L’affaire du burkini a eu pour effet de mettre en évidence l’extrême violence que suscite l’islam chez des gens qui ne veulent pas aller au-delà de leurs préjugés. Il y a tout un travail à faire.

Depuis les récents attentats en France, tout est prétexte pour exprimer une exaspération à l’égard des musulmans. L’amalgame a été fait et se maintient aussi bien dans les mentalités des gens mal informés que chez certains qui profitent du moindre événement pour mettre à l’index l’islam et les musulmans.

Des femmes qui vont à la plage sans tapage se font agresser davantage parce qu’elles sont voilées que parce qu’elles portent ce qu’on appelle un burkini, sorte de maillot qui couvre une grande partie du corps. Dans la mesure où cette présence ne trouble pas l’ordre public, les maires qui ont interdit le port de ce genre de maillot sont sortis de leur rôle. Le burkini, ce n’est pas la burqa, ce voile intégral qui n’existe ni dans le Coran ni dans les hadiths du Prophète. Ce voile noir appartient à une tradition afghane et pakistanaise. Le burkini n’a pas été prévu par les Talibans. D’ailleurs, ils s’en moquent.

La tension est telle que le Premier ministre français a pris position pour appuyer la décision des maires d’avoir interdit à ces femmes de fréquenter les plages en burkini. Il a été contredit par l’une de ses ministres comme Najat Vallaud-Belkacem. La presse étrangère en a profité pour ridiculiser la France et ses positions qui frisent l’islamophobie. Tout cela fait le jeu de l’extrême droite et des racistes qui confondent islam et terrorisme.

On pourrait critiquer cette option qui consiste à se couvrir à la plage. C’est moins grave pour des femmes qui se baignent habillées pendant que les hommes se pavanent en maillot. Mais cet épisode est à mettre sur le registre de la grande tension qu’on perçoit assez vite dès qu’on met le pied sur le sol français. A Londres, société plutôt différentialiste, les minorités étrangères s’habillent comme elles veulent et personne ne conteste ce droit, cette liberté. Mais Londres a développé une politique d’indifférence à l’égard de ses immigrés. En France, ce n’est pas le cas. Et ceci pour plusieurs raisons. La première est le passé colonial, en particulier la guerre d’Algérie qui continue de creuser une grande faille dans la mémoire des uns et des autres. Cette blessure ne s’est pas fermée, cette page n’a pas été tournée.

La deuxième raison tient au fait que l’intégration des immigrés s’est bien passée pour les ouvriers polonais, portugais, italiens et espagnols arrivés en France dans les années trente car ils appartiennent à l’aire judéo-chrétienne, mais a totalement échoué avec les Maghrébins parce qu’ils ont l’islam comme religion. Les Asiatiques ne posent pas de problème malgré leur nombre et leur diversité. Simplement parce que ces gens venus du Vietnam, du Cambodge ou de la Thaïlande avaient dès le départ opté pour une grande discrétion. Ensuite, le bouddhisme ne gêne personne.

Le fait que la France ait voté une loi pour interdire aux femmes le port du voile intégral (burqa) dans les espaces publics a été perçu par nombre de musulmans comme une discrimination. On aurait pu effectivement traiter ce sujet par de l’indifférence, mais la burqa est devenue un symbole politique, symbole d’une appartenance qui contredit les lois de la République. Car, après le vêtement noir intégral, il y a le refus de suivre les cours de biologie, de musique ou de gymnastique, puis la demande de piscine pour femmes et de médecins femmes, etc. C’est tout un mode de vie qui se trouve remis en question par des gens qui disent pratiquer leur religion selon des rites purs et durs.

La France est un pays laïc. La laïcité, ce n’est pas la négation de la religion, mais son maintien dans la sphère privée. On a le droit de pratiquer sa foi en toute liberté mais en le faisant dans les lieux de culte. La laïcité, c’est la séparation de la religion et de l’Etat. On devrait expliquer cela à la population musulmane qui, j’en suis sûr, comprendrait l’histoire et l’enjeu de cette séparation.

L’affaire du burkini a eu pour effet de mettre en évidence l’extrême violence que suscite l’islam chez des gens qui ne veulent pas aller au-delà de leurs préjugés. Il y a tout un travail à faire. Les musulmans devraient prendre l’initiative de faire baisser cette tension qui ne cesse de se répandre et d’aggraver la stigmatisation et le racisme. L’Etat, de son côté, devrait apaiser la situation et revoir sa politique d’intégration de cette population qui ne demande qu’à vivre en paix.

Par Tahar Ben Jelloun
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