Le titre de cette chronique est une hérésie. Parce que tout le monde n’arrête pas de nous dire : c’était mieux avant, c’était mieux avant !

Chacun peut faire l’expérience de se regarder devant une glace: ce qu’il voit, c’est-à-dire lui-même, ne lui plait pas, surtout le matin au réveil. Le nez s’aplatit, les poches sous les yeux se précisent, le regard est terne, les yeux sont injectés de sang, les paupières ont de plus en plus de mal à se décoller, le front se plisse, les cheveux se cassent et tombent comme des fruits mûrs, le dos se voute, la poitrine tombe aussi, les joues se creusent ou se mettent au contraire à ressembler à deux hamburgers, le menton se dédouble, la nuque se raidit, le cou s’empote, la pomme d’Adam disparait. Et je ne parle pas de l’abdomen qui s’avachit, des flancs qui n’en finissent pas de s’alourdir, des muscles qui lâchent, des naevi et des substances chéloïdes qui bourgeonnent comme des champignons, des vaisseaux de la main qui ressemblent à des tuyaux bleus, etc.

Ce spectacle pas brillant du tout nous fait tout de suite ressentir l’amertume du temps qui passe. Mais qu’est-ce qui nous arrive, où va-t-on? Où sont passés nos repères, qu’adviendra-t-il de nous?

Il faut assimiler le présent à ce spectacle du matin au réveil. Le présent est une gueule de bois. Le présent est aussi un vieillissement. C’est forcément un moment dur à passer.

Peu importe ce qu’on regarde en face de nous, hier c’était mieux. Le présent, notre présent, n’est ni conforme (à ce qu’on est ou à ce qu’on voudrait être) ni juste. C’est une certitude et il faut être aveugle pour affirmer le contraire.

La nostalgie du passé, de notre passé, nous prend ainsi tous les jours, dès le réveil, dès ce premier coup d’œil et ce passage obligé devant le miroir. Vivre au présent revient à constater les dégâts et à les énumérer, amers et désespérés. C’est un puits de déceptions sans fin. On voit très bien ce qu’on était et ce qu’on avait, et ce qu’on n’a plus, ce qu’on n’est plus. On vit avec ce sentiment de perte, avec ce côté irrécupérable, et la certitude que demain, désormais, cela ne peut être que pire. Et après demain pire encore.

Dans ces conditions, comment résister à la tentation de dire que c’était mieux avant ? Et que, permettez-moi l’expression, « aujourd’hui tout fout le camp »?

Alors oui, c’était mieux avant. Quand on avait vingt ans et qu’on était éclatant de santé. Quand on rêvait encore. Quand il y avait moins de pauvres pour nous faire peur et moins de riches pour nous faire encore plus peur. Quand on ne connaissait pas les petits secrets de nos proches et de nos ainés, qu’on en était encore à les idolâtrer et à leur accorder un statut de demi-dieux… Et quand notre visage était mieux dessiné et notre corps mieux ajusté!

La nostalgie du passé est un sentiment universel qui prend aux tripes les femmes et les hommes de 7 à 77 ans. Il va plus loin que le spectacle d’un visage et d’un corps que le temps maltraite et plonge, chaque matin, un peu plus dans le délabrement. Il existe plusieurs moyens de le sonder. Tout cela est bien vrai. Mais il vaut mieux considérer cette fameuse nostalgie du passé comme une gueule de bois. Ce n’est qu’un moment dur à passer. Un bon café, une bonne douche, et tout sera oublié.

Par Karim Boukhari
Le360.ma


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