Les responsables du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger suivent une ligne ambiguë, avec double langage défendant et signifiant une chose et son contraire. Ils soufflent le chaud et le froid. 

C'est ainsi que tout dernièrement, Abdellah Boussouf, secrétaire général du CCME a manifesté d'un côté des velléités d'ouverture institutionnelle, par le biais de deux propositions qui retiennent l’attention. Mais au même moment, il persiste et signe, dans son opposition viscérale à la pleine citoyenneté des MRE, en présentant un "nouvel " argumentaire contre la participation et la représentation politique des MRE au Maroc, que l'on considérera pour notre part comme irrecevable. Commençons d'abord par le sujet qui fâche, qu'il nous faut, au-delà des personnes, traiter avec franchise et transparence, sans fard ni formule diplomatique.

CC-ME : Cessez-Mentir !
Trop, c'est trop dirons-nous. Assez de l'attitude d'imposture de responsables du CCME. Assez des mensonges délibérés qu'ils profèrent, sous couvert d'analyse objective, scientifique, rigoureuse et honnête. Assez de la supercherie et des arguments fallacieux qu'ils présentent avec excès de zèle pour légitimer l'exclusion des citoyens marocains à l'étranger de l'effectivité de leurs droits constitutionnels par rapport au Maroc. Assez des considėrants qu'ils invoquent pour justifier la mise à l'écart des MRE à l'occasion du scrutin législatif qui vient d'avoir lieu, le 7 octobre 2016.

Assez de la tromperie pour déconsidérer, décrédibiliser et dévaloriser l'idée même de participation politique et de représentation parlementaire au Maroc des émigres marocains, considérée comme "surenchère politicienne " ou "simple slogan réducteur" . Assez de l'escroquerie intellectuelle pour justifier l'injustifiable et perpétuer un déni de droit manifeste à l'égard de quelques cinq millions de citoyens marocains résidant à l’étranger. Assez de la pratique du double langage , lorsqu'on fait tout en tant que président du CCME pour s'opposer à l'effectivité de la citoyenneté intégrale des MRE , qu'on ne présenta pas au Roi un avis consultatif sur la participation politique des MRE , et demander au gouvernement en tant que président du CNDH , de prévoir des solutions alternatives au vote des MRE , comme ceci a été fait lors de la présentation par Driss El Yazami le dimanche 9 octobre 2016 , du "Rapport préliminaire d'observation des élections législatives du 7 octobre 2016"

Un argument irrecevable
De notre point de vue, on ne peut que réagir avec force sur ce plan, au véritable mépris du secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine résidant à l'étranger à l'égard des citoyennes et des citoyens marocain(e)s établi(e)s à l’étranger, qui ressasse en l’affinant, l'argumentaire lié aux pseudo difficultés techniques et aux soi-disant problèmes techniques, logistiques et organisationnels pour tenir des élections législatives à l’extérieur, parmi les Marocains du Monde. Sa dernière trouvaille pour "démontrer" l'impossibilité de l'organisation de ces élections à l’étranger, par le biais des ambassades et des consulats marocains, dans le cadre de circonscriptions électorales législatives de l’étranger, a été présentée au milieu de la semaine qui s’achève.

Recevant en effet le 6 octobre 2016 une délégation d'élus franco-marocains du Cercle Eugène-Delacroix , venus à l'invitation du président du CNDH (et néanmoins toujours président du CCME) , participer à l'observation du scrutin législatif du 7 octobre 2014 , alors que les citoyens marocains à l'étranger ont été privés du droit de vote à partir de leur pays de résidence ( sauf par le biais de la procuration !), le SG du CCME , a tenté de justifier cette situation de déficit d'inclusion des Marocains de l'extérieur dans le développement politique et démocratique du Maroc .

Selon un compte rendu de cette rencontre, publié le 7 octobre 2016 sur le site officiel de ce Conseil et signé CCME, on relève cette recherche désespérée d'arguments pour conforter son plaidoyer anti-participationniste concernant les MRE. Citons le compte rendu :

" Dans son intervention, M. Boussouf a DÉMONTRÉ (!!!) que la participation politique des MDM est confrontée à des écueils d'ordre technique en entravant sa mise en œuvre : " les passages des candidats dans les médias sont contrôlés par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) pendant la campagne électorale au Maroc, comment pourrait-on contrôler les candidats à l'étranger ? Nous avons au Maroc une loi qui interdit tout discours politique dans les mosquées pendant la campagne, avons-nous le droit de contrôler les mosquées dans les pays d'accueil ? En cas de litige, quelle autorité doit intervenir ?".

De notre point de vue, s'il y'a un litige quelconque en matière électoral pour les MRE dans les pays d’immigration, ce sont toujours les institutions marocaines compétentes qui le règlent et non pas des institutions étrangères. Ainsi, pour les recours électoraux en justice, ceci se fait non pas après des juridictions française, belge ou néerlandaise, mais auprès des instances marocaines. En cas d'élections marocaines à l’étranger, il peut y avoir des commissions de recours installées dans les ambassades et consulats. Si on ne sait pas faire (ce qui n'est nullement le cas), on peut profiter de l'expérience d'autres pays qui organisent à l'étranger des élections législatives pour leur communauté expatriée respective : Tunisie, Algérie, France, Italie, etc...

Une opposition viscérale à la pleine citoyenneté des MRE
Cela dit , s'il faut respecter l'égalité de chance et de traitement des candidats MRE pendant la campagne électorale , rappelons que les responsables du CCME ont , en fait , mené durant près de neuf ans , des campagne électorales prématurées voire même continues , dans le cadre du lobby antiparticipationniste des MRE , en utilisant des arguments avariés : il n'existe pas de demande démocratique des MRE ; interdiction des pays de séjour d'organiser ce type d'élection sur leur territoire ; communautarisme et parasitage de l'intégration dans les pays d'accueil ; refus par ces pays de la double appartenance ; non-paiement par les MRE des impôts au Maroc etc...

On peut admettre que l'on se trompe par manque d’expérience, par insuffisance méthodologique ou erreur d’appréciation, à condition de le reconnaître, de rectifier le tir et / ou de relativiser un résultat. Par contre, il est inadmissible de pratiquer le mensonge, de tromper de manière voulue et délibérée pour arriver à une fin tracée d’avance, en l'occurrence ici l'exclusion politique des MRE.

En pratique, les responsables du CCME, qui ne veulent pas ou n'ont pas le courage politique d'avouer leur inspiration, se posent comme des milieux réfractaires, des poches de résistance et des opposants farouches à cette participation politique et représentation parlementaire des émigrés marocains. Tous leurs efforts ont été centrés dans cette optique contreproductive, en invoquant des raisons inconsistantes. En d'autres termes , au lieu que les dirigeants de cette institution nationale consultative orientent leurs efforts de ces dernières années sur l'éclosion de formules démocratiques pratiques , de mécanismes concrets d'inclusion citoyenne , ils ont tout fait au contraire et poursuivent toujours dans le même sens , pour que cette démarche constructive ne soit pas suivie , l'objectif étant de reporter toujours à plus tard la concrétisation de ces droits politiques par ce que "la situation n'est pas encré mûre" , voir même la non concrétisation de ces droits coûte que coûte .

Cette démarche est très dangereuse par ce qu'elle décrédibilise les institutions et instaure une défiance de plus en plus perceptible chez nos compatriotes vis à vis du Maroc. Responsables du CCME, assez de mentir ! Vivement l'opérationnalisation de l'article 163 de la Constitution rénovée de 2011 pour avoir enfin un CCME démocratique, élu au niveau de sa composante MRE, représentatif, transparent et efficient, conformément à la démarche tracée dans le discours royal du 6 novembre 2007, au moment de l'acceptation de l'avis consultatif de l'ex-CCDH concernant la mise en place de la première (et provisoire) mouture du CCME pour 4 ans.

Deux propositions qui retiennent l'attention
Durant la même rencontre avec des élus franco-marocains, à la veille d'une nouvelle configuration parlementaire au Maroc et partant, de la formation d'un nouveau gouvernement, Abdellah Boussouf, secrétaire général du CCME a fait deux propositions qui attirent l’attention.

1 - Bien que ceci n'ait pas été fait auparavant (sauf en faisant avec le président du CCME du lobbying contre la participation politique des MRE), la première proposition consiste en l'ouverture par le CCME sur la prochaine majorité parlementaire (et pourquoi pas l’opposition) pour formuler des propositions concernant le dossier multidimensionnel et d'intérêt stratégique national des MRE. En somme, être une "boîte à idées" pouvant aider les parlementaires à assumer convenablement leur mission avec le dossier MRE.

Cela dit, il faut rappeler que le CCME ne joue pas le rôle pour lequel il a été créé depuis 9 ans, à savoir être d'abord une institution consultative fournissant des avis consultatifs sur les diverses politiques publiques marocaines en direction des MRE. Relevons que jusqu'à présent, aucun avis consultatif, dans quelque domaine que ce soit, n'a été présenté par le CCME. Par ailleurs, visiblement, la "Boîte à idées MRE pour les MRE" lancée par l'émission "Arc En Ciel" de "Radio Pluriel", fait des émules chez ceux qui n'ont pas pris leur responsabilité au plan institutionnel...

2 - La seconde suggestion formulée par le S G du CCME, consiste à réitérer l'engagement du Conseil auprès de l’exécutif, à "produire le contenu scientifique sur la question de l'immigration à même de soutenir toute action gouvernementale envers les Marocains du Monde."

Rappelons cependant que le CCME a également, d'après le dahir l’instituant, une fonction prospective, notamment en présentant au Roi tous les deux ans, un rapport stratégique sur l’évolution, les enjeux et les défis en matière de MRE. Mais jusqu'à présent, aucun rapport stratégique n'a été présenté.

Au vu de la pratique et des politiques suivies par les responsables du CCME, les deux propositions rentrent plus dans le cadre d'une opération de "com". Elles ne constituent en fait que des velléités d'ouverture institutionnelle. Dès lors, lorsque le SG du CCME invite les décideurs gouvernementaux et les acteurs parlementaires à « profiter du savoir-faire cumulé par le Conseil depuis sa création il y a 9 ans », il faut à notre sens, prendre en considération les données précédentes.

Tout comme il nous paraît nécessaire d'établir un audit du CCME, à entreprendre par un organisme réellement indépendant, afin de dégager les réussites et atouts du Conseil, mais également ses limites, insuffisances, défaillances et dysfonctionnements structurels, sachant par exemple qu'en matière de gouvernance, le Conseil n'a pas tenu d'assemblée générale (annuelle selon le dahir) depuis juin 2008 !!! Cet état des lieux objectif serait très utile notamment lors du débat parlementaire à venir sur le projet de loi sur le CCME, non encore discuté en Conseil de gouvernement

Rabat, le 9 octobre 2016

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur en migration






0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top