Le soir du mardi 19 juillet, Adama Traoré, jeune français de 24 ans vivant à Beaumont sur Oise est interpellé par la gendarmerie. Il ne reverra jamais sa famille. Il décède quelques temps après son interpellation, dans des circonstances qui restent encore à élucider.

Au cœur de l’été, la France a de nouveau été frappée par la violence et l’horreur du terrorisme. Sur la promenade des Anglais à Nice, plus de 80 personnes sont mortes, du fait de la folie et du fanatisme. Un autre évènement est venu perturber cette période estivale mais moins « spectaculaire » il a suscité moins de lumière de la part de nos médias.

Dans cette période post-attentat de Nice et dans la torpeur de l’été, la mort d’Adama n’apparaît dans les médias français que comme un fait divers. Je gage même que s’il n’y avait pas eu d’expression de colère dans les quartiers populaires, certains médias n’en n’auraient même pas parlé ! Rares sont également les responsables politiques à s’être exprimer sur le sujet, trop occupés par le concours Lépine de la surenchère sécuritaire pour contrer la menace terroriste de DAECH.


Heureusement sur les réseaux sociaux, la colère et l’indignation montent et la mobilisation prend forme. Une marche blanche a ainsi réuni plusieurs centaines de personnes à Beaumont sur Oise et des artistes de renom, comme l’acteur Omar Sy ; de même les rappeurs Kery James et Youssoupha ont également témoigné de leur solidarité à la famille. A l’instar du mouvement né aux U.S.A, un collectif « Black Lives Matter France » s’est également constitué. Car le doute est là, en nous. Nous doutons de la version officielle et nous réclamons justice pour Adama !

Pourquoi n’arrivons-nous pas à croire ce que nous raconte le Procureur de la République ? Haut magistrat de la République, il représente pourtant l’ordre, la loi et sa tâche principale est de protéger la société et ses citoyen-ne-s. Tous ses citoyen-ne-s. En effet, l’article premier de notre Constitution stipule que la République « assure l‘égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Sa mission est donc de NOUS protéger. Malheureusement, nous n’arrivons pas à le croire car la confiance est rompue depuis longtemps avec notre institution judiciaire.

Les « bavures policières » avec leur cortège de morts se sont succédé ces dernières années. Le plus souvent les victimes sont « noires » et « arabes ». C’est un fait, pas une opinion. Parfois, cette violence touche même les militants politiques comme le jeune Rémi Fraisse mort pour s’être opposé à la construction du barrage de Sivens en octobre 2014.

Nous n’avons plus confiance car dans l’écrasante majorité de ces cas, la justice n’a pas été rendue. D’acquittements, en non-lieu, la justice n’est pas passée et les auteurs de ses violences n’ont jamais été punis ou sanctionnés. Cette réalité participe de cette fracture dans la société française.

En premier lieu, nous devons bien sûr nous mobiliser en soutien de la famille d’Adama pour obtenir de l’Etat et des autorités judiciaires que toute la lumière soit faite sur ce drame. Nous devons ensuite nous engager selon nos capacités et nos moyens. Politiquement, pour les élu-es et militants comme moi. Parce que la réponse à apporter au problème des violences policière n’est pas que judiciaire, il est avant tout politique. Financièrement ensuite car un procès coute cher malheureusement et j’espère qu’un comité de soutien à la famille sera rapidement monté. Moralement enfin, en interpellant comme simples citoyens ses élu-es locaux et nationaux à se sujet. Nous ne pouvons pas rester passifs quand la jeunesse de notre pays est fauchée de la sorte.

Si des responsabilités sont engagées, elles doivent être officiellement reconnues. Si des erreurs ont été commises, elles doivent être sévèrement sanctionnées. La justice doit enfin passer dans une affaire de violence policière. Nous devons mettre fin à l’impunité coupable dont bénéficient trop souvent nos agents des forces de l’ordre, au nom d’une solidarité de corps et d’intérêt.

Ce drame nous invite en outre à dénoncer le mode d’action de nos forces de police et de gendarmerie, autorisées à un usage « préventif de la violence » au moment des interpellations afin de se prémunir des réactions potentiellement violentes des futurs interpellés. Les méthodes d’étranglement et de contention telles qu’elles sont aujourd’hui préconisées par « pression » sur le prévenu doivent être formellement interdites et ne peuvent en aucun cas être systématiquement appliquées.

Nos policiers et gendarmes exercent des missions difficiles et complexes et il ne s’agit pas de les stigmatiser individuellement. Ils ne sont pas responsables des lois et des règles qui régissent leur action et ils ne peuvent pas être les seuls à porter le chapeau dans cette affaire C’est le système policier et politique français qui produit cette violence et ces excès. Il est temps d’y mettre un terme.

Nous avons besoin d’une police. Une police qui soit appréciée et respectée par sa population car sa mission est de nous protéger et cette mission est essentielle à la vie en société. Lorsque notre Police se retourne contre une partie de notre société, nous devons - dans l’intérêt même de notre Police - le dénoncer publiquement. Nous devons rétablir la confiance.

Au cœur de l’été, dans ce contexte d’état d’urgence et de menace terroriste, le sort d’Adama ne suscitera surement que l’indifférence des dirigeants politiques français. Mais cela ne doit être ni une fatalité ni la cause de notre renoncement à nous engager. La justice doit passer pour Adama et pour tous les autres avant lui ! Pour que nos jeunes ne soient plus obligés de courir à la vue d’une voiture de Police, nous devons obtenir la vérité. Est-ce une demande excessive ?

#JusticePourAdama
Source : mediapart.fr






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