Le Maroc est-il une île ? 
Fatima-Zahra, lundi, « station Hassan II » : « Vous vous rendez compte, il n’y a qu’ici que ça se passe comme ça ! Pour la peine, je n’irai pas voter ». Entouré de mer sur trois pans, le Royaume est également ceint par la frontière grillagée avec l’Algérie, et le désert avec la Mauritanie où ne passe qu’une petite route fraîchement goudronnée.

Le Maroc est donc bien une sorte d’île. Cette insularité associée son histoire lui donne cette même saveur que partagent pour les mêmes raisons le Japon et la Grande-Bretagne. La « mentalité d’insulaire » en français, c’est la tendance à croire que tout ce qui survient dans le pays lui est propre, et donc, bon à critiquer. Une manifestation organisée dans les rues de Casablanca dans laquelle certains devinent la main de l’Intérieur ? Ce n’est qu’au Maroc ! Pourtant le général de Gaulle fit la même chose en 1968 à Paris et pour les mêmes raisons. Des scandales sexuels à quelques semaines des élections ? Ce n’est qu’au Maroc ! Et pourtant Dominique Strauss-Kahn fut barré de la course à la Présidence en 2011 pour ses incartades de New-York. « Allez voter Fatima-Zahra, pour qui vous voulez, mais sinon, arrêtez de vous plaindre ! ».

Le Maroc, pays invité d’honneur au Salon du livre de Paris
Abdelkader, mardi, station «Hay Hassani » : « C’est un événement important pour la littérature marocaine ». On ignorera probablement les démarches dans les coulisses du « théâtre » parisien qui conduisent à cet honneur pour le Royaume, court-circuitant ainsi l’Algérie, certes, mais aussi tous les autres pays arabes et africains. Lors de la réunion avec les éditeurs du Maroc, le thème est donné : la manifestation est autant diplomatique que littéraire. Ce qui est important dans la période troublée que vit le monde, c’est de montrer que le Maroc est adepte du « vivre ensemble », est producteur de qualité et surtout rassurer une population française toujours inquiète de ce qui est étranger, particulièrement du Sud, malgré le capital sympathie que le mot « Maroc » suscite. Conformiste, l’auteur marocain moyen refait la plupart du temps une variation sur le thème de la misère et de la souffrance sociale, inspirée du Pain nu de Mohamed Choukri, il y a ? ans. Pourtant aujourd’hui émergent de nouveaux romanciers dont les livres, même si l’action se déroule au Maroc, sont de qualité internationale : Elkourti Elmehdi (Les cinq gardiens de la parole perdue), Rachid Khaless II (« Quand Adam a décidé de vivre »), Amine Jamai (« Le général marocain »), Anissa Bellefqih (« Années volées »), Valerie Morales-attiass (« Post-blonde »), par exemple.

Culture ou pas ?
Brahim, jeudi, station « Oasis ». « Que faut-il avoir lu ? vous qui êtes auteur ». Bonne question, Brahim est comptable. Méthodique dans son travail comme dans son habillement, il est aussi dans sa recherche du savoir. La seule bonne définition classique de culture : « c’est ce qui reste quand on a tout oublié ! » dit une boutade célèbre. La culture, c’est surtout tout le savoir, toute la connaissance qu’un être humain peut absorber et qui ne lui est pas directement utile dans son travail et sa vie familiale. C’est ce fond de savoir issu de lecture de livres et de la presse, de promenades touristiques, de discussions avec des anciens, de films, d’émission de télévision, cette soif de comprendre le monde et son fonctionnement, la société et sa complexité qui différencie Brahim de ses collègues. Plongé dans un vieux livre intitulé « Histoire des idées en économie », il sait que savoir comment la monnaie s’est créée, comment l’inflation et la spéculation furent observées il y a quatre siècles ne lui seront d’aucune utilité pour réviser les comptes de son client, un important concessionnaire automobile, mais un jour ce vernis de plusieurs couches lui permettra peut-être de se distinguer avec un client, une amie, un patron.

Moka ou Louiza ?
Souad, vendredi, station « Nations unies ». La journaliste tient son café à la main, dans un gobelet en carton, l’autre main saisit la barre du wagon. Dans les années 1860, au temps du Sultan Moulay Hassan 1er, la Grande-Bretagne imposa au Maroc l’ouverture de ses frontières aux produits britanniques, notamment le thé. L’intervention menaçante de navires de guerre anglais devant Casablanca eut aussi l’effet inverse d’attirer des commerçants fassi à Manchester, la capitale industrielle du Royaume-Uni, ces mêmes bourgeois sous le Protectorat constituèrent l’ossature du patronat marocain de Casablanca. Revenons à notre tasse, jusqu’ici la boisson nationale des Marocains était la tisane. En quelques années, le thé devint la vraie boisson nationale, hélas le sucre qui entre dans sa composition ajouta le diabète aux maux dont souffre la population. La « Louiza », c’est une marque de tisane espagnole qui fit son apparition dans les années 1920, à partir du Rif colonisé par le voisin du Nord. A Rabat, le terme « Louiza » désigne dans l’administration le haut fonctionnaire sportif ! Mais la vraie boisson arabe par excellence, c’est le café, originaire de l’Éthiopie, de la région de la ville de Harrar, le café n’était acheté que par les négociants yéménites de Moka, d’où l’appellation. Passant par La Mecque, puis Damas, Istanbul, Vienne puis enfin Paris, le café a conquis le monde entier. Le mot « café », en français, est tiré du mot turc « kahva », lui-même dérivé de l’arabe, « qahwa ».

Guillaume Jobin
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