Pays pivot d'Afrique de l'Est, le pays de Paul Kagame, par son soutien, permet au royaume chérifien de toucher l'énorme marché de la zone de libre-échange de la Tripartite (26 pays).

Au premier jour de la visite à Kigali du roi Mohammed VI, la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo a estimé que « le moment est venu » pour le Maroc de réintégrer l'Union africaine (UA), quittée il y a plus de 30 ans. Il est d'évidentes raisons pour tenir ces propos. D'abord parce que le Maroc a fait officiellement sa demande d'intégration auprès de l'Union africaine lors du dernier sommet de l'institution en septembre dernier, à Kigali justement. « Nos amis rwandais nous soutiennent. (...) C'est l'écrasante majorité des pays africains qui soutient et applaudit le retour du Maroc au sein de sa famille institutionnelle », a pour sa part estimé le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar. L'autre enjeu pour le royaume est de conquérir des parts de marché dans cette région dynamique sur le plan économique et dotée d'une meilleure gouvernance.

L'Afrique de l'Est, un vrai enjeu pour le Maroc
Le Maroc a officiellement demandé en septembre à réintégrer l'UA, organisation que Rabat avait quittée en 1984 pour protester contre l'admission de la République arabe sahraouie démocratique, qui revendique l'indépendance du Sahara occidental. Ex-colonie espagnole, le Sahara occidental est contrôlé depuis 1975 par le Maroc. Le Front Polisario, soutenu par l'Algérie, milite pour l'indépendance et réclame un référendum d'autodétermination, alors que Rabat propose comme solution une large autonomie sous sa souveraineté.

Mohammed VI, qui devrait ensuite se rendre en Tanzanie et en Éthiopie – son programme exact n'a pas été communiqué –, espère contribuer à renforcer la présence du Maroc en Afrique de l'Est et défendre sa candidature visant à réintégrer l'UA. Cette tournée « se fait dans une zone qui était jusqu'à présent inaccessible pour le Maroc. On n'a jamais eu de présence, ni diplomatique, ni économique, ni culturelle, ni historique (...), en Afrique de l'Est », a expliqué à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, un responsable marocain accompagnant le roi. « Au-delà de l'Afrique de l'Ouest et centrale, il faut s'ouvrir sur l'Afrique de l'Est et australe, c'est ce qui est en train de se produire », a ajouté ce responsable.

Du business à la clé
Et ensuite, il s'agit aussi pour le royaume de ne pas manquer le train du dynamisme économique de l'Afrique de l'Est. Ainsi, le roi du Maroc Mohammed VI a rencontré mercredi le président rwandais Paul Kagame, avec lequel il a signé 19 accords bilatéraux, notamment dans le secteur économique. « Le contexte du retour du Maroc à l'Union africaine est là, bien sûr, et ces pays-là sont importants au sein de l'UA. C'est également une manière d'aller vers des pays qui avaient historiquement des positions hostiles aux intérêts du Maroc », a-t-il reconnu, ajoutant qu'ils étaient « considérés comme alliés de l'autre partie », c'est-à-dire de l'Algérie. Tout au long de cette tournée, a-t-il précisé, « il y aura des accords pour l'installation de banques pour la coopération financière, pour des projets dans l'industrie pharmaceutique, le logement social, le tourisme, l'énergie solaire... ».

Dans un message adressé depuis Rabat au sommet de l'UA organisé mi-juillet à Kigali, Mohammed VI avait affirmé que le moment était venu « pour le Maroc de retrouver sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle ». Le souverain avait ensuite déclaré que la décision de son pays de réintégrer l'UA ne signifiait pas le renoncement du royaume à ses droits sur le Sahara occidental. Le retour du Maroc au sein de l'organisation panafricaine doit être validé par un vote au sein de la Commission de l'UA.

Par Idriss Elram
afrique.lepoint.fr/


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