Frankfurt am Main est certainement une ville moderne. Ce qui relève du passé est soit aménagé pour servir la mémoire et l’esthétique ou détruit pour laisser la place à des bâtiments conçus à la gloire de la finance et du commerce. 

De la gare centrale où se trouvent encadrés les réfugiés syriens à la place Willy Brandt où la sculpture de l’euro trône sur 14 mètres de hauteur, tout le système se déroule sous les yeux des passants.

L’afflux des réfugiés et le traitement qui leur a été réservé par la chancelière Merkel, les négociations menées entre l’Union européenne et la Turquie à ce propos alimentent les discussions préélectorales. La CDU semble bousculée alors que le SPD n’arrive pas à convaincre, faute de leader charismatique national.

Ce ressentiment envers les migrants n’est pas vécu en tant que tel par la communauté marocaine. Les actes islamophobes semblent restreints et circonscrits. La pratique du culte est sous surveillance électronique mais sans aucune restriction pour les associations culturelles organisées dans ce but. Le ramassage des fonds est permis pour qu’elles puissent acquérir le terrain et bâtir des complexes où la mosquée se trouve associée aux écoles et au commerce des produits halal. Seule l’immolation du mouton lors de la fête du sacrifice, l’Aïd El Kabir, souffre d’une interdiction où la souffrance animale l’emporte sur le respect de la pratique religieuse.

Au quotidien, la société allemande semble être beaucoup plus intégratrice que la société française. La maitrise de la langue de Goethe ne semble pas être une difficulté autant que le port du voile, rare mais présent. En plein centre de Francfort-sur-le-Main on peut manger une bissara, un tajine ou simplement déguster un thé vert à la menthe. Une reconnaissance de l’origine nationale ne semble pas pousser au communautarisme, même si parallèlement à la KaiserStraße, les magasins et les librairies sont tenus à l’évidence par des turcs.

La pratique de la devise de l’état allemand, «Dans l’unité et le droit et la liberté», semble avoir effacé aussi bien les conséquences de la division du territoire allemand et de sa réunification qu’assurer l’homogénéisation, au moins dans le comportement, de l’ensemble de sa population actuelle.

Tout ce monde profite des allées piétonnières aménagées au pied des tours et séparant les églises et les anciens bâtiments repris dans leur architecture dans le respect du passé historique. Les anciennes statues magnifient aussi bien le glaive, le commerce que le livre; alors que les muses font couler le breuvage d’amphores penchées à cet effet. L’apparition du soleil dans le ciel souvent pluvieux donne à la rue sa multitude. Comme pour célébrer l’origine de la construction de la ville suite à une éclaircie ayant permis de trouver un gué pour traverser le cours d’eau, les corps se laissent envahir par la chaleur solaire comme par une bénédiction divine.

Autant l’obésité que le tatouage multicolore et pictural ne semble susciter la surprise. Chacun(e) usant de sa liberté et fait que l’autre n’en soit pas gêné. Les gens sont partout affairés. Le fastfood est pratiqué comme une nécessité alors que les sex-shops œuvrent dans la discrétion. La culture est partout, dans les annonces, les musées ou dans la rue.

Puissance économique, la ville a sa forêt urbaine et ses villes satellites. C’est dans ces quartiers où le souvenir ramène l’installation des premiers migrants marocains dont la descendance, celle des Hammouchi et des Rafoud, se comporte en véritables ambassadeurs, quoique non officiels, du Maroc auprès de la société allemande.

Ces compatriotes apprécient à leur juste valeur les reformes entreprises dans la mère patrie et souhaitent que la couverture sociale, celle concernant les retraites et la santé, s’élargisse à toutes les Marocaines et à tous les Marocains; et qu’elle soit reconnue entre les deux états, l’Allemagne et le Maroc. A l’instar des conventions signées entre ce pays d’accueil et la Turquie et la Tunisie, le Maroc devrait s’engager dans une protection sociale bilatérale de ces ressortissants pour leur éviter tout risque ou éventualité sociale. Eux et elles qui ont contribué à l’essor économique des deux pays et qui persistent à le faire. Dans l’attente de participer effectivement à la vie politique du pays comme le stipule clairement la constitution de 2011 …








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