Pendant des années, le Maroc a constitué le point de passage privilégié pour les migrants en transit vers l’Espagne puis le reste de l’Union européenne.

Le système intégré de vigilance extérieure (SIVE) mis en place le long des côtes espagnoles, incluant des patrouilles mixtes hispano-marocaines, et le renforcement des protections autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au nord du Maroc (avec des murs de six mètres), qui rendent plus difficile l’accès à l’Europe, ont depuis 2003-2004 arrêté provisoirement une population de migrants principalement subsahariens en attente de l’opportunité de passer. Entre le mois d’août et octobre 2005, près d’une vingtaine de personnes ont trouvé la mort, à la suite de la répression exercée par les policiers marocains qui tentaient d’empêcher un groupe de plusieurs centaines de migrants de franchir les murs. Dans les jours qui ont suivi, rafles et déportations de centaines de personnes ont été organisées, soit vers leurs pays d’origine, soit vers la frontière sud du pays.


L’Union Européenne n’attendait que ça pour justifier un plan que depuis beaucoup des année était en chantier : sous-traiter le contrôle de l’immigration au voisin Maroc, partenaire privilège pour sa position géographique et pour sa collaboration à l’espace Méditerranée.

Concrètement ce qui était demandé au Maroc a été la participation à la sécurisation des frontières, pour empêcher leur franchissement illégal, de la part migrants qui depuis des mois se cachaient dans les forets au tour des enclaves espagnoles au Maroc en attente de joindre l’Europe, dont beaucoup de potentiels demandeurs d’asile.Le Maroc devient donc le premier réel laboratoire de l’externalisation imposée par l’Union Européenne.

Même si semblait sorti ad hoc pour la situation d’émergence des enclaves celui de l’externalisation est un projet que l’Union Européenne essaye de faire passer depuis des années et les événements d’octobre 2005 ont été que l’occasion pour, enfin, plier le Maroc à l’acceptation. L’idée est donc celle de bloquer les migrants et les demandeurs d’asile avant qu’ils rejoignent le territoire européen et de donner en gestion soit l’analyse des demandes d’asile que les procédures d’accueil ou expulsions aux pays de première frontière extérieure de l’Europe. Peu importe si ce pays, comme la Libye, pratiquent la torture, ou, comme dans le cas du Maroc et l’Ukraine, ne respectent pas les droits humains, ce qui s’est fondamental est le fait qu’ils se trouvent en une position géographique stratégique.

La méthode que l’Union Européenne adopte pour faire passer la pilule de l’externalisation est celle du cadre de relation de la PEV (politique européenne de voisinage), et, pour les pays de la rive sud, le processus de Barcelone est le passage obligé pour intégrer la politique de voisinage. Dans la pratique la PEV permet de mettre en place un système de cogestion des frontières La PEV est mise en œuvre de manière différenciée selon le pays voisin concerné, à travers des « plans d’action » qui prévoient les actions à accomplir à court et à moyen terme en fonction des priorités définies pour chaque État partenaire.

Le Maroc signe le Plan Action avec l’UE dans le cadre de la PEV en décembre 2004, bien avant que des corps de migrants soient retrouvés à la frontière, ce que nous fait comprendre que ce corps ont été seule l’excuse pour l’application effective et réelle de ce Plan. Plus de la moitié des mesures arrêtées par le plan d’action « Maroc » sont concentrés sur la répression ou sur la simple prévention de l’immigration clandestine, montrant ainsi une orientation sécuritaire manifeste.Ce Plan Action met en joue le système de la carotte et du bâton, en échange du verrouillage des frontières, l’UE essaye d’acheter le Maroc à travers des propositions économiques, d’implantation d’entreprises capables d’être hautement compétitives, notamment en perspective de la libéralisation des marchés dans l’espace méditerranéen. En échange de la répression des migrants, l’Union Européenne promet au Maroc d’être son partenaire et interlocutoire privilégié au Maghreb.
Mais comme prévisible, l’UE, ne se limite pas à des promesses théoriques de collaboration et pour aller jusqu’au fond de son joue et dans le cadre des fonds MEDA promet au Maroc une participation financière en vue du développement économique du pays en échange d’une pro- mise de devenir le gendarme de l’Europe.

L’Union Européenne n’ont pas eu honte d’échanger les vies et les des- tins des migrants en route avec l’Europe avec de l’argent : la gestion de l’immigration, à travers trois projets, a été estimée à une enveloppe globale de 115 millions d’euros, se décomposant comme suivent : provinces du nord (70 Millions), circulation des personnes (5 Millions), contrôle frontalier (40 Millions).

Mais qu’est il est concrètement demandé en échange de ces faveurs au Maroc ???

La première preuve est celle de la signature des Accords de Réadmission, qui font l’objet de longues négociations qui voient un Maroc déterminé à faire peser sa voix et à ne pas tout accepter de suite. Il ne faut pas oublier que dans cette dynamique de répression des migrants en transit sur son territoire, le Maroc tourne le dos à ses alliés historiques, les pays africains, pour devenir le Gendarme de l’Europe Forteresse.La signature des accords de réadmissions a pour but « d’établir des procès dures rapides et efficaces d’identification et de renvoi des personnes qui ne remplissent pas, ou ne remplissent plus les conditions d’entrée, de présence ou de séjour sur les territoires du Maroc ou l’un des États membres de l’Union européenne et faciliter le transit de ces personnes dans un esprit de coopération » Ce qui est recherché, c’est la célérité et l’efficacité de la réadmission des nationaux marocains aussi bien pour ceux entrés illégalement, que pour les personnes qui ne répondent plus aux critères fixés par la législation en cours concernant le séjour dans les pays européens d’immigration.

Par ailleurs, le renforcement des contrôles déjà effectués par l’Europe voisine et l’ouverture de négociations pour la signature de l’accord de réadmission UE/Maroc laissent présager une augmentation du nombre de migrants présents sur le territoire marocain, soit du fait de la difficulté à rejoindre l’Europe, soit du fait de l’augmentation des réadmissions. Face à cette éventualité, le Maroc a été “invité” à adopter, ce qu’il semble avoir fait d’ailleurs, une stratégie de militarisation pure et simple des frontières et de renforcement des instruments, et des pratiques d’éloignement. S’il est donc exact que la nouvelle législation réponde à des nécessités d’origine européen, il est également vrai que ces nécessités sont toujours plus partagées - de force - par le Maroc. Le renforcement des contrôles aux frontières exigé des pays du Maghreb, facilité par des instruments appropriés de coopération technique et financière, se traduit par une augmentation du pouvoir discrétionnaire et décisionnel des forces de police, et en général, de l’appareil répressif de ces pays, auquel les nouvelles législations confient un rôle de premier ordre.

La dernière étape du système de militarisation a été finalisée en mars 2006 quand la subdélégation du gouvernement espagnol à Melilla a officiellement présenté le projet de construction de la nouvelle frontière qui sépare l’Espagne du Maroc et qui empêche aux migrants de franchir la limite des deux états.

Le nouveau système de contrôle permet, selon les mots de José Fernandez Chacon, subdélégué au Gouvernement, de retardé d’au moins 15 minutes l’entrées des migrants. Cette nouvelle barrière entre les deux frontières suivra le 9, 9 Km de périmètre de la frontière et se développera de Aguadù jusqu’à la zone sud de la ville. La trame de câbles qui intégrera la frontière aura une longueur de 1.200 km et serait prête pour le mois de juin prochain. Mais les câbles sont seulement un des éléments desquels sera douée cette frontière. Avec le nouveau système mis en marche les migrantes qui essayent sauter la frontière se trouveront en face à un réseau de câbles incliné de 10 degré vers le Maroc qui leurs empêchera d’appuyer les escaliers de bois, qui ont toujours utilisé pour leurs « escalades ».

Si le migrant arrive à passer ce premier obstacle tombera directement en le réseau de câbles qui se tendront avec le pois de la personne pour l’immobiliser. A ça s’ajoute un système d’alarme qui s’active quand quelqu’un touche la frontière et un système d’eau à pression avec du piment pour empêcher la vue de qui tombe en ce piège. Au moment qui parte l’alarme, très sensible à tout type de contact, s’allument de lumières très puissant qui sont positionnées chaque 125 mètres du périmètres pour rendre aveugles les migrantes qui ont déjà les pupilles dilatés par l’obscurité de la nuit. A tous ces systèmes s’ajouteront des radars positionnés sur les tours de contrôle présents en tout le périmètre et qui permettront à la Guardia Civile de détecter des possibles approches jusqu’à deux kilomètres de distance à l’intérieur du territoire marocaine.

Les effets de ces longues négociations entre l’UE et le Maroc tombent directement sur la vie des migrants, bloqués pendant des années en conditions d’extrême précarité et violence aux portes de l’Europe. Le système de militarisation et contrôle bloque l’accès en Europe via les enclaves et rouvre des autres vies, beaucoup plus longues et dangereuses, comme celle qui du Sénégal mène aux Canaries.Les effets des négocia- tions se lisent dans les yeux des réfugiés au Maroc, victimes des rafles continues dans les quartiers de Rabat et prive de tout type de protection dans un pays où l’HCR n’a aucun pouvoir vis-à-vis de l’État.

Les mêmes effets se lisent aussi dans le bulletin de guerre des morts aux frontières de l’Europe, qui seulement en 2007 ont été 1861 ceux dont les corps ont été retrouvés et des centaines les dispersés.

(source : http://fortresseurope.blogspot.com/...)




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