Akka El Ghazi, syndicaliste et ancien représentant des MRE au Parlement "Le Gouvernement Youssoufi a lâché les immigrés". Sans complaisance, avec force détails, le plaidoyer d'Akka El Ghazi en faveur des Marocains résidant à l'étranger force le respect.

Lui même immigré en France depuis des années, il ne peut ignorer les problèmes de ses semblables. Les MRE fondaient des espoirs légitimes sur le gouvernement d'alternance. Ils se sont retrouvés sans département ministériel chargé de leurs affaires. Inconcevable. Et ils veulent le faire savoir.

Dimanche 29 mars 1998, en début d'après midi. La chaîne de télévision arabe, installée à Londres, MBC, nous a gracieusement servi un reportage sur les Marocains. Mais pas n'importe lesquels. Ceux de Jabal Tarek - Gibraltar - et le calvaire qu'ils endurent en tant que travailleurs immigrés sur le Rocher. Sans travail, ils sont actuellement sur le carreau. Des témoignages saisissants. Poignants. Après plus de trois décennies, voire plus, de travail, ils sont rejetés. Sans indemnités, ni allocations sociales. Les autorités anglaises ne veulent rien savoir. Le hic, comme l'ont laissé entendre les déclarations recueillies, c'est que les autorités marocaines ne semblent pas avoir mesuré l'ampleur du drame. Et les ouvriers marocains ne trouvent plus vers qui se tourner. Vivant dans des conditions inhumaines, ils recourent à la mendicité pour subvenir à leurs besoins.

Akka El Ghazi,
Rapportés à Akka El Ghazi, ancien député représentant les MRE, actuellement élu à la deuxième Chambre du Parlement, quelques éléments de ce reportage ravivent sa rage. Attisent son mécontentement à l'encontre des responsables marocains, qui, selon lui, &laqno;n'ont presque rien fait pour les immigrés.»

Laissés pour compte
Une sentence qui ne risque pas de tomber sous le sens. M. El Ghazi est fondé à croire en ce qu'il dit. Et dur comme fer. &laqno;Vous nous avez qualifiés d'orphelins du gouvernement Youssoufi, c'est le mot qu'il faut. On ne s'attendait pas à cet oubli de la part de Si Abderrahmane, lui qui a vécu avec nous les affres de l'immigration. Il connaît bien le dossier. Pourquoi donc éliminer un ministère chargé des MRE. Si, au moins, le Cabinet Youssoufi était restreint...», lâche-t-il.

En syndicaliste qui a fourbi ses armes des années durant, à la Confédération générale des travailleurs française, M. El Ghazi, qui a aussi milité au sein de l'Union socialiste des forces populaires pendant huit ans, estime que les trois millions et demi de MRE ont été trahis par ceux-là mêmes de qui ils attendaient une attention particulière. À savoir les Socialistes et leurs alliés.

Ce qui est incompréhensible, selon lui, c'est que les travailleurs marocains à l'étranger ont toujours agi dans le souci premier de servir leur pays. Avec dix sept milliards de dirhams annuels, l'apport des MRE est substantiel. Il est inconcevable qu'au niveau de l'Exécutif, ils ne trouvent pas d'interlocuteur spécial. D'autant plus que le ministère existait.

Au-delà du principe de l'existence, la question qu'on était amené à poser à M. El Ghazi est la suivante: y a-t-il vraiment de quoi regretter la suppression de ce département? Et M. El Ghazi de se lancer dans un discours au ton syndicaliste certain, mais non dénué de sincérité. &laqno;Avec Hassan Abbadi, ex-ministre de l'Emploi et le premier à avoir pris en charge les MRE dans un département ministériel, on avait des problèmes. Avec Rafik El Haddaoui, venu après lui, les problèmes n'ont pas été pour autant réglés. Tout comme avec MM. El Ouardi et Gaboune. Mais, au moins, on avait des interlocuteurs. À qui on pouvait s'adresser... Maintenant, personne.» Au niveau de l'Exécutif, tient-il à préciser...

Chantiers urgents
Heureusement, dit-il, qu'il y a la Fondation Hassan II. &laqno;Heureusement qu'au plus haut niveau de l'Etat, les immigrés marocains ont toujours bénéficié d'une attention particulière. La photo de famille que SM le Roi a prise avec les représentants des immigrés lors de la cérémonie d'allégeance est significative. Elle aurait pu inspirer Me Yousssoufi et son équipe lors de la préparation de la liste des ministres. Malheureusement, ce ne fut pas le cas...» ajoute-t-il.

Mais peut-on répertorier les problèmes de la communauté marocaine résidant à l'étranger? De quoi souffre-t-elle au juste? Difficile, voire impossible de faire un listing exhaustif des maux liés à l'immigration. Néanmoins, trois axes majeurs constituent, pour le Conseiller UDT - Union démocratique des travailleurs - affiliée au Mouvement démocratique et social de Mahmoud Archane, des chantiers urgents.

Le premier concerne les &laqno;deuxième et troisième générations». Pour Akka El Ghazi, si les MRE de la première génération ont pu garder des liens solides avec le pays, ceux de la deuxième et surtout de la troisième génération n'ont devant eux que la culture des pays d'accueil. La coupure avec le Maroc se fait de plus en plus sentir. &laqno;Même pour les vacances d'été, ils préfèrent aller ailleurs qu'au Maroc. Les pratiques administratives les repoussent davantage.» Une série d'exemples de ces pratiques est citée en vrac. Pour les seuls règlements douaniers concernant l'entrée en voiture personnelle, les griefs de M. El Ghazi sont des plus durs. En Tunisie, dit-il, c'est plus simple et cela facilite la tâche des immigrés sans pour autant porter préjudice au budget de l'Etat. Comment, avec les règlements marocains en la matière, peut-on espérer raffermir les liens entre le pays et les MRE?

Le deuxième axe rejoint le premier. Il concerne les colonies de vacances organisées pompeusement au profit des enfants des immigrés. Pour M. El Ghazi &laqno;il faut bien que ces colonies soient une occasion pour que l'attachement des jeunes MRE au pays soit plus fort. Pour cela, il faut que l'organisation se fasse dans la transparence.» Doit-on s'acheminer vers la création d'une commission représentant les MRE et les divers départements ministériels concernés, pour veiller au bon déroulement de ces colonies? &laqno;C'est pratiquement le dernier filet de sauvetage pour récupérer nos enfants. Ahmed Moussaoui, ministre de la Jeunesse et des Sports, qui connaît bien le dossier, est appelé à le prendre à bras le corps», conclut-il.

La dure vie
Le troisième axe, qui n'est pas des moindres, est relatif aux investissements des MRE au pays. Les facilités accordées aux MRE désirant monter des projets au Maroc restent, dans la plupart des cas, lettre morte. Aussi, le nouveau gouvernement est-il appelé à mettre au point une vraie politique dans ce sens. &laqno;D'abord, peut-il permettre aux MRE le choix de leur banque? Nous savons que chacun est libre d'avoir un compte bancaire dans l'établissement de son choix; mais pourquoi la Banque populaire a ses locaux dans les enceintes même des représentations diplomatiques marocaines en France? Cela dit, les MRE voulant monter leur projet se trouvent face à une série de problèmes souvent insolubles. Le résultat, on le connaît: telle personne a perdu la raison, telle autre s'est suicidée, une autre encore traîne ses dossiers entre les tribunaux et les administrations compétentes» S'agissant des déclarations des immigrés de Gibraltar, la situation n'est certes pas identique, mais les problèmes présentent des similitudes. Akka El Ghazi en a fait son cheval de bataille. Est-ce pour dire qu'il veut ainsi mener la vie dure au gouvernement Youssoufi sur cette base ou est-ce un élément d'une stratégie de l'Opposition? Ni l'un, ni l'autre, seulement, que les MRE soient pris en compte et bien comme il faut, dit-il...


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