A Rabat, la diaspora marocaine s'est comme allongée sur le divan pour tout remettre à plat, et surtout les compteurs à zéro.

Dans un espace voulu cadre de démocratie et expression des divergences, ils sont venus de partout, d'Europe, du Monde arabe, d'Afrique, des Amériques, ces activistes des associations démocratiques représentatives des Marocains de l'étranger pour participer à "Almonadara" dont les travaux se sont achevés dimanche 10 décembre.

De séances plénières en ateliers, ce sont toutes les attentes, les paris mais aussi les maux de ces Marocains, la tête à l'étranger et le coeur au pays, qui ont été débattus, exposés, décortiqués. En filigrane, d'un bout à l'autre de cette rencontre de trois jours, c'est la même revendication qui a plané sur les travaux, celle d'une véritable citoyenneté ici et là-bas. Au-delà de l'expression des doléances -quart d'heure incontournable- les objectifs de ce débat transnational sur l'immigration marocaine sont clairement assumés.

"Nous appelons à l'ouverture d'un débat national sur l'immigration marocaine impliquant les immigrés et les acteurs de la société civile ainsi que les autorités marocaines. De même nous visons à interpeller par notre démarche le gouvernement marocain sur les orientations stratégiques de la nouvelle politique migratoire. Enfin, il nous est apparu essentiel d'analyser les attentes qui sont les nôtres par rapport au Conseil supérieur de la communauté marocaine à l'étranger ainsi que la possibilité d'étendre le droit d'éligibilité aux résidents marocains à l'étranger", explique l'un des organisateurs d'Almonadara.

Rien n'a été occulté. Ni la marginalisation de ces Marocains d'ailleurs, ni l'absence de mise à niveau de consulats toujours abonnés à l'ancienne ère, ni ces amicales de sinistre mémoire qui ont la vie dure, exactement comme certaines mentalités rétives.

Dimanche, Almonadara qu'organisent conjointement le collectif du même nom, le Réseau marocain Euro-Med des ONG et le conseil consultatif des droits de l'Homme (chargé désormais par le Souverain de mener une réflexion sur la création du Conseil supérieur de la migration) a interpellé le gouvernement dans une très inédite séance de questions-réponses. Ministres et représentants de ministres se sont de bonne grâce prêtés au jeu, sans éluder le moindre questionnement, répondant à toutes les interrogations, y compris celles qui dérangent. "Nous devons tous vivre Almonadara comme le début d'un processus basé sur le retour de confiance avec la poursuite du dialogue et des relations nouvelles construites sur un respect mutuel", avait prévenu le coordinateur de la plateforme des ONG marocaines, Abdelmakssoud Rachdi, en prélude au débat gouvernement-communauté marocaine à l'étranger.

"La question des résidents marocains à l'étranger est éparpillée à travers ministères, fondations, institutions. Aujourd'hui, le Conseil consultatif des droits de l'Homme est venu s'ajouter à cette cacophonie. Quel est notre interlocuteur face à toutes ces institutions autonomes les unes des autres alors qu'elles devraient être chapautées par un seul ministère ?", s'interroge avec force un membre de la diaspora marocaine. Les témoignages d'une politique souvent kafkaïenne à l'adresse de ces Marocains d'ailleurs se sont succédé comme pour mieux faire entendre l'indifférence des pouvoirs publics devant des situations de non-droit.

"Les autorités marocaines lisent-elles vraiment les conventions bilatérales? Prenez l'exemple de celle de 1963 qui favorise le regroupement familial. Sarkozy l'a complètement remise en cause. Elle n'est plus du tout appliquée dans le plus grand silence de Rabat. Et Sarkozy est reçu ici avec les honneurs", s'indigne un représentant d'association de Marocains établis à l'étranger. "Après la répression, c'est aujourd'hui l'indifférence. On a le sentiment qu'on nous dit : on veut votre argentet vos cerveaux et peu nous importe le reste", réplique un fils de la diaspora marocaine, venu participer aux travaux d'Almonadara.

Seul ministre à la tribune, avant l'arrivée discrète et tardive de Taïeb Fassi, le ministre délégué aux Affaires étrangères, Nouzha Chekrouni, la ministre déléguée en charge des résidents marocains à l'étranger, a répondu inlassablement à toutes les interrogations. Avec la foi du charbonnier et la sincérité d'une militante. La construction démocratique commence à peine au Maroc et elle ne saurait se faire sans l'ensemble des Marocains, y compris ceux qui ont fait le choix de vivre sous d'autres cieux, a-t-elle expliqué en substance. Le Maroc change, le Maroc nouveau prend ses quartiers et la mise à niveau des consulats marocains a commencé.

"Un plan quinquennal 2005-2010 a été mis en place pour la mise à niveau de ces consulats dans le sens de la démocratisation et la modernisation. De même, une actualisation des listes des Marocains à l'étranger a été lancée", a annoncé la ministre usfpéiste avant de réitérer une conviction profonde selon laquelle l'exercice de la citoyenneté ne peut se faire qu'à travers la participation politique. "Une telle participation se prépare. Il ne s'agit en aucun d'en bâcler les instruments", a-t-elle averti.

Narjis Rerhaye








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