Les MRE sont à l’honneur et c’est, pour nombre d’entre eux, une occasion de s’exprimer à ne pas manquer. Le discours royal du 30 juillet dernier a donné le signal de la ferme volonté des plus hautes autorités du Royaume de mettre de l’ordre dans le réseau consulaire marocain à travers les pays où il est diplomatiquement représenté.

Il n’en fallait pas plus pour que s’élèvent des voix de la diaspora marocaine, jaillies des quatre coins du monde, pour dénoncer tout ce qui rend leurs relations avec les représentations consulaires pénibles, si ce ne sont dissuasives.

Il est intéressant de remarquer que les débats autour du discours royal auxquels ont participé des MRE sur les réseaux sociaux ont tout autant porté sur la première partie, qui a porté autant sur les difficultés socioéconomiques dans les régions reculées et les périphéries urbaines, que sur le volet qui les concerne pourtant de manière spécifique. Même à des milliers de kilomètres de chez eux, confrontés aux problèmes propres à leurs pays d’accueil, ces MRE n’en demeurent pas moins très attachés au « bled » et à tout ce qui le concerne. Bons patriotes, ils n’en sont pas moins critiques. D’une ambition exigeante pour leur pays d’origine, ils n’en sont pas moins pragmatiques et connaissent, pour les mieux instruits, ses capacités et limites.

Il est presque indécent de rappeler que les MRE, c’est, entre autres apports à leur pays d’origine, 59 milliards de dirhams transférés au Maroc, l’année dernière, un flux qui a enregistré une hausse de 7,6% au cours du premier trimestre de l’année actuelle comparativement à la même période de l’année précédente. Indécent parce que cela semble conforter chez eux cette désagréable impression de vaches à lait. Mais il faut être réaliste, tout en rendant à César ce qui appartient à César.

Les transferts des MRE représentent entre 6 à 7% du PIB et constituent un facteur majeur de réduction de la pauvreté. Non seulement leur volume est de loin supérieur à celui de l’aide au développement, mais, de toutes les sources de financement extérieures destinées à la lutte contre la pauvreté, c’est, de l’avis d’experts onusiens, la plus efficace également.

Mais comme l’a si bien souligné SM le Roi, il y a justement une année de cela, la richesse immatérielle de la nation est encore plus importante que celle que l’on peut chiffrer et porter sur des comptes et statistiques. L’une des caractéristiques principales qui refaçonnent la structure socioculturelle de la communauté de cinq millions de Marocains qui vivent à l’étranger est l’amélioration du niveau d’instruction des nouvelles générations. Il ne faut pas se leurrer, bien sûr, les MRE ne sont pas majoritairement hautement diplômés ou professionnellement qualifiés, mais, la proportion de ces derniers est en augmentation dûment constatée. C’est donc, également, la promesse d’une hausse de transfert de connaissances et de savoir-faire, d’investissements plus tournés vers des activités à conséquente valeur ajoutée.

Cela suscite un profond sentiment de malaise de relever ce qui entrave d’aussi prometteuses perspectives. Des locaux consulaires mal entretenus, pour ne pas en dire plus, des procédures administratives kafkaïennes, des fonctionnaires qui maîtrisent mal ou ignorent complètement la langue du pays où ils exercent et dont le degré de politesse est « quelques fois » sujet à caution… Et dire que ce ne sont pas les jeunes MRE instruits, peinant à trouver emploi, qui font défaut. Non seulement ces derniers maîtrisent parfaitement les langues de leurs pays d’accueil mais mieux encore, ils peuvent aussi parler les dialectes régionaux les plus représentés au sein des communautés marocaines installées à l’étranger. Des esprits espiègles sont allés jusqu’à proposer de confier les tâches des consulats à ceux qui font de la promotion immobilière auprès des MRE, vu l’attention et la disponibilité dont ces derniers savent faire preuve…

Et il n’y a pas que les fonds en numéraire et les compétences acquises dans les développés pays d’accueil de la diaspora marocaine qui font d’elle une pièce maîtresse dans l’inventaire du Royaume. Par leur simple présence dans leurs pays d’accueil, ils forment une capacité de lobbying plutôt mal exploitée. Comme peuvent en témoigner nombre de vidéos postées sur Youtube, dès qu’il s’agit de soutenir une cause nationale ou de contrer la propagande séparatiste, des MRE, jeunes et moins jeunes, se mobilisent tous de leur propre chef pour se porter en défense de leur pays d’origine.

Ce qu’ils auraient souhaité comme geste symbolique à leur égard ? Juste que l’on se rappelle de leur existence pendant les fêtes nationales marocaines, que, parallèlement aux réceptions « huppées » organisées par les représentations consulaires du Royaume en ces occasions, auxquels ne sont conviés que quelques « élus », selon des critères que personne ne semble connaître, de plus vastes espaces soient réservés pour réunir le plus grand nombre de résidents marocains, de manière à entretenir fort le lien avec la mère-patrie.

Pour s’éviter les tracasseries administratives de la bureaucratie consulaire, qui ne leur rappellent que trop les mauvaises expériences similaires avec les administrations auparavant vécues dans le pays d’origine, quelques MRE ne font pas inscrire leurs enfants auprès des consulats du Royaume, leur laissant le choix de le faire ou pas quand ils seront adultes. Sachant pour quelles raisons leurs parents se sont abstenus de procéder à ces démarches, on se demande alors si ces enfants seront vraiment motivés pour s’y astreindre.

Il est temps de porter les consulats du Maroc à l’étranger au stade de la qualité de services minimum exigée, un investissement dont le coût est incontestablement insignifiant par rapport aux bénéfices escomptés.



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