Confronté à un climat social difficile, le scrutin législatif du 7 octobre dernier au Maroc, ne devrait pas modifier la donne. En effet, le climat social reste tendu et, les dommages collatéraux d’une conjoncture difficile sont bien réels et affectent tous les secteurs.

Il ne devrait pas également changer grand-chose au niveau politique. En effet, à regarder de près les programmes des partis politiques, la campagne dure et virulente contre le PJD, on aurait pensé, que l’opposition va camper sur ses positions. Mais force est de constater, qu’après les résultats du scrutin que l’on connait, ces mêmes leaders font tout pour participer au gouvernement présidé par le même PJD. Il est vrai, qu’en politique il n’y a pas d’amis ou d’ennemis éternels, mais cela ne doit pas leur donner le droit d’ignorer la nature du mandat de leurs électeurs. Cet état de chose, renforce le manque de confiance des électeurs dans le politique.

Concernant le dossier des Citoyens Marocains de l’Étranger, malgré les déclarations de bonnes volontés, le Maroc ne semble pas encore prêt à entamer une réforme adéquate de sa politique migratoire en épousant une nouvelle approche, qui doit se faire sur la base d’une relation solide et saine entre ces derniers et les institutions, sensées gérer leurs affaires. On peut se demander alors, si nos responsables maitrisent vraiment le dossier, tant on observe, avec un profond désenchantement, l’immobilisme qui frappe la gestion du dossier.

Pourtant, il devient nécessaire d’opter pour une gestion, qui développe une alternance dynamique et nouvelle, adaptée au temps présent, prenant en considération non seulement la réalité et le dynamisme, les attentes et le potentiel, d’une communauté, qui a connue de multiples mutations, mais également les attentes d’un Maroc nouveau.

Car, si les aspects administratifs stricts ou juridiques, sont gérés par les incontournables consulats, la gestion des aspects, tels que la dimension politique et la double appartenance ainsi que la dimension sociale au sens large, les volets socio-éducatif, socio-culturel, les aspects socioreligieux, etc., nécessitent l’unicité d’une politique homogène et l’implication des élites de notre communauté.

Cependant, l’implication ne veut pas dire, l’organisation d’une multitude des messes folkloriques, donnant la parole à certaines personnes, qui ignorent souvent la réalité et les aspirations de la communauté, pour parler en son nom. Ce n’est pas parce que, dans leur majorité, ces personnes sont érigées en courroies de transmission de ces institutions, qu’ils s’autorisent à s’approprier des sujets sensibles dont ils ignorent les enjeux (le Sahara marocain, le vote et l’éligibilité des CME, la crise identitaire, la régionalisation élargie, la coopération décentralisée, etc.). Cela n’a rien à voir avec une quelconque implication ou concertation de la communauté.

Nos gestionnaires pensent qu’avec l’organisation de telles messes, ils peuvent maquiller le statut quo, que connait la gestion du dossier. Doutent-ils de l’émancipation politique de notre communauté ou veulent-ils insulter son intelligence? Il nous semble, qu’il devient urgent d’aborder la thématique tant du contenu de la politique migratoire que de l’inflation des institutions, chargées de la gestion de ce dossier multidimensionnel.

Car, notre communauté a besoin aujourd’hui plus que jamais, d’une véritable politique migratoire susceptible de lui permettre de s’organiser, de s’épanouir dans son rôle et de renforcer sa dynamique. Mais force est de constater, que les nombreuses compétences connues et reconnues, dont elle dispose ont besoin d’un cadre qui leur permettent de renforcer leur dynamique.

Il nous semble objectivement, que l’institution qui nous parait tout indiquer à jouer ce rôle est le Conseil de la communauté des Marocains de l’Étranger « CCME ». En effet, sans revenir sur l’évaluation de son bilan catastrophique et de ses actions inutiles, il nous semble être l’espace de concertation, de consultation et de proposition par excellence, capable de renforcer l’efficacité des processus organisationnels, instaurer une gestion moderne avec plus d’efficacité et de responsabilité en adoptant une nouvelle approche.

En effet, c’est parce que la communauté souffre d’un manque crucial d’organisation, que le CCME pourrait être l’instance qui pourrait combler cette lacune et permettre à la communauté de se retrouver dans des espaces, qui lui permettent de gérer son potentiel synergique, d’améliorer ses outils et ses actions, afin de ramener un large soutien et une plus grande sympathie, tant à son égard qu’à l’égard du Maroc.

Car, malgré qu’il soit réduit à une paralysie déconcertante, il est à notre sens, la seule institution susceptible de permettre aux représentants de la communauté dans leur grande diversité de se retrouver et s’organiser, afin de jouer un rôle de lobbygue dans tous les domaines. Il est un acquis fondamental qu'il faut préserver et promouvoir. C’est en quelque sorte un petit « parlement » de la communauté, qui doit émettre des avis sur toute politique migratoire.

Il s’agit donc de son renouvellement, de la révision de ses attributions, ses objectifs, sa composition, etc. pour le rendre conforme à la constitution. Car il nous semble, indépendamment des lacunes à combler et des rectifications à entreprendre, l’institution à laquelle la quasi-totalité des Citoyens Marocains de l’Étranger « CME » tiennent énormément. Il s’agit aussi de revoir les objectifs des autres intervenants dans le dossier, tels la Banque Al AMAL, le conseil des oulémas d'Europe, qui s'illustre par l'opacité gestionnaire, un silence et un échec calamiteux devant les dangers de la radicalisation qui guettent notre jeunesse et d’autres.

Quant au Ministère, auprès du chef du gouvernement, chargé de la migration, il ne peut à notre sens, gérer tant le dossier complexe de la migration, qui dépend en principe du ministère de l’intérieur et le dossier de la communauté, lequel n’a droit qu’à une politique de « SILAT ARRAHAM » à travers de multiples visites sans utilités. En effet, les ministres successifs, de ce dossier se sont distingués par l’incapacité de mettre en place une stratégie globale, viable et de concertation nécessaire à la gestion du dossier.

D’où la nécessité d’une vision intégrée des priorités et l’unicité de la politique à mener à l’égard de ce dossier multidimensionnel. Une telle démarche permettra de donner plus de clarté et de visibilité à la politique en direction de ces quelques cinq millions de CME, devenus dans leur grande majorité des binationaux et bi-citoyens par leur statuts juridique ou de fait

En un mot, la gestion du dossier, nécessite une stratégie nationale en amont, une meilleure connaissance d’une communauté au pluriel, complexe et hétérogène, ainsi qu’une maîtrise des politiques migratoires des pays de résidence, qui sont à l’opposé de la vision des pays d’origine. D’autant plus, que le processus de naturalisation et de sédentarisation des migrants a modifié la donne et réduit la marge de manœuvre des pays d’origine.

Il faut donc fixer la priorité politique, l’objectif stratégique que l’on s’assigne et la place que l’on accorde au dossier dans la hiérarchie des préoccupations nationales. Ce qui induit de redéfinir les missions et les prérogatives des différents intervenants dans le dossier, pour éviter le doublon et le chevauchement des rôles. C’est à partir de cette redéfinition, que l’on définit la politique et l’option à suivre quant aux mécanismes de gestion.

C’est ainsi, que l’on peut s’inscrire dans une nouvelle dynamique de refonte du partenariat entre l’intelligentsia de notre communauté et les institutions du pays. C’est aussi, ainsi qu’on peut les faire participer au processus constitutionnel moderne dans l’édification d’un État moderne et démocratique.

Cette manière de faire, répondrait à notre sens, aux exigences de la situation en évitant de noyer le dossier dans la bureaucratie de structures lourdes et à la nécessité d’impliquer la communauté dans le développement national et le rayonnement de la culture du pays dans le monde. Car, une politique migratoire homogène et équilibrée, n’est pas une utopie, elle est à notre portée, il suffit de la traduire en actes concrets.

Concernant la participation politique, les législatives d’octobre dernier se sont déroulés sans la participation des Citoyens Marocains de l’Étranger. Ils sont de nouveau écartés, ce qui, n’a pas, pour autant poser de problème ni au gouvernement ni aux partis politiques représentés au parlement, qui n'ont pas mis en pratique les articles de la constitution, concernant leurs droits politiques et civiques. (Articles 16, 17. 18, 30,163).

D’ailleurs, la question de leur participation politique n’est pas appréhendée dans les programmes de ces partis politiques, malgré qu’elle soit ancrée dans la constitution et que l’échéance est éminemment politique. Mais comment pourrait-il en être autrement puisqu’ils se distinguent par l’inutilité et l’absence de leur apport dans le dossier.

Pourtant, c’est à travers nos partis politiques, que nous sommes censés s’impliquer politiquement et exercer notre droit constitutionnel. Or, ces derniers n’ont jamais été impliqués dans la trajectoire migratoire et, ils ne font aucun effort, pour le faire. En effet, aujourd’hui les nouvelles générations des CME, ne savent presque rien sur l’existence et le fonctionnement de ces partis politiques. Comment pourraient-ils être le seul moyen pour exercer nos droits constitutionnels ? C’est dire la nécessité, que nos formations politiques se mettent à niveau politiquement et démocratiquement pour intéresser les nouvelles générations.

En tout cas, il semble que le gouvernement et le parlement ont décidé d’enterrer une fois de plus la question de la participation politique des CME, pourtant encrée dans la constitution. Devant l’insensibilité vis-à-vis de leurs doléances, ils se sentent trahis et déçus, ce qui pourrait nuire à leur relation déjà conflictuelle avec les institutions, sensées gérer leur dossier.

Pour justifier cette exclusion, certains avancent des arguments fallacieux pour la légitimer. De ce fait, ils décrédibilisent l’idée même de la participation politique et de représentation parlementaire. A-t-on objectivement le droit d'invoquer ces arguments fallacieux, alors que la constitution garantie ce droit ? Veut-on faire douter les Citoyens Marocains de l’Étranger sur leur marocanité avec de telles déclarations ?

Devant l’insensibilité vis-à-vis de leurs doléances, ils se sentent trahis et déçus, ce qui pourrait nuire à leur relation déjà conflictuelle avec les institutions, sensées gérer leur dossier. C’est pourquoi, il nous semble urgent, d'en finir avec cette fuite en avant et reconnaitre que la constitution a conforté tous les citoyens marocains, sans distinction aucune, à être électeurs et éligibles ! La question est donc plus politique que technique.

Devant l’attitude du gouvernement et des gestionnaires du dossier, plusieurs appels et sollicitations d'arbitrage ont été adressés, auprès de SM le Roi. Malheureusement, toutes ces demandes et sollicitudes sont restées lettres mortes. Pourtant, le souverain n’a cessé de mettre l’accent dans ses divers discours sur la représentativité de la communauté et une meilleure gestion de son dossier.

Ce qui nous amène à penser, qu’il y a quelque part un blocage au niveau du gouvernement, des responsables des institutions, chargées de la gestion du dossier et, nous semble-t-il, de l’entourage du souverain. Car, il nous semble, qu’avec les divers moyens de communications, la fluidité de la circulation de l’information et les nombreux articles sur la question, les multiples appels et mémorandums remis au cabinet royal, que ceux-ci ne soient pas au courant du blocage, dont fait l’objet notre dossier ? Reste à soir la raison !

Düsseldorf, le 2 novembre 2016
Said Charchira
Auteur, acteur et observateur de la scène migratoire


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top