Les enseignants de la langue arabe et de la culture marocaine en Europe, obligés de quémander leur nourriture aux œuvres charitables chrétiennes et musulmanes européennes, alors que La Fondation Hassan II pour les M.R.E leur doit des millions.

Dès sa création, La Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger s’est accaparée du dossier « enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine à l’étranger » pour en faire une devanture culturelle, car quel meilleur moyen pour asseoir sa crédibilité, au sein de la communauté marocaine à l’étranger, que cette branche formatrice de l’identité culturelle et cultuelle marocaine.

Aujourd’hui, après 19 ans de gestion, le dossier « enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine à l’étranger » semble si mal géré par La Fondation que plaintes et récriminations fusent de partout. Les enseignants originaires du Ministère de l’Enseignement, divisés en détachés et mis à disposition, se considèrent traités selon le principe de deux poids, deux mesures. Ils font le même travail et sont rémunérés sur deux bases différentes. Les uns profitent de la promotion et du paiement de leurs salaires suivant les règles en vigueur au sein de l’administration marocaine, les autres en sont privés depuis 1998.

Cependant, les plus lésés restent les enseignants contractuels, issus du Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, ils n’ont pas été promus au grade et à l’échelle administratifs selon le même barème et ce, bien qu’ils aient intégré le marché du travail en même temps, dans les mêmes conditions et avec les mêmes compétences. Plus invraisemblable, alors qu’ils étaient rétribués selon les normes établies par les Ministères des Finances et des Affaires Étrangères, à l’instar de tous les fonctionnaires marocains à l’étranger, ils se sont vus payés selon une méthode inique, faisant fi de tous les textes réglementaires et juridiques qui régissent la rémunération des postes budgétaires du Ministère de l’Economie et des Finances à l’étranger. De par cette transgression, ces enseignants se sont retrouvés avec des salaires indexés sur le bon vouloir du responsable administratif central de La Fondation qui pense distribuer l’obole à ses vassaux. Il s’en est suivi une diminution insupportable des salaires par rapport à ceux perçus par les fonctionnaires marocains à l’étranger, ou même en comparaison à ceux perçus, par ces mêmes enseignants, avant leur engagement par la Fondation.

Naturellement, cette approche, on ne peut plus féodale du dossier « enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine à l’étranger », allait avoir de graves répercussions sur la vie familiale et sociale de ces enseignants. En effet, sentant leurs maris débordés et incapables de subvenir aux besoins basiques de leurs familles, certaines épouses, interdites de travail en raison de leur statut diplomatique, se sont portées candidates au panier des secours populaires ou de la croix rouge de leur ville de résidence, d’autres ont été inscrites pour l’obtention de l’aumône que les organismes musulmans de charité distribuent aux plus démunis. C’est vous relater l’état d’indigence et de déchéance dans lequel on a injustement acculé les enseignants contractuels et leurs familles.

Face à cette désastreuse situation, certains enseignants ont eu recours au tribunal administratif marocain pour faire valoir leurs droits à la promotion administrative et à l’octroi des indemnités relatives aux frais de résidence, de scolarité des enfants, de changement de résidence et de voyage durant les congés administratifs. Là, également, la justice leur a dénié ces droits ainsi que ceux dont ils bénéficiaient auparavant. C’était la goutte de trop, les enseignants contractuels, n’en pouvant plus, ont organisé deux sit-in de protestation à l’intérieur des représentations diplomatiques et consulaires du Royaume du Maroc en Europe, les 2 et 3 mai 2011.

À travers ces manifestations, ces enseignants voulaient faire appel à la conscience des membres de la commission mixte, chargée par Monsieur Le Premier Ministre d’assainir leur situation administrative et financière au sein de la Fondation, pour qu’ils procèdent à la régularisation complète de leur situation et, le cas échéant, s’enquérir directement auprès d’eux de l’ampleur des dégâts causés et de la réelle dimension de l’injustice qu’ils endurent, depuis leur attachement à la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger en 1992.

De leur côté leurs épouses, également exaspérées, ont écrit à Son Altesse Royale Lalla Meryem pour lui exposer leurs malheurs et ceux de leurs maris. Mais jusqu’à la rédaction de cet article, cette démarche n’a pas encore porté ses fruits. Il semble que la Fondation est si bien implantée dans les administrations marocaines que rien ne lui échappe et qu’elle arrive à neutraliser, dans l’œuf, toute action pouvant mettre à nu sa mauvaise gestion des affaires de la communauté à l’étranger et spécialement le dossier « enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine à l’étranger » où tous les abus lui sont permis.

Plusieurs diplomates marocains, en poste en Europe, ont proposé aux contractuels de désigner des représentants pour entamer des négociations avec les responsables administratifs de la fondation, en vue de trouver une issue favorable à leur situation administrative. Chose qu’ils se sont empressés de faire mais, comme à l’accoutumée, le responsable administratif de la fondation s’est posé en entrave à l’application de la décision de Monsieur Le Ministre de l’Economie et des Finances, no 1357 en date du 19 mars 2010, octroyant aux agents de la Fondation les indemnités de séjour et le taux de change préférentiel en vigueur pour les fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération. Il leur a également proposé un contrat de travail défiant toutes les dispositions réglementaires et juridiques régissant la vie administrative des contractuels de Droit commun. De même qu’il leur a imposé un document nommé « déclaration de régularisation » où ces enseignants sont censés accepter les indemnités de promotion comme issue définitive au conflit qui les oppose à la Fondation et renoncer « de plein gré » à toutes les revendications concernant la situation administrative antérieure s’ils apposent leurs signatures sur le fameux contrat.

Bien que Monsieur Omar Azziman, Le Président Délégué de la Fondation, (également membre de la commission de la révision de la constitution, ancien Ministre de la Justice et homme de confiance de Sa Majesté Le Roi) ait été directement informé des injustices administratives et financières que les enseignants contractuels endurent, depuis leur attachement à la Fondation, et malgré la correspondance de Monsieur Le Ministre de l’Economie et des Finances exhortant la Fondation à octroyer des indemnités de séjour et à appliquer le taux de change préférentiel à tous ses agents, cette fondation n’a montré aucune disposition à se conformer à ces recommandations, allant même jusqu’à ignorer systématiquement tous les textes réglementaires et juridiques ayant trait à la carrière administrative des contractuels de Droit commun.

Il est à signaler cependant que le caractère particulier de la situation de ces enseignants fait en sorte que les mesures prises en leur faveur restent insignifiantes par rapport à la durée et à l’ampleur des dommages subis et très insuffisantes en vue de la réglementation en vigueur pour les agents contractuels. Elles ne représentent, à leurs yeux, que le commencement d’une série de procédures à même de réactiver tous leurs droits spoliés, puisque les membres de la commission mixte s’accordent sur le principe axiomatique que ces enseignants sont lésés. La Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger n’a pas d’autre choix que de se conformer aux dispositions réglementaires et juridiques ayant trait aux contractuels de Droit commun, si elle aspire vraiment à s’inscrire dans la lignée réformiste du Discours Royal du 9 mars 2011, instituant la bonne gouvernance et le respect des Droits de l’Homme comme principes inaliénables dans la gestion du Maroc d’aujourd’hui : Un Maroc de Droit et de Justice. Ainsi pensent les enseignants contractuels, ainsi espèrent-ils.










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