Pour les manifestants, le vote par procuration est la porte ouverte à toutes les falsifications. Ils ne comprennent pas aussi pourquoi les autorités consulaires ne peuvent mettre en place des bureaux de vote comme le font la Tunisie et l’Egypte (Ph. M. M.)

A quelques jours des législatives du 25 novembre, les MRE pourront-ils renverser la vapeur pour qu’enfin des bureaux de vote soient installés dans les pays d’accueil ? 

En tout cas, nos ressortissants à l’étranger étaient nombreux ce 13 novembre à braver le froid parisien sur le parvis des Droits de l’homme, place du Trocadéro. Objectif: manifester en masse et se faire entendre afin que le droit de vote «par procuration» (conséquence directe de l’inexistence de bureaux de vote pour MRE dans les pays d’accueil) soit supprimé. 

Cette gronde de la diaspora, menée de front par des représentants de la communauté marocaine dans toute l’Europe, a largement été relayée par les médias français et soutenue par plusieurs syndicats de l’Hexagone. 
Et pour cause, le processus de vote prévu pour eux relève beaucoup plus du parcours du combattant que du simple accomplissement d’un devoir citoyen. L’article 72 de la nouvelle Constitution marocaine ne prévoit pas de bureaux de vote à l’étranger pour les MRE. De fait, ces derniers sont tenus de remplir des formulaires disponibles aux consulats et ambassades du Maroc dans le monde, afin de pouvoir voter par procuration au prochain scrutin législatif. 

«Par procuration» veut dire qu’ils doivent désigner un délégataire qui procédera au vote à leur place au Maroc. Une situation jugée intolérable par nos électeurs à l’étranger. «Rien que le fait de voter par procuration, j’ai l’impression d’entrer dans la catégorie des majeurs incapables qui ont besoin de l’aval d’un tuteur pour prendre une décision. Je veux bien imaginer que le vote par procuration soit appliqué pour une poignée de ressortissants marocains perdus en Sibérie, mais pas dans des pays comme la France où les représentations consulaires sont nombreuses et comptent des milliers de MRE inscrits sur leurs fichiers», affirme Bouchaib Tnihi, manifestant et président d’une association en France.

Mais ce n’est pas tout: le système de la procuration est également dénoncé comme la porte ouverte aux falsifications de votes tous azimuts. «Aucune garantie assurant le respect du choix politique du procurateur par son délégataire résidant au Maroc n’est apportée au cas où leurs positions politiques seraient divergentes», affirme Hamid Elkhiati, secrétaire général de l’Union de l’initiative syndicale libre.

Enfin l’autre difficulté pour les MRE, et non des moindres, c’est comment réussir à joindre leurs délégataires dans les délais impartis de vote prévus par la loi organique et qui sont de 15 jours? «Même une lettre recommandée envoyée par voie postale peut mettre du temps à parvenir au délégataire sur place au Maroc», explique Elkhiati. Et d’ajouter que «cette exclusion par le vote ne saurait durer pour des MRE qui représentent quand même 8% de la population marocaine et participent activement à l’économie du pays via les transferts d’argent, le tourisme, etc. D’ailleurs, des pays l’ont compris, comme l’Egypte et la Tunisie. Ils ont instauré un réel droit de vote de leur diaspora avec des bureaux mis à leur disposition, alors pourquoi pas le Maroc?»

Une coalition de MRE a tout récemment déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle marocaine. Le motif de leur grief porte sur l’article 72 de la nouvelle loi. Cependant, à quelques jours de la tenue du scrutin sur les législatives, il s’avère difficile de réviser les lois électorales.

Pour rappel, lors du référendum constitutionnel du 1er juillet dernier, les MRE ont eu le droit de voter pendant trois jours dans les aéroports, les consulats, les ports et même sur les autoroutes. Un exemple qui gagnerait à être reproduit pour les législatives.




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