Les langues se délient, et vomissent un discours effrayant, comme dans les années 30. En à peine deux semaines, le dernier clip futuriste et inquiétant d'Ibrahim Maalouf affiche plusieurs centaines de milliers vues au compteur.


L'excellente reprise de « Run the World (Girls) », de la pop star Beyoncé, participe au succès, mais c'est surtout le vidéoclip choc et engagé qui intrigue. Le trompettiste franco-libanais s'est confié à « L'Orient-Le Jour ». Interview / propos recueillis par Brice Laemle OLJ

Quand avez-vous tourné le clip de « Run the World (Girls) » ? Le diffuser le lendemain du second tour des régionales en France n'était pas anodin ?
Nous avons tourné le clip le 10 novembre 2015, trois jours avant les attentats de Paris. Nous avions décidé de le diffuser rapidement pour coller avec la sortie de l'album. Le hasard dramatique du calendrier nous a d'abord découragés. Puis, après avoir mûrement réfléchi à la situation, nous nous sommes dit que s'il y avait un moment où ce clip avait du sens, c'était vraiment aujourd'hui.

Rassemblements interdits, fichage, couvre-feu, le clip futuriste résonne fort avec les critiques à l'égard de l'état d'urgence...
Ce ne sont pas du tout des critiques à l'égard de l'état d'urgence, certaines personnes ont compris le contraire de ce que nous avons mis en image. Il s'agit d'une critique de l'inverse de l'état d'urgence. C'est-à-dire, un état de non-droit total, national et d'une xénophobie généralisée qui régnerait si un parti d'extrême droite venait à prendre le pouvoir. En fait, l'état d'urgence est nécessaire car, suite aux événements cumulés de janvier et de novembre, il est normal de prendre certaines dispositions.

Récemment, vous parliez d'un « mouvement nauséabond et triste qui monte depuis 2011 ». Comment cela se manifeste en France ?
Il y a une montée exponentielle des propos antimulticulturels. Tout le monde sait que, dans le fond, nous sommes tous attachés à nos valeurs, à nos principes et aux notions d'identités. Mais les langues se délient et vomissent un discours effrayant qui rappelle l'époque des années trente.

Craignez-vous l'accession au pouvoir de Marine Le Pen en 2017 ?
Si le Front national arrive au pouvoir, ou si certains politiciens s'alignent sur la politique de l'extrême droite française, on se retrouvera à vivre le type de situations que nous avons mis en image dans le clip. Un exemple simple : dans le programme du parti de Marine Le Pen, il y a la suppression de la double nationalité pour toute personne ayant une nationalité autre qu'européenne en plus de la française. Cela reviendrait pour moi à choisir entre ma nationalité libanaise, donnée par ma mère car je suis né à Beyrouth, et ma nationalité française que j'ai donné à ma fille qui, elle, est née en France. Je devrais donc choisir entre la nationalité de ma mère et celle de ma fille. Impossible pour moi d'établir une préférence. Je serais donc obligé de renoncer à l'une des deux, et à vivre dans la clandestinité.






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