La nuit du 25 octobre, Une barque occupée par une cinquantaine de clandestins a chaviré au large des côtes espagnoles, à cinq cents mètres du port de Cadix. Tous noyés. La Guardia civile a attendu une heure avant d’intervenir, quelqu’un a même dit : « ils n’ont pas appelé au secours ». 

Ce ne sont pas des naufragés, mais des clandestins. Attente criminelle qui a causé la mort d’au moins 36 personnes. Les autres sont portées disparues. La mer les rendra un matin où un soleil luisant fera briller des peaux gonflées par le sel.

Aux corps décomposés que la mer cruelle a jetés a manqué l’homme, celui qu’on croyait humain, celui qui pouvait se dire et si c’était moi ce corps écorché, mangé par le sel et des bêtes marines, rouillé de l’intérieur, rongé par la détresse et envoyé à la mort comme dans un tour de loterie, comme un oiseau de mauvais présage, comme un destin dont personne ne veut.

Ces corps qui ne ressemblent plus à des hommes sont à présent des images que les écrans de télévision exposent pour l’exemple.

Aux corps anonymes brouillés avec la chance, pris par la nuit puis abandonnés par le jour, aucune main ne s’est tendue, aucun regard ne s’est posé sur l’horizon peuplé d’ombres, aucune voix ne s’est levée pour faire rougir la clémence du ciel, aucune étoile n’a pali de honte en éclairant le sable où les noyés ont rendu l’âme.

La Guardia Civile a pris son temps –soixante longues minutes-- avant d’intervenir. Trop tard. Plus rien à faire. Non assistance à personnes en danger. Au même moment, à El Ejido, le racisme anti-mauro s’est de nouveau répandu ; comme en février 2000, avec des barres de fer on chasse l’Arabe.

Aux corps anonymes il faut rendre le nom, le prénom et le visage. Ils ont été des enfants et des hommes avant d’accéder au statut de noyés. Ils ont vécu, ri, désespéré puis tout misé sur une barque de sept mètres de long et un vent de 65 km/heure.

Le Maroc a été humilié par ces images montrées et remontrées jusqu’à la nausée. Le roi a réagi avec fermeté. Il faut arrêter les passeurs, mettre fin à la mafia des exploiteurs du désespoir. Surveillance accrue des frontières. Recherches des marchands de mort.

Aux corps dont l’impatience a réveillé le vent, la mort a ouvert les portes de toutes les maisons, a sonné l’appel de l’éternel retour comme si la mer avait besoin de se peupler de noyés, de les couvrir de ses algues, de les défigurer à dessein avant de les donner aux vivants pour qu’ils les mettent sous terre attendant le prochain arrivage.

Objectif : plus personne n’enjambera la mer du détroit de Gibraltar pour aller mourir sur le sable espagnol. Basta ! Alors il faut que plus personne n’ait le désir de quitter son pays. Européens, « frères humains », venez investir dans ces terres qui ne retiennent plus ses fils. Que le rêve fabriqué de mensonges tombe dans l’oubli.

Aux visages dont les yeux ont été mangés par des oiseaux, il faut ajouter d’autres visages et deviner le sourire et la vie. Ces mains crispées sont des traces de combat inégal, combat contre la nuit d’une mer démontée, secouée par la colère des ténèbres. Pendant ce temps-là, des agents de la Guardia Civile attendaient qu’un clandestin devienne un naufragé, quelqu’un digne d’être secouru.

Ces corps mutilés par l’attente ont une présence luisante pour nous rappeler la nuit définitive.

Il s’agit d’hémorragie humaine déposée au seuil d’un rêve têtu, une erreur poussée par excès d’espoir. Morts sans sépultures, défaits par le malheur, la terre qui n’a pas su les retenir les attend. Basta !









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