Depuis le début de votre investiture, vous ne cessez de piquer, à une occasion ou une autre, une catégorie de personnages que vous prenez soin de ne pas désigner nommément, sûrement dans l’intention à la fois de leur faire peur, les pousser à rentrer dans leur coquille et vous laisser tranquille, et aussi par crainte qu’ils ne se liguent ouvertement contre vous, d’autant que vous connaissez bien leur capacité de nuisance. 

Tantôt vous agitez à leur égard l’épouvantail de ‘la chasse aux sorcières’ de façon subtile, certes, comme une épée de Damoclès, par le simple fait de dire que vous ne voulez pas y recourir, et tantôt vous faites le dos rond. Comme à l’égard du M20, tantôt vous l’inhumez et tantôt vous l’exhumer selon votre posture du moment dans le rapport de forces avec certaines sphères connues. 

À la suite des dernières nominations des walis et gouverneurs, vous avez déclaré que : < parfois, certaines personnes ne présentent pas toutes les garanties nécessaires, mais disposent de qualités particulières dont on a besoin dans certaines régions > ( sic). Et à vos détracteurs de votre propre entourage, dont M. Abdellah Bouanou, qui avaient émis des critiques contre quelques unes de ces autorités, vous les avez sommés d’apporter les justifications de leurs allégations. 

C’est de la pure logique, mais elle s’applique à vous aussi, et en premier lieu, car vous-même, quelques jours après, le 26 mai, vous avez annoncé textuellement, au cours du forum national sur la santé, que, et je cite : < parfois, quand je vois certains individus des directeurs de certaines institutions, je me demande si leur place est à ces postes ou en prison ?> Ces propos sont d’une extrême gravité. Vous insinuez que ces individus sont coupables de crimes ou délits. Avez-vous, de votre côté, la preuve de votre accusation ? Dans l’affirmative, qu’attendez-vous pour les neutraliser et les déférer en justice ? Comment pourriez-vous, dès lors, les maintenir dans leurs fonctions, sans en être complice ? 

Par ailleurs, M. Mohamed Yatim, un autre de vos proches, qui ne peut être soupçonné de parler en l’air, a, de son côté, fait une révélation époustouflante. Il a affirmé devant les ‘diplômés chômeurs’ que les bastonnades dont ils furent l’objet, ainsi que les démolitions des constructions anarchiques ont été commanditées par une source, je cite, que ‘ nous ignorons’, a-t-il dit. Ces propos supposent que si, avant, nous parlions d’un ‘Pouvoir de l’ombre’ pour ne pas citer nommément certains lobbys de blocage des réformes, il apparaît, maintenant, que nous avons, plutôt, affaire, carrément, à un Exécutif parallèle qui prend des décisions à votre place, que vous laissez faire, auquel obéissent les autorités et les forces de l’ordre ; et du fait, qui ne peut être inconnu, contrairement aux allégations de l’intéressé. 

À quel Gouvernement avons-nous affaire ? Est-ce réellement au vôtre ou à l’autre ? Je serais tenté de vous dire : < de qui ou de quoi avez-vous peur ? >. Mais il y a plus grave, M. le Chef du gouvernement. En réponse à l’envoyé d’Al Jazeera, tout récemment, vous avez affirmé votre volonté d’enterrer définitivement la lutte contre la dépravation. Cette décision, qui pour une fois, a le mérite de sortir des allégories et propos brumeux qui ponctuent souvent vos propos, comporte cinq fautes gravissimes normalement de nature à inciter à ester contre vous en justice ou vous coûter, pour le moins, une motion de censure parlementaire.
  • La première est d’ordre stratégique. Vous prétendez vouloir assainir la gouvernance ; pourriez-vous y parvenir sans éradiquer d’abord la dépravation qui la sous-tend en profondeur ? Croyez-vous arriver à bâtir un nouveau système de gouvernance sur de la pourriture ? Par ailleurs, une décision de cette gravité ne devrait-elle pas être examinée en Conseil de gouvernement et passée, éventuellement ensuite, en Conseil des ministres ? Où, alors, ces deux instances comptent-elles pour du beurre ?
  • La seconde est morale, car par ce revirement vous trahissez votre électorat qui vous a porté, précisément, à la gouvernance pour cette cause, et vous commettez, donc, à son égard une sorte de dol électoral.
  • La troisième est juridique. Votre décision correspond à une absolution accordée à des voleurs et criminels. Vous les rassurez de l’impunité et, par ricochet, vous encouragez les autres et les nouveaux venus dans les rouages de l’État à suivre l’exemple.
  • La quatrième raison, elle, est économique. Votre décision est la meilleure manière de faire fuir les investissements étrangers. Quelle société voudrait investir dans un pays où le chef du gouvernement avoue publiquement que l’État ne peut plus combattre la corruption, alors que cette pratique est l’une des causes principales qui ont freiné les investissements jusqu’à présent. Vous n’avez aucun droit de traduire votre faiblesse personnelle d’éradiquer la dépravation en une faiblesse de l’État.
  • La cinquième est politique. Votre sentence, parce que c’en est une, < Aâfa Allah Aâmma Salaf > et ce qui s’en suit, a tout l’air d’une Fatwa incongrue, qui n’a pas lieu d’être évoquée dans un enjeu politique concernant toute la nation dont vous n’êtes pas Mufti du Royaume et encore moins le Commandeur des Croyants. Et qui même au plan spirituel, introduisant la notion du ‘droit de Dieu et du droit des gens’- Haq Allah et Haq El Iîbad- elle est d’une complexité telle que même les plus éminents Uléma musulmans, à leur tête Al Azhar, butent encore sur les contours exacts de son application. Que deviendrait le ‘ printemps arabe’ si Moubarak, Ben Ali et consorts bénéficiaient d’une telle clémence ? Quant à la prétendue philosophie qui a présidé à cette ‘Fatwa’, elle traduit, malheureusement, chez vous une conception surréaliste du fonctionnement institutionnel ; elle flanque par terre, tout simplement, la notion de l’Etat de droit. Elle personnelle, subjective, donc, et ne vaut pas plus ni mieux qu’une autre.
Si vous êtes incapable de remédier à la situation, cédez la place à d’autres qui ont en sont capables, parce qu’ils ne chercheront pas à s’accrocher à leur poste en vendant leur conscience et leur âme. Aucun chef de gouvernement au monde n’oserait dire ce que vous avez dit, sauf à la condition d’accompagner ses propos d’une démission avouant son échec, ou d’une exigence des pleins pouvoirs. Dès lors, il semble difficile, que vous puissiez encore vous faire valoir comme chef de gouvernement crédible, et encore moins comme Homme d’État comme il vous plaît, déjà, de vous présenter, alors que votre gouvernement n’arrive même pas à décoller et quand il se meut c’est pour tourner en rond. Aussi je vous prie, Mr Benkirane, au nom de ‘ Haq Al Bilad’: DEGAGEZ !





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