Le vendredi 9 septembre 2016, à l'occasion du séminaire organisé à Rabat par le ministère chargé des Marocains résidant à l'étranger et des affaires de la migration sur le thème : " L'An 3 de la Politique Nationale d'Immigration et d'Asile : bilan et perspectives ", je ne pouvais pas prendre la parole dans le cadre du très peu de temps accordé au débat général, sans évoquer le fait très grave qui s'était produit trois jours avant à Bruxelles, en présence notamment de MM.Anis Birou, ministre chargé des MRE et des affaires de la migration, Sven Gatz, ministre flamand de la Culture, Samir Addahre, ambassadeur du Maroc en Belgique, Menouar Alem, ambassadeur du Maroc auprès de l'Union Européenne, dans le cadre d'une conférence-débat sur le vivre-ensemble et la non-violence ...

Une agression caractérisée
Il s'agit comme le montre clairement et de manière choquante une vidéo diffusée par "Al MouwatinTV", d'un fait insoutenable, à savoir l'agression caractérisée avec une violence physique inouïe perpétrée, à la demande des organisateurs de la rencontre, par le "service d'ordre" de "The Hôtel " (ex- Hilton de Bruxelles) qui a littéralement tabassé un intervenant septuagénaire MRE qui avait refusé de rendre le micro tant qu'il n'avait pas terminé de livrer sa plainte au ministre marocain, à propos d'une injustice le concernant en tant que MRE (spoliation de biens au Maroc par une banque), alors que les organisateurs considéraient qu'il était hors sujet...


Nous avons posé publiquement et directement la question au ministre témoin du fait scandaleux et insupportable pour connaître sa version de l'incident, savoir comment il a réagi à cette atteinte flagrante à l'intégrité physique et à la dignité d'un compatriote MRE en Belgique et s'il allait donner suite et comment à cette grave affaire.

Malheureusement et tout en précisant lors de notre prise de parole, que notre intervention n'était nullement une accusation personnelle du ministre mais une demande de clarification à propos d'une très grave affaire qui ne peut être passée sous silence, notre interpellation citoyenne sur ce point précis est restée sans réponse, la modératrice de la rencontre estimant par ailleurs que notre propos était hors sujet ... Or si la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc, a été initiée par Sa Majesté le Roi en septembre 2013, sur la base d'une démarche humaniste et de respect des droits de l'Homme, on ne peut nullement accepter que le gouvernement marocain applique ou accepte que soit infligé aux citoyens marocains établis à l'étranger un traitement inhumain, dégradant et humiliant.

Un silence gouvernemental assourdissant
En condamnant fermement cette pratique de violence, de hogra, de censure et d'autoritarisme digne des "années de plomb" à l'égard des citoyens MRE, nous regrettons vivement ce silence officiel. Par ailleurs, si des médias ont accompli leur travail objectivement, comme "Al MouwatinTV", "WakeUpInfo", "Yabiladi", "Dounia News", "Anfaspress","Espace MRE","Oujdacity", "Radio Pluriel" "La Vigie Marocaine" (avec une émission spéciale d"Arc En Ciel") et une radio émettant à partir de Copenhague (animée par le militant associatif Himri Elbachir), les journaux "Libération" et "Al Alam" au Maroc, par contre, dans une démarche complaisante, "MRE 24" défend l'indéfendable.

De même, nous déplorons le traitement médiatique opéré par MAP-Bruxelles, qui a totalement ignoré cette violation flagrante des droits de l'Homme. Il en est de même de la couverture de la rencontre assurée par un journaliste venant de Rabat pour un site en arabe, qui a par ailleurs publié tout dernièrement (et continue de le faire) une série de déclarations marketing et d'articles plutôt publicitaires concernant le ministère chargé des MRE et des affaires de la migration. Une manière déguisée de faire, avec les moyens financiers de l'Etat, de la propagande électorale gouvernementale anticipée ...

A ce stade, relevons ce constat du militant Abdeslam Sarie (Bruxelles) paru dans l'éditorial de "Dounia News" du 11 septembre 2016 : "Cet incident mérite qu'on s'y attarde un peu, qu'on en discute entre nous et qu'on réagisse. Il est révélateur du comportement insolent en ce qui nous concerne (MRE). Nous n'avons pas le droit de voter et maintenant, nous n'aurons plus le droit de défendre nos intérêts. Birou a déjà dit auparavant : "c'est impossible pour les MRE de participer aux élections législatives. Demain il dira : "il sera impossible aux MRE de s'exprimer librement au Maroc et ailleurs et de défendre leurs intérêts" (fin de citation).

En tant qu'analyste de la scène migratoire marocaine et citoyen marocain militant pour les droits des migrants ici et là-bas, notre solidarité agissante va à notre compatriote Larabi Amzour, en espérant que son dossier arrive en haut lieu, afin que justice lui soir rendue.

Cet incident qui porte par ailleurs atteinte à l'image du Maroc à l'extérieur, pousse à la nécessité de revoir le travail des consulats et des diverses institutions nationales chargées du dossier des MRE, qui très souvent, ne donnent pas suite aux requêtes de nos concitoyens vivant à l'étranger.

En attendant, une plainte a été déposée en Belgique par la victime brutalisée, au motif de "non-assistance à personne en danger" et "utilisation de violence envers une personne non armée ". Les parties visées spécifiquement dans la plainte sont les organisateurs de la rencontre, l'ambassadeur du Maroc, les deux vigiles, les deux ministres : le Marocain Anis Birou et le Belge Sven Gatz. Par ailleurs, un sit-in de protestation est prévu le 16 septembre 2016 par plusieurs ONGs de Marocains en Belgique devant le siège de l'ambassade du Maroc à Bruxelles.

Par Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat , chercheur en migration
Paru dans "L'OPINION" du 15 septembre 2016












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