Si la pop star marocaine est coupable, elle doit arrêter la fuite en avant et payer. Si elle est innocente, elle doit le prouver et c’est seulement à ce moment-là, et pas avant, qu’elle aura droit à notre solidarité et à notre compassion.

L’histoire de Saad Lamjarred est une tragédie. Parti à Paris pour un concert qui allait être celui de la consécration, l’artiste le plus populaire du Maroc et peut-être bien du Monde arabe croupit aujourd’hui en prison où il risque gros, très gros, pour une sombre affaire de mœurs.

A ce stade, et devant la gravité des soupçons qui pèsent sur Lamjarrad, il faut faire confiance à la justice et laisser l’enquête suivre son cours. Mais il faut que justice soit faite. Saad Lamjarrad est un justiciable comme les autres. Ce n’est pas une pop star mais un homme comme les autres qui doit, aujourd’hui, répondre des faits dont on le soupçonne.

S’il est innocent, il demandera et obtiendra réparation. S’il est coupable, il doit payer. A lui de faire ensuite son mea culpa de la manière qui lui plaira parce que, au final, c’est son affaire à lui et pas celle de tout le monde.

Cette affaire nous déchire le cœur parce que les artistes, quand ils arrivent à un certain niveau de notoriété, deviennent des sortes d’ambassadeurs de leur pays. Ils le représentent. Qu’on le veuille ou non. Ils deviennent des modèles. Parfois malgré eux. Et ils n’en sont pas forcément conscients.

Dans leur tête, ils ne sont pas « prêts ». Ils ne comprennent pas toujours ce qui leur arrive. Ils ne comprennent pas qu’ils ont aussi des devoirs et des obligations. Ils ont des personnes à leur service, pour gérer leurs contrats et leur argent. Mais ils n’arrivent pas nécessairement à gérer des questions plus personnelles, ils sont démunis et se retrouvent seuls face à leur destin.

C’est dur, c’est parfois cruel, et c’est pour cela que l’on dit que le succès peut être lourd à porter. Parce que le succès est de facto une responsabilité.

Géants par leur succès, par les contrats qu’ils signent, par l’amour de leurs fans, par l’image de puissance qu’ils dégagent, et par toute la folie qui les accompagne, les « stars » sont parfois des enfants déconnectés des réalités, incapables de discernement, de véritables dangers pour eux-mêmes et pour ceux qui les entourent.

Être célèbre, être aimé, n’est pas une excuse pour faire tout et n’importe quoi.

Tant qu’une grave affaire de mœurs n’est pas jugée, nous n’avons pas le droit de nous solidariser avec l’une des parties prenantes sous prétexte que nous partageons la même nationalité. Ou que nous l’aimons. Ce n’est pas recevable. C’est indécent. Ce n’est pas la nationalité de la personne ou son appartenance (ethnique, religieuse ou autre) qui méritent notre solidarité, mais ses actes et son comportement : ce qu’elle fait, ce qu’elle dit.

Saad Lamjarred est un adulte majeur et vacciné. Il est face à ses responsabilités. S’il est coupable, il doit arrêter la fuite en avant et payer. Et il l’aura mérité. S’il est innocent, il doit le prouver et c’est à ce moment-là, et pas avant, qu’il aura droit à notre solidarité et à notre compassion.

Et tant pis si tout cela nous laisse, déjà, le sentiment d’un immense gâchis.

Par Karim Boukhari
Le360.ma


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