Le Maroc dispose d’un réseau diplomatique important qui lui permet de faire entendre sa voix, de défendre ses intérêts légitimes et de jouer pleinement son rôle d’acteur (arabe, musulman, africain) actif, respecté et écouté dans le monde.

Les nombreux consulats marocains de l’étranger occupent dans ce dispositif une place non négligeable au regard des missions qui leurs sont assignées à savoir : des missions de services rendus aux compatriotes et des missions qui relèvent de la promotion de la culture et des intérêts supérieurs du pays. Ce rôle est aujourd’hui plus que jamais essentiel.

Par conséquent, dans une époque de grande tension, de forte interpénétration d’intérêts économiques, politiques et stratégiques, de forte circulation des biens, des hommes (flux migratoires) et des idées, notre pays n’a aucun intérêt à négliger cette administration et la laisser péricliter et vivre en marge des évolutions.

Le fait est que nos consulats marocains à l’étranger donnent partout l’image de simples «mokata’a » administratives, allergiques à toutes les évolutions, sourdes à toutes les critiques. Nos services sociaux et culturels apparaissent également comme de simples bureaux enregistreurs ou rédacteurs de « chikayates » dont les rapports avec les autorités locales ou leur environnement sociétal (politique et culturel) sont réduits au strict minimum. Cette image et cette conception étroite de la mission consulaire ont contribué à forger dans les esprits des citoyens marocains de l’étranger l’idée d’une administration consulaire surannée, enfermée sur elle-même, hostile à toutes les mutations sociales et sociétales. Le comportement de certains fonctionnaires mal formés ou mal intentionnés accentue cette tendance et grossit ces traits. Un grand malentendu s’est, de ce fait, progressivement installé entre les marocains, en particulier les plus jeunes d’entre eux, et leurs consulats.

Le plus dramatique dans l’histoire, c’est que cette réalité ne semblait pas émouvoir outre mesure les responsables ou éveiller leur sens du patriotisme quant au respect de la dignité de leurs compatriotes-usagers et la préservation de l’image de leur pays à l’étranger.

Le récent sondage réalisé par le site Yabiladi.com, auprès de 3876 internautes, ne fait que dévoiler les aspects les plus flagrants de cette réalité. En effet, en mettant en exergue une situation générale déplorable, ce sondage révèle des dysfonctionnements, des lacunes et des habitudes de travail qui défient l’entendement. L’administration consulaire est jugée (64 % entre mauvaise et très mauvaise) « archaïque, inorganisée, corrompue, indigne, une honte pour le Maroc ». La « qualité de l’accueil des usagers et le respect de leur dignité » sont qualifiés d’indignes et de déplorables. Beaucoup plus grave encore, «l’arrogance, l'incompétence et le manque d’humanisme…..le manque de respect envers leurs compatriotes… » des fonctionnaires, sont cités comme étant quelques unes des tares majeures de ce système. 

Face à ce terrible constat d’échec et aux témoignages accablants qui se sont exprimés (Forum Yabiladi) trois postures sont possibles : 
  • crier au loup, enfoncer les clous, tirer à boulet rouge sur tous les chefs de poste consulaires et les ministères concernés ? 
  • adopter la politique de « l’autruche » et laisser passer l’orage en espérant que les brebis galeuses se fassent rares et que les branches pourries tombent d’elles même ? 
  • ou bien tirer de ce sondage les conclusions et les enseignements qui s’imposent afin d’y apporter le plus rapidement possible les remèdes nécessaires ?
Dans l’état actuel des choses, c’est cette dernière solution qui nous semble la plus raisonnable et la plus constructive. Certes, réformer en profondeur le système consulaire n’est pas une mince affaire. La question de la modernisation et de l’adaptation du réseau consulaire fut à maintes fois posée par les autorités concernées, mais sans suite notable. Cette réforme suppose en fait la mise en place de moyens matériels et humains conséquents. Mais avons-nous aujourd’hui le choix ? Surtout que l’administration consulaire est appelée à relever dans les mois qui viennent un défi majeur : l’organisation de la participation des marocains de l’étranger aux échéances électorales futures.

Notre pays a entamé un processus ambitieux et irrévocable de modernisation de ses institutions, de lutte contre les maux qui entravent leur bon fonctionnement tels que la corruption, la gabegie, l’abus d’autorité, l’immobilisme et il serait inconcevable que l’administration consulaire reste en dehors de cette évolution et en marge des mutations accomplies par les pays d’accueil . Il serait également très dommageable, en terme de confiance et d’image, que les consulats continuent à vivre en parfait décalage avec les mutations que connaît leur propre pays.

Ce constat inquiétant que nous livre le sondage réalisé par le site Yabiladi, nous interpelle tous, mais, il ne doit pas, cependant, être l’arbre qui cache toute la « forêt » et qui occulte tous les efforts faits par de nombreux consulats pour réduire les failles et les insuffisances du système.

Le témoignage de l’un des internautes (Jamal), qu’il faut classer parmi les quelques 8% des opinions favorables, mérite d’être relevé. Car, il corrobore d’autres témoignages sur le Consulat de Colombes (92) dont le travail et l’accueil sont jugés, d’une manière générale, favorablement (qualifiés de : « franchement sympa »). C’est vrai, le transfert de ce Consulat de Nanterre à Colombes a entraîné une nette amélioration des conditions de travail des fonctionnaires qui s’est traduite par un gain d’efficacité et de temps non négligeable au profit des citoyens et usagers. La configuration du bâtiment (moderne et fonctionnel), la disposition des bureaux, le soin accordé à son entretien permettent un accueil plus digne et plus conforme aux attentes de nos compatriotes.

Mais le fait le plus marquant dans ce changement qualitatif reste, à notre sens, la volonté de ce consulat de sortir des sentiers battus en développant un programme d’actions culturelles centré sur les questions qui concernent plus directement nos compatriotes (tels que l’enseignement (ELCO), la citoyenneté, la question du Sahara, les travaux de l’IER, l’INDH, le nouveau code de la famille, l’investissement…) et qui procède d’une réelle réflexion sur la meilleure manière d’instaurer une politique de proximité et de dialogue dans le but de faciliter les relations entre l’administration consulaire et les administrés.

C’est de cette manière que les salles d’attentes des consulats qui, comme l’écrit très justement l’un des animateurs de l’enquête (Rachid) « sont régulièrement le théâtre d’un choc des préjugés » trouveront un visage plus humain et regagneront leur véritable statut comme lieux d’échange et de convivialité. 

Ce travail de fond mené au Consulat de Colombes n’est pas un cas isolé. D’autres Consulats de l’Ile-de-France, ou dans d’autres régions françaises, font également d’énormes efforts, souvent avec des moyens limités, pour faire face à leurs obligations administratives quotidiennes. A Villemombles, à Bordeaux à Strasbourg, comme à Rennes et à Lyon, des efforts louables sont, en effet, entrepris inlassablement dans le sens de l’amélioration des conditions de travail et d’accueil de nos compatriotes. Ignorer ces efforts serait commettre une injustice à leur égard. 

Cette volonté de changement, qui malheureusement ne touche pas tous nos consulats, se manifeste également d’une manière soutenue au niveau le plus élevé de notre structure diplomatique à savoir l’Ambassade. Elle se traduit aujourd’hui de différentes manières. Elle a, en tout cas, pour fondement l’écoute, le respect, le dialogue franc et direct avec nos associations les plus crédibles. Elle procède de la volonté de trouver la meilleure façon de répondre aux attentes de nos compatriotes et de servir les intérêts supérieurs de notre pays.

A titre d’exemple, cette dynamique a pris en ce mois sacré de Ramadan une dimension importante et une connotation particulière sous forme de rencontres-Iftar qui ont permet d’établir un dialogue direct entre nos compatriotes et M. l’Ambassadeur accompagné des ses conseillers (Service social) et des autorités consulaires dans le but de mieux cerner leurs problèmes et mieux comprendre leurs attentes. Ces rencontres-Iftar constituaient également des occasions idéales pour renforcer les liens d’amitié entre les membres de la communauté marocaine et les élus locaux de la République.

Le sondage du site internet Yabiladi jette incontestablement un pavé dans la marre consulaire en posant, en des termes forts, la question de la modernisation et de l’adaptation du réseau consulaire marocain. Du débat que ce sondage suscite actuellement peut sortir un bien et émerger une prise de conscience collective car la question des relations des services consulaires avec nos compatriotes est à prendre avec beaucoup de sérieux. 

Mais, pour être juste et complet, il nous semble important également d’inciter nos compatriotes à plus de civisme et de raison. Car, ils ne sont pas complètement exempts de tous reproches. Ils doivent, en tant qu’usagers et marocains responsables, accomplir leur propre révolution (de mentalité) qui passe par des comportements citoyens, par le respect des lieux (stationnement, installations communes), du mobilier et du personnel consulaires. Certes, au consulat tous les marocains sont chez eux, mais, ils doivent aussi se souvenir qu’ils sont d’abord dans une administration qui, à l’instar de toute les administrations (préfecture, police, banque, mairie, poste), a des contraintes à gérer et des règles de fonctionnement à observer faute de quoi c’est l’anarchie.

A ne pas en douter, le respect mutuel et le dialogue fraternel entre compatriotes constituent l’une des conditions essentielles pour l’amélioration des services rendus aux usagers par les consulats et pour changer le regard de nos compatriotes sur ces mêmes consulats.

Mohammed MRAIZIKA
Chercheur en sciences sociales et en ingénierie culturelle
(Publié le 25.10.2006/Yabiladi)




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