’a encore ni substance, ni contours, ni normes.

A la faveur de l’une de mes dernières conférences, j’ai tenté de brosser le tableau de cette postmodernité qui a arraché l’initiative aux Etats pour la confier au Marché-roi, aux communautés pour l’usage exclusif de l’individu, à la démocratie pour ne l’attribuer qu’aux bourses et à l’économie au profit exclusif de la haute finance.

Voilà pourquoi Facebook est devenu le « Mur de lamentations » universel où se déploie le désarroi des peuples face à un monde où ils ne se reconnaissent plus et dont ils ne détiennent pas encore les codes ! D’où, dans la sphère musulmane, la profusion des complaintes allahesques, les prières où l’on confie son destin à Dieu au détriment de gouvernants tétanisés, les ras-le-bol, les insultes et même les cris de désespoir. Se déploie aussi, sur ce « Mur de lamentations » universel, une soif insatiable de reconnaissance et d’amour dans un monde qui en manque aussi cruellement que notre planète d’eau douce et d’air pur !
 
Abdessamad Mouhieddine
Journaliste, écrivain et anthropologue



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