L’ouvrage “Sur les pas de Sidi Ahmed Tijani : Voyage dans sa zaouia aux quatre coins du monde”, de l’écrivaine Yasmina Sbihi, est un genre littéraire qui mêle à la fois récit, photo et émotion.

Yasmina Sbihi a partagé, mardi 17 novembre à Casablanca au cours d’une conférence sur «Architecture et créativité : Amour et beauté dans l'acte créatif», avec ses pairs, universitaires, autorités locales et journalistes, son cheminement dans le tarikha tijania, mais aussi un périple qui l’a menée auprès de plusieurs zaouias à travers 6 pays de l’Afrique du nord et de l’ouest, jusqu’en Arabie saoudite à Médine puis à la Mecque.

En ces temps de troubles, avec des fous de Dieu s’acharnant sur des victimes innocentes ou s’employant à détruire des mausolées, Yasmina Sbihi, qui vient de publier «Sur les pas de Sidi Ahmed Tijani», Voyage sans sa zaouia aux quatre coins du monde, entend toucher les cœurs. Comme, elle l’a si bien signifié, cette Architecte de profession, qui a opté pour la tarikha tijania, écrit pour toucher les cœurs et éveiller les esprits sur l’intérêt et l’urgence de la préservation d’un patrimoine sacré menacé. Contrairement à ceux qui sèment la haine, elle milite pour l‘amour, loue l’élan vertueux de la beauté et le soufisme (perfection du comportement et de la foi). Des centaines de millions de tijanes, à travers le monde, sont dans le même sillage.

Les chemins de l’excellence

A Casablanca, l’auteure du livre a d’abord tenu à définir la cosmogonie qui sous-tend l’Islam, représentée par un cercle ou une sphère- c’est selon- dont la circonférence serait la sharia et le centre la science ésotérique. Dans cette quête, allant de la lumière à la vérité vraie, le passage de la périphérie vers le centre se fera par les tarikhas (chemins). Très schématiquement, elle les a assimilées aux rayons liant le cercle au centre… les 3 stades de la recherche permanente de perfectionnement, passant par la soumission (Islam), la foi (Imane), à l’élévation spirituelle supérieure (Ihsane). Fort pédagogique, une telle représentation a conquis plusieurs personnes dans l’auditoire qui ont, par la suite, apporté des témoignages poignants.

Yasmina Sbihi a d’autant plus convaincu qu’elle a admis qu’il existe autant de chemins que d’individus… rien n’est imposé ! Modestement, l’auteure a avoué n’avoir ni une prétention littéraire, encore moins scientifique dans sa démarche. Elle a aussi précisé que son ouvrage n’est pas un livre de dogmes, mais qu’il est mû par une intention de partager une expérience, un parcours. Justement, en 3 parties, Yasmina Sbihi y relate des témoignages de Cheikhs (guides religieux) dans différentes zaouias, le récit de son cheminement personnel, sa vision du soufisme, et sa motivation de rapprocher les gens, une façon de semer l’amour. Liant le spirituel au temporel et le matériel à l’immatériel, elle a rappelé que l’acte de bâtir n’est pas neutre, dans la mesure où, il est humainement engagé. Compte tenu du fait que l’être humain est créé à l’image de Dieu (Jamal, Karam, Wadoud, …), l’analogie de l’érection des zaouias est vite trouvée avec l’architecture. En effet, professionnelle jusqu’aux bouts des ongles, l’auteure a soutenu que l’architecture est à l’image de la culture de la communauté qui en détermine autant la forme que la fonction.

Entre Beauté et Amour
Imbus d’une voix qui exige un minimum de temps pour assurer ses 2 Lazim (à raison de séries de 300 litanies matin et soir, respectivement pour le Repentir, la Salatul Fatihi et de l’Unicité de Dieu ou Tawhid) et d’une Wazifa quotidienne, les adeptes de la tarikha tijania trouvent, pourtant après leurs 5 prières, la 25ème heure, dans un monde où le temps manque. En suivant les pas du maître, l’auteure de cet ouvrage initiatique a senti le devoir de témoigner et de partager. Au cours de son périple, dans les différents villes de Fès, où il est enterré à la Mecque, en passant par Casablanca, Rabat, Marrakech, Aïnou Maddy, son lieu de naissance, aux différentes zaouias en Algérie, en Tunisie, en Egypte, à Tivaouane, Dakar, ou Kaolack au Sénégal, ou à Médine, elle a été imprégnée à la fois des lieux et de l’esprit des lieux implantés par le guide spirituel ou par ses disciples. L’ouvrage est par conséquent un appel pour contrer la montée des terrorismes qui comptent démolir les lieux sacrés. Pour la défense d’un tel patrimoine, Yasmina Sbihi est loin d’être seule. Avec la création de la Fondation Ribat Al Makhaba, elle s’entoure d’alter ego pour réussir ce combat.

D’ores et déjà un projet de Rallye des Zaouias est dans le pipe. Aussi, des membres ont déjà lancé un vibrant appel, afin que les intellectuels s’engagent dans cette voie, surtout ceux qui habillent et construisent (les architectes). Dans ce chapitre qui consiste à descendre sur le terrain social, du 11 au 13 décembre, trois Journées d’étude sont annoncées dans la région des Aïn Atta, dans le Maroc profond.

Daouda MBaye, rédacteur en chef
lesafriques.com




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